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SFTG PARIS NORD

Avril 1997

L'épaule douloureuse

Laurent Deyris, membre de SFTG Paris Nord

Expert: Gilles Hayem, rhumatologue, Hôpital Bichat

 

Nous ne parlerons pas des douleurs projetées ou irradiations douloureuses:

-Viscérale: Infarctus du myocarde, dissection de l'aorte-pleurésie, pneumo-thorax, fissuration splénique, colique hépatique ou néphrétique, abcès sous phrénique, ulcère gastro duodénal
-Neurologique: Névralgie cervico-brachiale, Pancoaast-Tobias (Claude Bernard-Horner + névralgie C8), névralgie amyotrohique de Parsonage et Turner, sd. de la traversée thoraco-brachiale, plexite post-radique

UNE DOULEUR DE L'EPAULE EST REPRODUITE PAR LA MOBILISATION DE L'EPAULE

Comme toutes les articulation l'épaule est le siège de pathologies variées:

  • - Arthrite septique: Douleur et impotence fonctionnelle importante ATCD d'infiltration ou geste local Signes généraux+++ (T° AEG Sueurs nuit ...)
  • - Rhumatisme inflammatoire ( PR, SPA, Rhum. psoriasique,...)
  • - PPR
  • - Arthrites microcristallines

4 pathologies sous l'appellation "péri-arthrite scapulo humérale" :

  • -Epaule douloureuse simple Tendinites, du sus épineux, du long biceps: surmenage articulaire sportif ou professionnel.
  • -Epaule impotente pseudo-paralytique perforation de la coiffe des rotateurs:
    -chronique: évolution vers l'arthrose gléno-humérale
    -aigue: rupture traumatique de la coiffe.
  • -Epaule douloureuse aiguë hyperalgique
  • -Epaule gelée: capsulite rétractile (algoneurodystrophie)

Les 3 premières étant le plus souvent secondaire d'un conflit ss accromial

1-TENDINITE DE L'EPAULE

•Le plus souvent adulte jeune
•Surmenage articulaire professionnel ou sportif
•Horaire mécanique déclenché par l'activité "nocive" cédant à l'arrêt. Parfois douleur nocturne sans dérouillage matinal.
•Intensité croissante: Gêne transitoire au début, à intensité plus marquée, débordant sur le repos.
•Douleur de topographie variable en fonction du tendon atteint :
Long biceps: Face antérieur de l'épaule irradiant vers le bras
Sus épineux: Moignon de l'épaule, région sous acromiale avec irradiation latérale

•Inspection et palpation: (Torse nu, comparatives)

-Recherche d'assymétrie, d'amyotrophie, de déformation articulaire (acromio et streno-claviculaire)
-Recherche de points douloureux: Ss acromial, pointe de la coracoide, articulations acromio et sterno-claviculaire

•Etude de la mobilité

Active:
Flexion = Antépulsion = 160-180°
Extension = Rétropulsion = 50°
Adduction = 45-50°
Abduction = Elevation latérale
Gléno-humérale = 90°
Gléno-humérale + Scapulo-thoracique = 180°
Rotation externe 80°
Rotation Interne 90°
Mouvements combinés =
Main nuque (Antépulsion + Rot.int)
Main dos (rétropulsion + Rot. int.)

Certains mouvements peuvent etre douloureux en fin de course ou dans certains quadrants mais d'amplitude normale dans la tendinite simple.

Deux types de manœuvres spécifiques :

1- RECHERCHE DE CONFLIT SOUS ACROMIAL

Mouvements passifs :

TEST DE YOCUM: CONFLIT ANTERO INTERNE (voir les schémas en fin d'article)

(Tubercule majeur / ligament acromio-coracoidien)

PUIS ANTERO SUPERIEUR (Osteophyte inf. acromio-calviculaire)

TEST DE HAWKINS

TEST DE NEER

2- ANALYSE DES MOUVEMENTS CONTRARIES

Mouvements actifs contre résistance pour mettre en tension les tendons susceptibles d'être atteints

SUS-EPINEUX: MANŒUVRE DE JOBE

CHEF LONG DU BICEPS BRACHIAL: PALM UP TEST

Sous épineux et Petit-rond (Rotateur externes): Manœuvre de Patte

Sous scapulaire: Lift off Test ( si positif atteste la rupture)

TENDINITE SUS EPINEUX (Supra-épineux) LA PLUS FREQUENTE

-Douleur externe de l'épaule irradiant en face externe de bras, au début strictement mécanique elle peut secondairement devenir aussi nocturne.

-Point douloureux sous acromial ( avant-bras dans le dos)

-Accrochage douloureux en élévation latérale (60-90°)

Manœuvre de Yocum et de Jobe positives

Examens complémentaires: Radio standard Face et Profil seule

Soit normale

Soit calcifications

Manœuvre de Leclerc(recherche de rupture de coiffe)

Traitement:

Phase douloureuse:

Repos articulaire

AINS * 2 semaines + Antalgiques

Si pas de traitement:

Cicatrisation fibreuse du ou des tendons concernés et de la bourse séreuse sous acromio deltoidienne: évolution vers un discret enraidissement avec accés douloureux

Le risque à terme est la rupture tendineuse

Physiothérapie : Glaçage Ultra sons

Si inéfficace: Infiltrations

Evolution trainante: Rééducation "Décoaptation gléno-humérale"

Travail simultané des abaisseurs de l'humérus et fixateur de l'omoplate au cours des mouvements d'élévation du bras

Si échec: envisager la chirurgie

Arthroscanner en préopératoire

Resection du ligament acromio-coracoidien

2-EPAULE AIGUE HYPERALGIQUE

Bursite microcristalline émaillant l'évolution d'une tendinite calcifiante.

Provenant en général d'une calcification du sus-épineux, les microcristaux d'apatite migrent dans la bourse séreuse sous-acromio deltoldienne et déclenchent une intense réaction inflammatoire locale

•Le tableau clinique est souvent impressionnant:

- l'épaule devient rapidement, en quelques heures, extrêmement douloureuse. Maximale au moignon de l'épaule, irradiant jusqu'à l'avant-bras et rendre le décubitus très inconfortable

-Le patient est apyrétique, l'impotence fonctionnelle est majeure prédominant sur les mouvements de flexion et d'abduction du bras;

- l'examen du moignon de l'épaule révèle parfois une tuméfaction sous-acromiale, d'allure inflammatoire, exquisément douloureuse.

•La radiographie met en évidence:

- une ou plusieurs calcifications de taille et de densité variables parfois difficiles à détecter, se projetant en général dans l'éspace sous-acromio-coracoïdien.

- la modification (diminution du volume, contours plus flous. . . ), voire la disparition de la calcification antérieurement connue, témoigne de sa migration .

•Le diagnostic peut être plus difficile:

une légère fébricule, une discrète accélération de la vitesse de sédimentation font évoquer une arthrite septique. En cas de doute, la ponction articulaire apparaît indispensable.

•Le traitement médical soulage rapidement le malade.

Anti-inflammatoires non stéroldiens et/ou la réalisation d'une infiltration de la bourse séreuse.

L'immobilisation de l'épaule par une écharpe est utile.

Des antalgiques puissants sont parfois nécessaires.

•L'évolution reste imprévisible: la crise douloureuse peut ne jamais se reproduire ou au contraire récidiver plus ou moins fréquemment. Dans ce cas, on peut être amené à discuter la dissolution de la calcification par la technique non sanglante et ambulatoire de ponction-trituration ou exceptionnellement son exérèse chirurgicale.

3-PERFORATION DE LA COIFFE DES ROTATEURS

•Il existe des ruptures partielles tendineuse (Sus- épineux+++) : Idem tendinite

Ruptures transfixiantes d'un ou plusieurs tendons = perforation de la coiffe des rotateurs

•Deux facteurs s'intriquent :

Facteur mécanique :

Si déficience d'un des tendons de la coiffe, au cours de l'abduction, par l'action du deltoïde, la tête humérale monte. Cela entraine une réduction de l'espace et un conflit entre trochiter (Tubercule majeur) et acromion. Cercle vicieux qui aboutit à la rupture.

Facteur trophique:

-microtraumatisme répété, facteurs vasculaire locaux, ...
-Fréquence élevée (5-20 % études cadavériques) 

•Manifestations cliniques variables:

-Rien
-Douleur plus ou moins variable (importante si secondaire à un traumatisme) Moignon de l'épaule, irradiation ascendante ou descendante. Quelquefois nocturne.Pas de douleur postérieure.
-Fatigabilité à épaule pseudoparalytique: rare sauf post traumatique
Si pseudoparalysie rarement sus-épineux seul.
Impotence fonctionnelle quotidienne si rotateurs externes (sous-épineux et petit rond)
-Raideur (complication) souvent purement douloureuse

•Rare avant 40 ans sauf traumatisme. Traumatisme de plus en plus minime avec l'age.

•Interrogatoire

Activité source d'un conflit sous acromial : sport ou profession
Mode de début (brutal ou progressif)
Caractéristique de la douleur
Impotence si elle existe est caractéristique de la coiffe

•Examen

Inspection : Amyotrophie sous-épineux Bursite Hématome (si trauma)
Palpation: peu orientante
Mouvements passifs: en principe conservés
Il existe toujours sur une épaule douloureuse chronique une limitation de la rotation interne (+/- antépulsion)
(Diag. dif. Capsulite rétractile)
Mouvements actifs: Perte de l'abduction active ou de la rotation externe (mauvais pronostic) (sans anomalie neuro) 

•Radiologie:

Standard Face rotation neutre, interne et externe
Si rupture traumatique récente: RAS
Signes indirects:
Condensation, géodes, irrégularité du trochiter
Elévation de la tête humérale traduit par un rétrécissement
de l'espace acromio-humérale < 7mm (Face rotation neutre)
Manœuvre de Leclerc positive
Perte du cintre omo-huméral
 
Si doute (et sujet< 50 ans) arthro-scanner ou IRM (non invasif)

•Thérapeutique :

-Sujet jeune: chirurgie
-> 65 ans: rééducation Risque d'évolution vers l'omarthrose

•Cas particulier de la rupture de la longue portion du biceps

Chez le sujet d'âge moyen, elle réalise une pseudo-paralysie bicipitale.
Le diagnostic en est le plus souvent évident :
- après une phase douloureuse initiale intéressant surtout la face
antérleure de l'épaule, la rupture tendineuse entraîne la chute du corps
musculalre vers la face antéro-inférieure du bras. La flexion de
lavant-bras apparaît difficile
- l'éxamen clinique retrouve inconstamment une ecchymose . Par contre, le muscle ratatiné est perçu sous la forme d'une tuméfaction globuleuse;
- le plus souvent invalidante, cette rupture nécessite une réparation chlrurglcale.
 
Chez le sujet agé: la rupture du tendon de la longue portion du biceps apparaît au contraire généralement parfaitement bien tolérée voire asymptomahque. La réparation chirurgicale nést qu'exceptionnellement envisagée.

4-CAPSULITE RETRACTILE

•Apparentée à l'algodystrophie et réalise une rétraction de la capsule articulaire enraidissant progressivement lépaule.

•Étiologie:

La capsulite rétractile peut survenir dans un contexte évocateur: infarctus du myocarde, cancer du poumon, hémiplégie, traumatisme de l'épaule, prise de barbituriques ou d'isoniazide.. .

Formes primitives pour lesquelles aucun facteur déclenchant n ést retrouvé, en dehors dans certains cas d'une altération de la coiffe des rotateurs, demeurent les plus fréquentes.

•Symptomatologie:

La capsulite rétractile évolue classiquement en 3 phases:

-la phase initiale très algique. Le malade voit s'installer en quelques jours une douleur dépaule d'intensité variable mais souvent pénible: sensations de brûlures, de broiement, douleur d'allure inflammatoire avec recrudescence nocturne... Toute tentative de mobilisation apparaît en général douloureuse. L'épaule peut être exceptionnellement le siège de manifestations vasomotrices évocatrices: augmentation de chaleur locale, œdème cyanique, sudation anormale... Évoluant sur 2 ou 3 mois, la douleur tend à s'amender tandis que l'épaule sénraidit progressivement;
 
-La deuxième phase est caractérisée par la raideur articulaire. Elle réalise la classique épaule gelée: il s'agit d'une épaule peu ou pas douloureuse mais enraidie voire bloquée. L'enraidissement porte à la fois sur les mouvements passifs et actifs. Le retentissement fonctionnel est en règle génerale sévère;
 
-la phase tertiaire ou phase de récupération dure plusieurs mois; l'évolution peut se faire vers la récupération totale des amplitudes articulaires.

•Certains aspects cliniques méritent d'être individualisés :

- lorsque l'atteinte de l'épaule s'associe à une algodystrophie de la main réalisant le classique syndrome épaule-main;
- lorsque la phase algique initiale, parfois discrète, manque; l'épaule est d'emblée enraidie. Cette épaule gelée souvent primitive semble se distinguer de l'algodystrophie

•Diagnostic :

Le diagnostic repose sur :
•l'éxamen clinique surtout intéressant au stade de raideur articulaire. Il retrouve une limitation nette, voire une impossibilité, des mouvements actifs et passifs intéressant surtout l'élévation antérieure et la rotation externe
•l'absence de syndrome inflammatoire biologique;
•les données de l'imagerie médicale :
- Durant la phase douloureuse algodystrophique :
Les radiographies standards, normales au début, objectivent par la suite une déminéralisation de l'éxtrémité supérieure de l'humérus et de la glène
Cette ostéoporose apparaît variable: parfois discrète et difficile à mettre en évidence (clichés comparatifs), elle peut être majeure et donner aux pièces squelettiques un aspect fantomatique; en règle hétérogène, mouchetée, elle peut être homogène et plus ou moins marquée.
 
-Au stade infraradiologique, la scintigraphie est de grande valeur diagnostique révélant une hyperfixation de lépaule intéressant parfois la main et plus rarement le coude ou lépaule controlatérale.
IRM ?
- au stade de rétraction capsulaire :
. les radiographies et la scintigraphie peuvent s'être normalisées,
. l'arthrographie opaque est ici l'examen de référence permettant d'affirmer la rétraction capsulaire: après opacification, la cavité articulaire apparaît de petite dimension avec disparition du recessus coracoïdien; mais surtout elle se laisse mal distendre et le volume injecté est en règle inférieur à 6 ml
Classiquement l'algodystrophie est une affection d'éxcellent pronostic avec guérison habituelle en quelques mois, voire quelques années.
Cependant et surtout en cas de rétraction capsulaire primitive, il peut persister un certain degré de raideur articulaire. 

•Traitement :

En phase algique: les antalgiques et les A. I. N. S. sont le plus souvent inefficaces. Le traitement repose sur l'administration de calcitonine(de bêta-bloqueurs, de griséofuline... d'éfficacité inconstante). Des infiltrations cortisoniques peuvent être proposées. Il faut surtout rassurer le patient et s'abstenir de toute thérapeutique agressive y compris et surtout de toute kinésithérapie mobilisant lépaule.
En phase de rétraction capsulaire: cést une rééducation fonctionnelle visant à l'expansion de la cavité articulaire (méthode de Kabat, automobilisation). Dans certains cas exceptionnels, une mobilisation sous anesthésie générale peut être proposée.
 

 

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