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SFTG PARIS NORD

Juin 1990

DIAGNOSTIC DES COLLAGENOSES

Jean-Pierre AUBERT, membre de SFTG Paris-Nord

Expert: Pr. O. Meyer, rhumatologue, Hal BICHAT

 

 

1. DEFINITIONS

 

On appelle collagénoses ou connectivites des maladies "systémiques" auto-immunes non spécifiques d'organe, c'est à dire pouvant toucher différents appareils et chez lesquelles on met en évidence des anticorps, et/ou une réaction à médiation cellulaire vis-à-vis de déterminants antigéniques largement répandus dans l'organisme.

 

La classification des connectivites est sujette à controverse. Nous retiendrons les 6 diagnostics suivants:

 

Seules les trois premières de ces pathologies ont une incidence appréciable: 500/100000 hab pour la PAR, 20/100000 pour le LED, 2 à 10/100000 pour la sclérodermie diffuse.

 

Ces affections posent de difficiles problèmes de diagnostic. Il faut savoir les évoquer sur des signes d'appel très variés. Les tests diagnostiques sont rarement spécifiques d'une collagénose. Le diagnostic repose donc sur une soigneuse confrontation des données cliniques et d'examens complémentaires. La stratégie des examens complémentaires doit être guidée sur la clinique, et sur une progression pas à pas. Les examens spécialisés (recherche d'anticorps spécifiques par exemple) ne doivent être demandés qu'au vu du résultat positif d'un test non spécifique (détection globale d'anticorps anti-nucléaires par immunofluorescence, par exemple). Il faut donc savoir ce que l'on cherche et pourquoi on demande tel examen.

 

2. NATURE DES TESTS BIOLOGIQUES UTILISES EN DIAGNOSTIC: TECHNIQUES

 

2.1. FACTEUR RHUMATOIDE

 

Les facteurs rhumatoïdes sont des IgM anti IgG: ce sont des anticorps de classe IgM, spécifiques de déterminants antigéniques appartenant au fragment Fc d'immunoglobulines de classe IgG. (Il existe aussi des FR de classe IgG, IgA, IgD).

La réaction de Waaler Rose , comme le test au latex, sont des réactions d'agglutination: un support (hématies de mouton pour le WR, billes de latex pour le latex), est saturé d'IgG (de lapin pour le WR, humaines pour le latex). En présence d'un sérum contenant du FR (IgM anti IgG), il y a donc agglutination. Le résultat est exprimé en titre= dilution la plus élevée du sérum donnant une réaction positive.

La réaction de WR est positive pour des sérums dont le titre est supérieur à 1/64.

Pour le latex, le seuil de positivité est de 1/80

 

Valeur diagnostique: le FR est présent dans 80% des PR. Il apparaît en général au cours de la première année d'évolution et ne peut toujours servir de test de dépistage précoce. Le FR n'est pas spécifique de la PR, il est présent dans de nombreuses autres maladies, et chez le sujet sain (10% après 70 ans)

 

2.2 COMPLEMENT

 

Le système du complément joue un rôle dans la réponse immunitaire non spécifique. Composé d'une vingtaine de protéines, il peut être activé par les complexes antigène-anticorps (voie classique), ou immédiatement par certains microorganismes (voie alterne). L'activation du complément aboutit au clivage du C1 , C3, C4 dans la voie classique, du C3 seul dans la voie alterne. Dans les deux cas se forme, au terme d'une cascade de réactions, un complexe lytique, véritable machine à faire des trous dans les membranes cellulaires. De plus, les fragments libérés ont des fonctions immunitaires (activation des macrophages, des lymphocytes B, libération d'histamine par les mastocytes, neutralisation virale).

Dans certaines collagénoses, l'ampleur des réactions antigène/anticorps entraîne une chute du complément sérique.

 

Le dosage du complément total (également appelé CH 50) repose sur une technique d'immunohémolyse radiale. Le taux normal est > 70 U arb/ml.

 

Tout sérum donnant moins de 70 U arb/ml peut être étudié par dosage des différentes fractions. C3 et C4 sont les fractions qui nous intéressent ici (voie classique, activationpar des complexes antigène-anticorps). Ils sont dosés par immunonéphélémétrie laser. Ils sont exprimés en pourcentage de la valeur normale. Compte tenu de l'importance de l'écart-type, on parle de chute du C3 ou C4 pour des valeurs inf à 50% de la normale.

 

Valeur diagnostique: le complément total, les fractions C3 et C4 sont abaissées dans le lupus, et en particulier dans les glomérulonéphrites lupiques. Ils servent aussi de critère de surveillance évolutive des GNA lupiques.

 

2.3. ANTICORPS ANTI-NUCLEAIRES

 

Les anticorps anti-nucléaires sont des autoanticorps réagissant avec différentes macro molécules du noyau cellulaire.

 

RECHERCHE D'AC ANTINUCLEAIRES PAR I.F.I.

L'immunofluorescence indirecte étudie la fixation des anticorps du sérum testé sur une coupe de tissu: classiquement foie de rat, mais la technique la plus intéressante utilise des cellules tumorales humaines en culture: on demandera une "recherche d'anticorps anti-nucléaires par immunofluorescence indirecte sur cellules HEp2". Après incubation et lavage, les anticorps fixés sont révélés par des anti immunoglobulines humaines marquées par un fluochrome.

En cas de présence d'anticorps antinucléaires, les noyaux deviennent donc fluorescents. Quatre aspects de fluorescence principaux sont obtenus:

Les résultats sont quantitatifs, exprimés en titre de sérum. Ne sont significatifs que des titres sup à 1/50 ou 1/100

 

L'IFI est donc la technique de dépistage des AC antinucléaires. C'est par elle qu'il faut commencer, puis demander des AC spécifiques, si besoin.

 

IDENTIFICATION DE LA SPECIFICITE DES AC ANTI NUC

 

Anticorps anti ADN

Il en existe de deux types: anti ADN natif, dirigés contre l'ADN double brin, et anti ADN dénaturé, dirigés contre l'ADN simple brin (dans les deux cas, l'IFI donne une fluorescence périphérique). Deux techniques permettent de repérer les anti-ADN natifs:

L'IFI sur frottis de crithidia luciliae (protozoaire contenant uniquement de l'ADN natif). C'est simple et peu coûteux.

Le test de Farr, technique radio-immunologique utilisant de l'ADN natif purifié.

Les AC anti ADN natif sont caractéristiques du LED, et présents dans 90% des LED. Les anti ADN dénaturés n'ont pas du tout la même valeur, et sont retrouvés dans de nombreuses collagénoses.

 

Anticorps anti DNP

Les anticorps antiDNP sont responsables de la formation des cellules LE (ou de Hargraves): polynucléaires contenant des noyaux cellulaires phagocytés. La recherche de cellules LE est abandonnée, car difficile et décevante.

La recherche d'anticorps anti-histones peut être intéressante. Ils peuvent aider à différencier un lupus induits (où ils sont fréquents) d'un lupus spontané (où ils sont rares)

 

Anticorps anti ENA

Plusieurs types principaux sont recherchés par immunodiffusion

 

3. RAPPEL DES PRINCIPALES COLLAGENOSES (CIRCONSTANCES DE DIAGNOSTIC, EXAMENS COMPLEMENTAIRES)

 

3.1. POLYARTHRITE RHUMATOIDE

Nous prenons comme forme de description la forme de début progressif:

.femme de 40 à 50 ans.

.A la suite d'un facteur déclenchant (surmenage, exposition au froid, choc affectif...), survenue de:

 

L'examen recherche des signes de synovite: tuméfaction du poignet, synovite des fléchisseurs, douleur à la flexion forcée du poignet.

 

Il faut rappeler que la PR est une maladie de système, et qu'elle touche d'autres organes: on pourra en particulier voir et rechercher une vascularite, une pleurésie, une atteinte neurologique, des nodosités sous-cutanées, une péricardite. Le rein n'est qu'exceptionnellement touché (une atteinte rénale oriente donc sur une autre colagénose).

La radio n'apporte rien

 

Biologie:

 

Diagnostic différentiel

 

3.2.LUPUS ERYTHEMATEUX DISSEMINE

 

 

Comme chacun sait, tous les organes peuvent être atteints: coeur et vaisseaux, poumons (avec en particulier des pleurésies relativement fréquentes, pouvant être une circonstance de diagnostic), lignées sanguines, tube digestif. A lire dans les livres...

 

Biologie

 

Diagnostic différentiel: les autres collagénoses, évidemment, mais aussi le lupus induit:

Recherche de médicaments inducteurs: alphaméthyl dopa, Dpénicillamine, sels d'or, INH, bêta bloquants (surtout le sectral), procaïnamide, phénothiazines...

La recherche des AC antihistones est intéressante dans ce cas: la conjonction d'absence d'anticorps antiADN natif avec des AC antihistones à taux élevés est très évocatrice

 

3.3. SCLERODERMIE SYSTEMIQUE

 

Terrain: femme après 40 ans

Deux signes dominent le tableau et doivent faire évoquer le diagnostic:

Ces deux signes doivent faire rechercher: des télangiectasies, des calcifications sous-cutanées (palpation, radiographies des mains)

 

biologie

 

Capillaroscopie: c'est dans tous les cas un examen simple, indispensable, qui fonde le diagnostic en montrant des anses mécacapillaires. ( la capillaroscopie consiste en l'examen à la loupe binoculaire des anses capillaires à travers la table de l'ongle)

 

Devant une suspicion de sclérodermie, il faudra rechercher avec soin (pronostic++):

 

Il faut savoir enfin que l'importance de l'atteinte viscérale est grossièrement proportionnelle à l'atteinte cutanée, qu'on classifie en trois stades: CREST (atteintes des doigts), acrosclérose (atteinte des avant-bras), sclérodermie diffuse (atteinte du thorax). Le pronostic de cette dernière forme est épouvantable...

 

3.4. AUTRES CONNECTIVITES

 

DERMATO ET POLYMYOSITES

Il s'agit de deux formes d'une même affection, associant, chez des sujets de tous âges (sauf enfants):

Les anticorps antinucléaires peuvent être posiifs

Le diagnostic repose sur

 

SYNDROME DE GOUGEROT SJOGREN

C'est le tarissement des sécrétions (syndrôme sec), en particulier lacrymales, nasales, digestives, et pulmonaires.

Il est très facile à objectiver par le test de Schirmer (bandelette graduée de papier buvard dans le cul de sac conjonctival inférieur)

Le SGS peut accompagner de