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SFTG PARIS-NORD

LES REGLES DE L'ACCUEIL DU PATIENT USAGER DE DROGUES EN MEDECINE GENERALE:

LES PREMIERES CONSULTATIONS.

Jean-Pierre AUBERT





Ce document a été élaboré pour l'enseignement par correspondance organisé en 1998 par EPID 92

Introduction

L'objet de cet article est de formuler les règles de l'accueil d'un usager de drogues en médecine générale, au cours des premières consultations: il ne sera pas question ici des modalités concrètes des traitements, mais des principes nécessaires à la construction d'une relation thérapeutique en médecine générale, avec un usager de drogues.

Il serait ridicule et présomptueux de vouloir décrire de façon standardisée et schématique les premiers entretiens d'un généraliste accueillant un patient usager de drogues. Néanmoins, il n'est pas interdit de formaliser les objectifs de ces premiers entretiens, que le généraliste, au fil de son intuition, tentera d'atteindre en s'adaptant à une relation toujours nouvelle, et toujours riche.

Les principaux axes sur lesquels se situent les objectifs à atteindre sont les suivants:

axe relationnel: établir, puis entretenir une relation de soins
• axe thérapeutique: formuler un objectif thérapeutique
• axe préventif: réduire les risques
• axe social: bilan social, orientation
• axe médical: état des lieux médical, hiérachie diagnostique et thérapeutique
• axe psychologique: quel soutien, en quel lieu?

Le généraliste, soignant de premier recours, est un interloculteur important (parmi d'autres!..) dans le dispositif curatif vis à vis du patient toxicomane. Il peut profiter du contact qu'il noue avec son patient pour l'aider à articuler autour de lui les autres intervenants sanitaires et sociaux, regroupés dans le réseau Ville-Hôpital Toxicomanie.

Nous avons choisi de ne traiter ici que deux situations:

1. l'héroïnomane actif, n'ayant jamais reçu de traitement de substitution, entrant pour la première fois dans le cabinet d'un médecin généraliste, exprimant un désir de substitution, ou l'acceptant à l'initiative du médecin.

2. le patient non substitué,entrant pour la première fois dans le cabinet d'un médecin généraliste, et formulant une demande de sevrage. Cette demande très particulière sera traitée à la fin de cet article.

1. LA PREMIERE CONSULTATION DE DEMANDE DE SUBSTITUTION

L'héroïnomane qui entre dans le cabinet d'un médecin généraliste sait aujourd'hui qu'il peut y obtenir un traitement de substitution. C'est donc le plus souvent avec une demande de substitution qu'il aborde le médecin. Il la formule de façon variable, parfois directe et claire, parfois plus manipulatoire. Il appartient au médecin d'accepter cette demande, aussi brutale, ou aussi hypocrite soit-elle, d'aider le patient à la verbaliser, et de lui proposer un cadre pour s'épanouir.

Le premier temps de la consultation est un temps d'écoute: avant toute proposition thérapeutique, le médecin devra, par quelques questions très ouvertes, non directives, reprenant et reformulant ce que le patient vient de dire, l'aider à s'exprimer librement et complètement.<

1.1. Le cadre d'un traitement de la substitution.

lors de la première consultation, il est utile de:
• laisser entendre que, quelle que soit la voie thérapeutique choisie, elle obéit à une règle réfléchie qui sera énoncée
• faire comprendre que l'on connaît l'univers de la drogue, et la vie des toxicomanes
• se positionner comme médecin, et pour cela examiner le patient
• faire comprendre que l'on ne travaille pas seul, et pour cela faire intervenir immédiatement un premier collaborateur, le pharmacien d'officine
• faire comprendre que le médecin doit être rémunéré pour son travail.
1.1.1. Formuler la règle
Accepter de prescrire un médicament de substitution, lors d'un premier entretien avec un patient usager de drogue n'est pas, paradoxalement, en porter l'indication. La justesse de l'indication, à la fois de la substitution elle-même, et celle du médicament choisi (buprénorphine ou méthadone) sont des éléments que l'on appréciera au fil des consultations ultérieures.
Engager une substitution, c'est juger recevable la demande du patient d'un tel traitement, en présenter brièvement le principe (substitution d'un morphinique oral à un morphinique injectable, sédation du manque, réduction des risques). C'est aussi expliquer au patient qu'il s'agit d'une tentative d'approche du problème, qui sera réévaluée avec lui à très court terme. On se trouve en situation de donner un médicament , sans être certain de sa pertinence sur le moyen terme: les motifs, et les attendus de la prescription doivent donc être expliqués au patient.
Concrètement, si la prescription est jugée urgente, la seule molécule immédiatement disponible pour le médecin généraliste est la buprénorphine haut dosage (SUBUTEX ®). La primo-prescription de méthadone impose en effet le passage par un centre de soins pour toxicomanes, avec centre méthadone.
 

Deux conduites sont possibles: engager de suite le traitement de substitution, ou temporiser de quelques heures ou de quelques jours, pour aider le patient à préciser sa requête. Les deux attitudes sont légitimes, il appartient au généraliste de suivre son intuition. Quelle que soit la voie choisie, elle doit de toutes façons être explicitée immédiatement: il faut savoir dire "je vais vous aider, voici la règle que nous allons suivre". Différents types de règles sont possibles, selon la position du médecin généraliste, et la situation particulière de l'usager de drogues qu'il accueille.

Voici quelques types de règles susceptibles d'être énoncées:

• "Je vais vous prescrire du SUBUTEX à telle dose, pour telle durée. Il est probable que ce médicament vous aidera, qu'il vous permettra de réduire, voire de cesser les injections d'opiacés. Toutefois nous évaluerons cela à très court terme, lorsque vous reviendrez dans deux jours."

• "vous êtes trop mal et trop shooté pour démarrer un traitement maintenant. Le SUBUTEX a des effets négatifs dans ce cas. Vous reviendrez demain matin et nous commencerons le traitement si vous êtes à peu près clair et si vous respectez le rendez-vous"

• "je ne vous prendrai pas en charge, (parce que je ne veux pas suivre plus de toxicomanes que je n'en suis déjà,...ou parce que vous me paraissez un sujet trop lourd à suivre, qui a besoin d'un cadre instutionnel, etc...), mais je ne veux pas vous laisser souffrir: voici une prescription de SUBUTEX suffisante jusqu'à votre premier contact avec le réseau. Attention je ne la renouvellerai pas".

Que la prescription de sustitution soit immédiate, ou différée de quelques heures ou quelques jours, elle doit de toutes façons s'initier sur des durées très brèves: le patient sera revu tous les jours, ou tous les deux jours en début de traitement.

Enfin, il peut arriver que, de toute évidence, la buprénorphine ne soit pas indiquée: le patient réclame de la méthadone, car il a l'expérience d'un échec sous buprénorphine; ou encore la gravité de sa dépendance et de sa désocialisation imposent un recours à la méthadone. Dans ces circonstances, la prescription de SUBUTEX peut néanmoins se justifier, si elle s'accompagne d'une explication claire sur la stratégie à court terme:
"Je sais que le SUBUTEX est un produit qui ne vous convient pas. Utilisons-le à très court terme, le temps que je puisse vous assurer un accueil rapide en centre de soins pour toxicomanes, avec centre méthadone".

1.1.2. Faire comprendre que l'on n'a pas d'à priori sur le monde de la drogue et la vie des toxicomanes

Dès la première consultation, il est utile "d'ouvrir des portes". Parler librement et simplement des choses de la vie quotidienne du toxicomane permet de lui faire sentir qu'il est auprès de quelqu'un qui le comprend, et qui connaît son univers. L'instauration de la confiance réduit le risque de manipulations. Un tel dialogue permet aussi d'aborder les pratiques à risque. Au cours de ce premier entretien, on ne peut être exhaustif, mais on pourra explorer sommairement l'histoire de la toxicomanie, les produits consommés, les modes de consommation, les conditions concrètes d'obtention de l'héroïne (prix, trafic, petits larcins, deal, séjours en prison, prostitution...).

1.1.3. examiner le patient.

L'examen s'inscrit dans une double logique, à la fois médicale et symbolique.

Logique médicale, car ce premier examen va permettre de repérer des problèmes médicaux. Nombreux sont les patients qui n'ont pas été examinés depuis des années. L'objectif n'est pas, à ce moment, de réaliser un examen exhaustif, mais de parler médecine.

Pour les femmes, c'est l'occasion d'évoquer la nécessité d'un examen gynécologique lors d'une consultation ultérieure. La question des sérologies pourra être abordée, et le patient entendra qu'un bilan biologique devra être effectué à moyen terme (il est inutile de le prescrire dès la première consultation).

Mais surtout logique symbolique: "Que j'accepte, ou que je rejette votre demande immédiate de substitution, il faut que vous éprouviez que je suis, d'abord, médecin, et donc que je m'occuperai de votre corps. Je ne suis pas un simple prescripteur de substitution, pas plus que je ne suis psychothérapeute: vous êtes ici chez un médecin généraliste, dans le cadre d'un problème médical, c'est une maladie que nous allons soigner dans ce lieu."

Enfin ce premier travail sur la maladie est l'occasion d'aborder la maladie mentale, en évoquant avec le patient ses éventuels antécédents psychiatriques.

1.1.4. Faire comprendre qu'on ne travaille pas seul.

Dès cette première rencontre, la logique du réseau doit être exposée au patient: "Vous êtes venu me consulter, mais je fais partie d'un ensemble de professionnels que vous allez apprendre à connaître au fur et à mesure de vos besoins: travailleurs sociaux, psychiatres et psychologues, médecins spécialistes et hospitaliers..."

Concrètement, un premier intervenant doit être posé: le pharmacien d'officine. Le médecin ne renvoit pas son patient dans la nature avec une prescription de substitution: il se met en contact téléphonique, devant lui, avec un pharmacien (celui que le patient lui désigne, ou à défaut celui que lui conseille le réseau). Il informe le pharmacien qu'il va lui adresser ce patient, avec telle prescription, pour telle durée, selon tel mode de délivrance (jour par jour, au besoin). Lorsque le pharmacien a accepté le projet thérapeutique, et alors seulement, le patient lui est adressé. Le nom de la pharmacie et son numéro de téléphone sont portés sur le bon de substitution.

1.1.5. Faire comprendre que le médecin doit être rémunéré pour son travail.

Il arrive que le patient, dès la première consultation, puisse régler les honoraires du médecin, ou qu'il dispose déjà d'une aide médicale gratuite: pas de problème dans ce cas.

Mais il est également fréquent qu'il n'ait aucun moyen de paiement en règle. Si le médecin doit évidemment accepter de n'être pas honoré pour cette première consultation (il en fait serment depuis Hippocrate), le patient peut comprendre qu'il n'en sera pas de même à terme: soit il trouve les moyens de régler les consultations, soit les démarches administratives nécessaires à l'obtention d'une couverture sociale et/ou d'une aide médicale gratuite doivent être entreprises au plus vite, à l'aide des travailleurs sociaux du réseau.

1.1.6. Un certain nombre d'erreurs sont à éviter lors d'un premier entretien:

• rejeter la demande sans fournir d'alternative: c'est, au mieux, rater l'occasion d'engager une relation de soin, au pire s'exposer à la violence du patient. Si l'on choisit de ne pas prendre en charge cet usager de drogues, il faut au moins lui faire entendre que sa demande pourra être reçue ailleurs, dans un délai bref: il faut lui donner les coordonnées du réseau de soins du quartier, et lui en expliquer sommairement le fonctionnement.

• prescrire un opiacé à dose trop faible, ou à défaut de substitution, des benzodiazépines, des barbituriques, des anti dépresseurs: c'est encourager la polytoxicomanie, et refuser de voir le problème médical tel qu'il est: celui d'un malade qui a physiologiquement besoin d'un opiacé.

• prescrire un opiacé, à dose trop élevée, ou pour une période trop longue (plus de deux jours): c'est montrer qu'on est un bonne affaire pour le deal de produit de substitution, et s'exposer aux pires manipulations.

 

1.2. LES CONSULTATIONS ULTERIEURES

 

Les consultations ultérieures ne peuvent être décrites de façon aussi détaillée que nous l'avons fait pour la première consultation: elles sont le lieu d'un travail progressif d'élaboration de la relation thérapeutique. Il appartient au généraliste et à son patient d'insérer, au rythme et dans l'ordre qui leur paraîtra opportun les objectifs suivants:

1. axe thérapeutique: stabiliser les doses ou modifier le traitement de substitution
2. axe préventif: repérer les conduites dangereuses, et proposer une réduction adaptée des risques
3. axe social: après un bilan social sommaire, adresser le patient à des intervenants sociaux judicieusement choisis
4. axe médical: faire le point de l'état de santé du patient, programmer une stratégie diagnostique et thérapeutique
5. axe psychologique: comprendre le mode d'insertion de la drogue dans la personnalité du patient, proposer un soutien psychothérapeutique.

1.2.1. axe thérapeutique

Nous choisissons volontairement, dans cet article, de ne pas détailler les modalités thérapeutiques concrètes des traitements de substitution (pharmacologie, posologies, effets secondaires, contre indications...)

C'est au cours de ces premières consultations, égrenées sur les premières semaines de suivi, que l'indication du traitement de substitution sera posée:

• Si la buprénorphine avait été initialement prescrite dans un cadre temporaire (en attente de méthadone), ou si le patient n'est pas physiquement soulagé par les premières prises, ou encore s'il poursuit des conduites d'injection, un traitement par la méthadone doit se discuter. Il faudra alors savoir gérer pendant quelques temps la poursuite d'une prescription inadaptée de buprénorphine, et faire le nécessaire pour l'accueil rapide du patient en centre méthadone, par l'intermédiaire du réseau.

• Si au contraire l'amélioration physique est sensible, que le patient se sent apaisé par le traitement, et que les pratiques d'injection diminuent sensiblement, le jeu des premières consultations est d'adapter les doses de buprénorphine, pour atteindre un équilibre optimal. Cela se construit par consultations successives, rapprochées (un à trois jours , puis une semaine d'intervalle jusqu'à stabilisation).

1.2.2. axe préventif: repérer les conduites à risque, et proposer des conduites de réduction de risque

Lors des premières consultations, il est très fréquent que les conduites toxicomaniaques persistent , malgré le traitement: il faut donc parler avec le patient de ces conduites, pour en réduire la dangerosité. C'est d'autant plus important que la buprénorphine peut elle-même être injectée.

Le médecin doit envisager dans le détail les pratiques d'injection. En effet, très peu d'usagers échangent aujourd'hui leurs seringues: ce message préventif est passé, et les seringues sont faciles d'accès dans les pharmacies et les distribox. Les erreurs et les risques infectieux se situent maintenant dans d'autres conduites. Il faut savoir les détailler:

. l'usager échange-t-il sa petite cuiller?
. réutilise-t-il la même seringue?
. arrive-t-il qu'il pompe en même temps qu'un autre usager, dans la même cuiller?
. utilise-t-il du citron, et si oui, garde-t-il les citrons usagés?
. pratique-t-il le frontloading ou le backloading (remplissage direct d'une seringue à l'aide d'une autre, après avoir retiré l'aiguille ou le piston)?
. garde-t-il ses cotons, les réutilise-t-il, les prête-t-il, ou utilise-t-il parfois ceux d'autres usagers?
. désinfecte-t-il la peau avant l'injection?
. lorsqu'il sniffe, partage-t-il les pailles (possibilité de transmission du HCV par la muqueuse nasale)?

Une attention particulière sera portée à la prévention des risques sexuels: si les usagers de drogues ont bien intégré certains messages relatifs aux pratiques d'injection, en revanche, les précautions sexuelles sont peu développées. Deux conseils doivent être simultanément délivrés: le port de préservatifs, et l'utilisation d'une contraception orale efficace. Ces deux messages peuvent paraître contradictoires (si les préservatifs sont portés, pourquoi prendre la pilule?). Ils ne le sont pas, si l'on prend conscience que l'objectif est double (prévention des MST, contraception), que le risque de rapports non protégés persiste, et que nombre de femmes pensent que l'aménorrhée sous opiacés est la preuve du caractère contraceptif de ces produits (ou de ces médicaments, dans le cas d'une substitution).

Enfin il faut faire le point des autres toxiques consommés, et tout particulièrement les diverses formes de cocaïne, l'alcool et les benzodiazépines.

1.2.3. axe social: après un bilan social sommaire, adresser le patient à des intervenants sociaux judicieusement choisis

Il n'appartient pas au médecin généraliste d'aider le patient dans la paperassie administrative nécessaire à la (ré) acquisition des droits sociaux. Cette responsabilité est celle du travailleur social. Encore faut-il assurer le patient de l'existence de ses droits sociaux, et le diriger vers le bon interlocuteur social: là est la responsabilité du médecin généraliste, avec l'aide de son réseau Ville-Hôpital Toxicomanie.

L'orientation repose sur quelques principes simples:
• si le patient est assuré social, l'orienter vers l'assistant(e) social(e) de son centre de sécurité sociale,
• s'il n'est pas assuré social, chercher brièvement les principales conditions d'une assurance maladie:
Il travaille, ou a travaillé dans la dernière année: il a sans doute une couverture maladie (c'est une question de durée de travail)
Il est français, il a plus de 25 ans: il a droit au RMI et à l'assurance maladie
Il est français, il a moins de 25 ans: il peut être ayant droit d'un de ses parents, de son conjoint ou concubin(e), il peut avoir accès à l'assurance personnelle
Il sort de prison: il est couvert pendant un an par l'assurance maladie
Il est étranger, en France en situation régulière: il a droit à l'assurance maladie
Il est étranger, en situation irrégulière, en France depuis plus de trois ans: il a droit à l'aide médicale gratuite et à des soins en ville

L'aide médicale gratuite peut, dans tous les cas, être attribuée en urgence.

Ce très bref bilan a seulement pour objet de montrer au patient qu'il a droit à une couverture maladie, et souvent à un revenu minimal. Il faut l'orienter vers un travailleur social du Centre d'Action Social de la Mairie, que l'on aura fait identifier par le réseau. Il est essentiel qu'un contact téléphonique soit pris entre le généraliste et le travailleur social, et que la relation entre ces deux professionnels soit suivie (c'est l'assurance, pour le médecin, qu'il pourra à court terme, assurer à son patient les soins nécessaires). Ce contact personnel assure la rapidité de l'accès aux soins.

Il faut ici souligner les moyens mis à la disposition du praticien par les Centres Spécialisés de Soins aux Toxicomanes. L'accueil y est gratuit, éventuellement anonyme, et ces structures disposent de travailleurs sociaux, et de solutions originales d'accueil et d'hébergement (hébergement de transition, accueil en hôtel, appartements relais, réseau de famille d'accueil, Centres thérapeutiques communautaires ou résidentiels).

1.2.4. axe médical: faire le point de l'état de santé du patient, programmer une stratégie diagnostique et thérapeutique

Reprendre et affiner l'examen clinique: au fil des contacts successifs, on s'attachera à réaliser un examen médical assez complet.

• état général: état nutritionnel, poids, fièvre, sueurs, signes de manque
• état cutané: abcès, traces d'injections récentes (occasion de dialogue avec le patient), parasites, gale..
• état bucco dentaire
• aires ganglionnaires
• palpation du foie, de la rate, recherche d'angiomes stellaires, de circulation collatérale.. (occasion de dialogue sur la consommation d'alcool, sur le VHC)
• examen neurologique: tremblements, astérixis..
• auscultation cardiaque et pulmonaire (occasion de parler de tabac..)
• examen gynécologique

Au terme de cet examen clinique, progressivement affiné sur les premières semaines, et une fois la couverture maladie obtenue, un bilan complémentaire devra être pratiqué, dont l'ampleur sera fonction des moyens financiers du patient.
Si le patient bénéficie seulement d'une couverture maladie, et que ses moyens sont faibles, on se contentera dans un premier temps d'un bilan minimal:

. sérologie VIH 1
. ag HBs
. sérologie HCV
. transaminases
. Gamma GT
. RIG (éventuelle)
. intra dermo réaction (éventuelle)
. état vaccinal et vaccinations correspondantes à faire

Si les moyens du patient le lui permettent, ou après qu'il aura obtenu une couverture à 100 % (ALD ou aide médicale gratuite), on complètera ce bilan minimal par:

. NFS
. AC anti HBc
. Radiographie pulmonaire
. frottis cervico vaginal

En fonction des résultats de ce bilan, des stratégies diagnostiques complémentaires, et un projet thérapeutique seront établis avec le patient, et si besoin avec les intervenants médicaux que le réseau aura permis de repérer (dentiste, infectiologue, hépatologue, CDAG, centre de planning familial...).

 

1.2.5. axe psychologique: comprendre le mode d'insertion de la drogue dans la personnalité du patient, proposer un soutien psychothérapeutique.

L'usage de drogues n'est pas en soi le signe d'une pathologie psychiatrique, ou d'une structure psychologique particulière: il est un élément qui s'insère dans de multiples structures de personnalité. Le médecin aura le temps, au fil des consultations, d'explorer avec le patient quelques éléments de son ego, et de l'aider à formuler un projet psychothérapeutique. Il n'appartient pas au généraliste d'assurer le rôle de psychothérapeute, à l'égard d'un patient qu'il a pris en charge en substitution: c'est induire une néfaste confusion des rôles. Inciter à un contact psychothérapeutique avec un professionnel est toujours utile, même si cela ne débouche pas sur une relation suivie dans l'immédiat: la maturation d'une demande de suivi psychologique est parfois très longue, mais il est bon d'en avoir inséré le germe. C'est le rôle du médecin généraliste que d'orienter son patient vers ce premier contact, qui pourra être établi avec l'aide du réseau: psychologue ou psychiatre libéral parfois, centre de soins pour toxicomanes, dispensaire médico psychologique de secteur.

En matière psychiatrique, le généraliste joue aussi un rôle d'urgence: dépister rapidement trois types de structures psychologiques sous-jacentes à l'usage de drogues, qui imposent une collaboration psychiatrique rapide:

• personnalité dépressive, la drogue venant combler une tendance à l'auto dévalorisation, avec éventuel risque suicidaire lors de la mise en place du traitement de substitution

• personnalité psychotique: il faudra prendre soin de repérer des éléments, actuels ou passés, de type délirant, ou une insertion de la drogue dans un vécu "bizarre", ou "magique". Dans cet axe également, on dépistera des difficultés relationnelles majeures, ou un apragmatisme, tous éléments qui doivent faire travailler très rapidement de concert avec une équipe psychiatrique

• personnalité psychopathique avec impulsivité, difficultés à supporter la moindre frustation, dangerosité. C'est l'indication à poursuivre la substitution avec l'aide d'une psychothérapie insitutionnelle, ou à réorienter le patient vers un centre de soins pour toxicomanes, avec ou sans centre méthadone.

 

2. L'ACCUEIL D'UN USAGER DE DROGUES DANS LE CADRE D'UN SEVRAGE.

La formulation d'une demande de sevrage par un usager de drogues lors de son premier entretien avec un médecin généraliste, impose un travail relationnel très particulier.

Deux écueils principaux se présentent en effet devant le praticien:
. accepter la demande de sevrage, alors qu'une proposition de substitution aurait été plus judicieuse;
. ou, au contraire, orienter par erreur vers la substitution un patient qui mûrissait un désir de sevrage.

Un temps suffisant doit être consacré avec le patient à "travailler" sa requête. Nous pensons qu'il doit occuper totalement la durée des premières consultations.

 

2.1. DONNER AU PATIENT LA LIBERTE DU CHOIX.

Une demande de sevrage peut parfois être inadaptée. La raison principale en est la représentation que le patient se fait du médecin qu'il a en face de lui. Il peut être en quête de tranquilisants, d'antidépresseurs... Imaginant qu'une telle demande sera nécessairement refusée, il peut invoquer un désir de sevrage pour obtenir ces produits. Dans ce cas la relation s'engagera sur un quiproquo, et débouchera inévitablement sur un échec.

Il importe donc de clarifier les choses. Le médecin doit énoncer :

. qu'il est disposé à engager un traitement de substitution,
. qu'il est disposé à donner au patient les moyens d'un sevrage, mais qu'en aucun cas cette voie ne se réduit à une simple prescription médicamenteuse.

 

2.2. PROPOSER UNE LIGNE DE CONDUITE.

Lorsque la demande de sevrage correspond à une décision mûrie, et après que le patient a compris qu'il était libre de formuler d'autres désirs, une stratégie de sevrage doit être construite avec lui.

Le sevrage est un processus douloureux physiquement et psychologiquement. Il faut en avoir mesuré la difficulté pour augmenter la probabilité de la réussite. La multiplication des échecs de sevrages "bricolés" est cause de blessures narcissiques graves chez le patient, qui le conduisent à vivre sa dépendance comme une fatalité, éloignant par là-même toute possibilité de réussite ultérieure.

Un sevrage implique toujours la collaboration d'une véritable équipe autour du patient, rompue à ce type de problématique: c'est dire qu'un sevrage, même ambulatoire, sera au mieux réalisé avec l'aide d'un Centre Spécialisé de Soins aux Toxicomanes (CSST). On y trouve une équipe d'intervenants en toxicomanie (éducateurs spécialisés, assistantes sociales, infirmiers, psychologues, médecins, psychiatres), susceptible, en lien avec le médecin traitant:
. d'exposer au patient les filières de sevrage: sevrage ambulatoire, soutien institutionnel de jour, hospitalisation éventuelle,
. d'en assurer la mise en oeuvre concrète, en particulier pour l'accueil institutionnel,
. de proposer les mesures sociales d'accompagnement, en particulier en termes d'hébergement temporaire.

Les solutions médicamenteuses existent. Elles sont de la responsabilité du médecin traitant, en liaison avec l'équipe du CSST. Quelles qu'elles soient (neuroleptiques, antidépresseurs, clonidine, certaines benzodiazépines, antalgiques...) elles ne sont qu'une facette du pr