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 SFTG PARIS NORD MAI 1997

CYCLE DIABETE, SEANCE n°3:

INSULINOTHERAPIE EN MEDECINE GENERALE

J.P. AUBERT, membre de SFTG Paris-nord

experts: Dr. J.F. Gauthier (Hôpital St. Louis)Dr. E. Larger (Hôpital Bichat)

 

 

1.INSULINES DISPONIBLES: galénique, pharmacocinétique

 

La plupart des insulines aujourd'hui disponibles sont produites par génie génétique (insertion du gène de la pro insuline humaine dans une bactérie ou une levure), ou par modification chimique de l'insuline de porc. L'utilisation d'insuline de séquence humaine n'a pas réduit le risque de production par le patient d'anticorps anti insuline. Ceux-ci ne semblent pas responsables de résistance à l'insuline, mais peuvent perturber l'insulinémie par relargage de l'insuline, et entraîner des hypoglycémies.

 

Nous disposons de quatre types d'insuline, qui diffèrent par leur durée d'action après injection sous cutanée. Ces quatre types d'insuline sont toutes à base d'insuline "ordinaire": c'est l'adjonction d'une quantité variable de protamine ou de zinc qui leur confère leurs propriétés pharmaco cinétiques: ces complexes forment des cristaux. Il est important, avant l'injection, de remettre en suspension ces cristaux, en agitant doucement l'ampoule ou le stylo injecteur.

 

• Insuline d'action rapide ("ordinaire"): délai d'action 30 minutes, durée d'action efficace 4 à 6 heures. C'est la seule insuline utilisable par voie IV, IM, ou par injection sous cutanée, ou intra péritonéale à la pompe.

 

• Insuline d'action intermédiaire: délai d'action 90 minutes, durée d'action efficace 12 heures.

 

• Insuline d'action biphasique, mélange en proportions variables d'insuline rapide, et d'action intermédiaire.

 

• Insuline à longue durée d'action: délai d'action 2 à 3 heures, durée d'action 24 heures.

 

Les données pharmacodynamiques des différentes insulines sont difficiles à connaître avec précision.

 

Il importe de savoir:

• que lorsque la glycémie de base est normale, une injection d'insuline ordinaire doit être faite environ trente minutes avant le repas;

• que le délai entre l'injection et le pic d'insulinémie varie selon divers facteurs (concentration de l'insuline, importance de la dose administré, lieu d'injection). Il faut adopter la règle "un horaire, un site", qui permet au patient de bénéficier de caractéristiques pharmaco dynamiques stables pour un même horaire d'injection.

 

Présentation des insulines

 

En France, on dispose de deux présentations d'insuline:

 

• Insuline concentrée à 40 UI par ml, en flacon, destinée à être utilisée exclusivement avec des seringues graduées à 20, 40 ou 80 unités.

• Insuline concentrée à 100 UI par ml, en cartouches jetables prêtes à l'emploi dans les stylos à insuline et stylos pré-remplis jetables.

 

Cette multiplicité de présentations est source d'erreurs, dont la plus fréquente est le prélèvement d'insuline d'une cartouche avec une seringue, conduisant à l'injection d'une dose excessive. Les cartouches ne doivent être utilisées qu'avec les stylos.

 

Il faut prévenir les patients voyageant à l'étranger que les flacons qui sont commercialisés dans certains pays (GB, USA), contiennent de l'insuline à 100 UI par ml, et que les seringues vendues sur place sont prévues pour cette concentration, d'où la règle simple de n'employer que de l'insuline et des seringues de même provenance.

 

Ces difficultés devraient être résolues par la généralisation de la concentration à 100 UI par ml.

 

Conservation:

 

Un flacon ou une cartouche doit être conservé entre 2 et 8°C, mais peut se conserver sans risque plusieurs mois à 20°C. A 40°C, le délai maximum est de quinze jours. Il faut en tenir compte, et savoir changer la cartouche d'un stylo avant qu'elle soit vide, si on ne peut la conserver au froid. Il n'y a aucun problème pour préremplir les seringues d'un sujet sur plusieurs jours. Il ne faut pas oublier de remettre l'insuline en suspension avant d'injecter.

 

Mélange:

 

il faut ne mélanger que des insulines de même marque. On peut mélanger sans problème une insuline rapide et une insuline intermédiaire. Si l'on mélange une insuline rapide et une insuline de longue durée d'action, il faut injecter de suite, afin d'éviter que l'excès de zinc ne complexifie l'insuline rapide.

 

Particularités des stylos

 

Tous les stylos injecteurs sont équipés d'un système de préselection des doses, qui limite les risques d'erreur, et d'un système d'alarme au cas où le stylo ne contient plus assez d'insuline.

 

Trois manipulations sont essentielles avec un stylo:

• changer d'aiguille avant chaque injection

• amorcer en faisant perler une goutte à l'extrêmité de la seringue, avant de sélectionner une dose (sinon on injecte de l'air et une dose moindre d'insuline)

• bien remettre en suspension les insulines d'action intermédiaire avant d'injecter, en agitant le stylo équipé de sa cartouche.

 

2. L'ETUDE DCCT ET SES PARADOXES: COMMENT TRAITER LE DID?

 

L'étude "DCCT" est probablement l'article le plus important paru dans le domaine de l'insulino thérapie ces dernières années. C'est une étude américaine, parue dans le NEJM le 30/9/93, réalisée par le "Diabetes Control and Complications Trial research group".

 

L'objectif était de comparer insulino thérapie classique et insulinothérapie "intensive". 1441 patients ont été inclus de 1983 à 1989, diabétiques insulino dépendants présentant des diabètes non compliqués ou peu compliqués. L'étude a été interrompue en Juin 93 par le comité indépendant de suivi des données, en raison de l'importante différence observée entre les deux groupes.

 

Les patients du groupe "conventionnel" recevaient deux injections quotidiennes d'insuline biphasique, pratiquaient un autocontrôle quotidien sanguin et urinaire, recevaient une éducation sur le régime et l'exercice. Les objectifs du traitement conventionnel étaient l'absence de symptômes attribuables à l'hypo ou l'hyperglycémie, l'absence de cétonurie. Les patients de ce groupe étaient vus par leur médecin tous les trois mois.

 

Les patients du groupe "intensif" avaient au moins trois injections quotidiennes d'insuline, ou une pompe, ils contrôlaient leur glycémie au moins quatre fois par jour, avec contrôle des ingesta. L'objectif était d'atteindre des glycémies de 0.7 à 1.2 g/l avant les repas, et 1.8 après les repas, une HbA1C inférieure à 6.05 %. Ils voyaient leur médecin au moins une fois par mois, et étaient fréquemment contactés par téléphone.

 

90 % des patients ont terminé l'étude, 95% des informations prévues ont été recueillies.

 

Les patients ont été répartis en deux cohortes, l'une d'intervention primaire (pas de rétinopathie), l'autre d'intervention secondaire (rétinopathie débutante).

 

Voici les résultats:

 
conventionnel intensif
HEMOGLOBINE GLYCOSYLEE MOYENNE 9% 7%
GLYCEMIE MOYENNE 2.31 G/L 1.55 G/L

 

 

VARIATION DE RISQUE

Conventionnel
Intensif Variation
Rétinopathie primo-prévention

4,7

1,2

-76%
rétinopathie prévention secondaire

7.8

3.7

-54%
microalbuminurie > 40 mg/j (primo prév)

3.4

2.2

-34%
microalbuminurie > 40 mg/j (prév sec.)

5.7

3.6

-43%
neuropathie clinique (primo prév)

9.8

3.1

-69%
neuropathie clinique (prév sec.)

16.1

7

-57%

 

Ces résultats sont absolument spectaculaires, et plaident apparemment sans aucune échappatoire pour un contrôle glycémique intensif de tous les patients insulino dépendants jeunes, indemnes de toute complication ou porteurs de complications modestes.

 

Le problème est dans le respect concret des contraintes qui ont été imposées au groupe "intensif", qu'il n'est pas raisonnablement possible d'atteindre sur la totalité des patients insulino dépendants. Les recommandations qui suivent ne respectent pas les critères de l'étude DCCT. Elles en tiennent néanmoins compte, tout en restant dans le domaine d'un réalisme sage.

 

3. OBJECTIF GLYCEMIQUE

 

Le choix dun objectif glycémique oscille entre deux limites

. le meilleur contrôle métabolique du diabète, et la prévention des complications.

. le risque d'hypoglycémie, d'autant plus élevé qu'est meilleur le contrôle glycémique.

 

L'étude DCCT plaiderait pour un contrôle métabolique aussi étroit que possible, mais doit être nuancée dans les faits.

 

Actuellement en France, le choix d'un objectif glycémique pèse des paramètres tels que l'âge, l'espérance de vie, l'existence éventuelle de complications de micro ou de macro angiopathie, et des situations particulières comme la grossesse.

 

1/ Il est des patients chez qui l'objectif glycémique doit être "lâche": espérance de vie réduite, macroangiopathie évoluée. Ils peuvent bénéficier d'un schéma à une seule injection d'insuline lente, ou à deux injections d'insuline intermédiaire (ou de mélange intermédiaire-rapide), au stylo, avec seulement une ou deux glycémies au doigt par jour (toujours avant une injection).

 

2/ A l'inverse, il est des situations qui imposent d'obtenir des glycémies normales en permanence:

grossesse

complications du diabète susceptibles de guérir: neuropathie aiguë douloureuse, mal perforant infecté,

complications susceptibles de se stabiliser, voire de régresser: stades précoces de la rétinopathie ou de la néphropathie.

Pour ces patients, les contraintes thérapeutiques sont très importantes: Objectif de normoglycémie, 4 à 6 glycémies par jour.

 

3/ restent le cas le plus fréquents: le sujet jeune, sans complication liée au diabète, et dont l'insulinosécrétion résiduelle est faible ou nulle. L'objectif est de prévenir la micro angiopathie.La normalisation de l'Hb A1C n'est possible que chez une minorité de sujet. Il faut se fixer l'objectif d'une HB A1C inf à 7,5% , ce qui correspond à une glycémie moyenne d'1,5 gramme par litre. Cela est suffisant pour diminuer sensiblement le risque de complications.

 

4. SCHEMAS D'INSULINOTHERAPIE

 

Il n'y a pas de bon et de mauvais schéma d'insulinothérapie. Il faut s'adapter aux conditions de vie du patient, et se garder de tout dogmatisme.

 

SCHEMA A DEUX INJECTIONS

 

Il reste le plus utilisé. Deux injections d'insuline intermédiaire, faites avant le petit déjeuner et avant le dîner, le plus souvent associées à de l'insuline rapide matin et soir.L'utilisation d'un mélange préétabli (insuline biphasique) prive le patient d'une adaptation indépendante des doses d'insuline rapide et intermédiaire, en particulier en cas d'hyperglycémie inhabituelle.

 

Ce schéma à deux injections peut entraîner une couverture insuffisante de la nuit, avec hyperglycémie au réveil: la solution est dans l'utilisation d'une insuline intermédiaire d'action plus longue (MONOTARD*), ou de décaler l'injection d'insuline intermédiaire du soir vers 22 heures (=passage à trois injections).

 

De même, il peut apparaître une hyperglycémie prolongée après le déjeuner, imposant une troisième injection d'insuline ordinaire avant le déjeuner.

 

SCHEMAS A TROIS INJECTIONS

 

Ces schémas sont de plus en plus utilisés. Ils reposent sur le principe du "basal-bolus": la composante basale du traitement est assurée par deux injections quotidiennes d'insuline intermédiaire, ou par une injection d'insuline lente, faite le matin ou le soir, ou encore deux injections quotidiennes d'insuline lente, à dose plus faible.La composante "bolus" du traitement, vient, elle, de trois injections quotidiennes d'insuline rapide, faites avant chaque repas.

 

L'inconvénient des schémas associant insuline lente et rapide est que les stylos n'existent pas pour les insulines lentes. Les schémas associant insuline intermédiaire et rapide sont compatibles avec l'utilisation de stylos pour toutes les injections.

 

L'ADMINISTRATION CONTINUE A LA POMPE.

 

L'administration se fait par voie sous cutanée, avec un cathéter dont le point d'injection doit être changé tous les trois jours.

 

On utilise uniquement de l'insuline rapide (souvent à 100 UI/ml), répartie en un débit basal et des bolus au moment des repas. Les résultats en terme d'Hb A1C sont identiques à l'insulinothérapie optimisée. Le pourcentage d'abandon de la technique est élevé (50% à un an environ.)

 

5. ADAPTATION DES DOSES D'INSULINE

 

Les besoins quotidiens en insuline des patients insulino prives sont de l'ordre de 0,7 à 0,8 UI par kilog.

 

En situation stable, les besoins quotidiens d'un patient en insuline varient peu.

 

Il faut conseiller au patient:

• de n'augmenter une dose que lorsque l'hyperglycémie dont elle est rendue responsable s'est répétée deux jours de suite,

• à l'inverse, de diminuer la dose d'insuline dès la première hypoglycémie non expliquée par une erreur (repas insuffisant, exercice physique non compensé par une collation).

 

Deux problèmes se posent fréquemment: l'hyperglycémie au réveil, l'hypoglycémie en fin de matinée.

 

L'hyperglycémie au réveil peut être due à une dose insuffisante d'insuline rapide au dîner, ou d'insuline d'action prolongée pendant la nuit. Au contraire elle peut être due à un rebond hyperglycémique après une hypo nocturne passée inaperçue. Il faut donc faire fréquemment une glycémie au coucher, et une glycémie en milieu de nuit chaque fois que l'occasion s'en présente, voire un cycle glycémique nocturne lors d'une hospitalisation de nuit.

 

L'hypoglycémie de fin de matinée est due à une hyperglycémie post prandiale précoce, et à une pharmaco cinétique imparfaite de l'insuline rapide. Il faut injectier l'insuline rapide dans la ceinture abdominale (site de résorption rapide), respecter l'intervalle de trente minutes entre l'injection du matin et le petit déjeuner, ou fractionner le petit déjeuner avec une collation en milieu de matinée.

 

 

6. PEUT-ON ASSOCIER INSULINE ET ADO?

 

L'évolution du diabète de type 2 vers l'insulino requérance est habituelle au bout de plusieurs années de traitement par les ADO. A ce stade on peut discuter le passage d'emblée à l'insulinothérapie isolée, mais aussi associer ADO et insuline, au moins pour un temps limité.

 

L'ASSOCIATION INSULINE-SULFAMIDES

 

L'idée sous jacente à cette association est que les patients insulino requérants conservent une certaine capacité sécrétoire, que l'on peut stimuler par les sulfamides. Les patients conservent ainsi une sécrétion physiologique de base, qui imprègne le foie avant d'imprégner les tissus périphériques, permettant au foie de jouer son rôle dans le maintien de l'équilibre glycémique.

 

Un schéma associant trois prises par jour (une avant chaque repas) d'un sulfamidé de seconde génération, et une injection d'insuline intermédiaire au coucher, permet d'obtenir le meilleur contrôle métabolique pour la plus faible dose d'insuline. Dans ce schéma, il faut démarrer avec 6 à 8 unités d'insuline, et augmenter de deux en deux unités jusqu'à obtenir la glycémie à jeun fixée en objectif.

 

L'ASSOCIATION INSULINE-METFORMINE

 

L'idée sous jacente à cette association est de limiter le surpoids induit par le passsage à l'insuline. La metformine améliore l'action de l'insuline et réduit l'hyperglycémie sans favoriser la prise de poids. La metformine permet également d'améliorer les facteurs de risques métaboliques (dyslipidémies) et vasulaires associées au syndrôme d'insulino résistance.

 

Indication: Sujet obèse devenant insulinorequérant, sans insuffisance rénale.

On associe deux comprimés de metformine à 850 mg, avec une dose d'insuline analogue à celle du paragraphe précédent.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

"Insulinothérapie dans le diabète insulino dépendant" José Timsit, MEDECINE THERAPEUTIQUE, Vol 1, N° 8, Décembre 1995

"instituer une insulinothérapie en ville chez un diabétique non insulinodépendant",Réseau VILLE-HÔPITAL PITIE SALPETRIERE, LE CONCOURS MEDICAL, 11/11/95, 117-37

"Sept insulines en cartouches" LA REVUE PRESCRIRE, Mai 1991, Tome 11, N° 107

"Ne pas confondre insulines à 40 UI/ml et 100UI/ml", LA REVUE PRESCRIRE, Juillet-Août 1992, Tome 12, N° 120

"Guide 1989 de l'insulinothérapie" LA REVUE PRESCRIRE, 1988, Tome 8, N° 80

"Traitement du diabète de type 2 insulino requérant: intérêt potentiel de l'association insuline-antidiabétiques oraux" A.J. Scheen et col., MÉDECINE ET HYGIÈNE, 1996, 54, 1470-1

"The effect of intensive treatment of diabetes on the development and progression of long-term comlication in insulin-dependant diabetes mellitus", The Diabetes Control ant Complications Trial Research Group, NEW ENGLAND JOURNAL OF MEDICINE, Vol 329, N° 14, 30/9/93

 

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