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compte rendu de reunion: incontinence urinaire de la femme 9912

SFTG PARIS-NORD

Compte-rendu de réunion:
Incontinence urinaire de la femme
Décembre 1999
 
L. Deyris et JP Aubert,
membres de SFTG PARIS-NORD
Expert: Dr. Jean-Michel Claude
(Centre Chirurgical Marcadet, Paris 18)

 
 

 

à consulter également sur le sujet:

Plan
1. Eléments physiopathologiques
2. Interrogatoire
3. Examen clinique
4. Traitements non chirurgicaux
4.1. Kinésithérapie
4.2. Médicaments et oestrogénothérapie
5. Examens complémentaires
6. Chirurgie
7. Prévention
 
1. Eléments physiopathologiques
 
L'incontinence urinaire survient lorsque les forces d'explusion (poussée abdominale, contraction vésicale) dépassent les forces de retenue exercées par l'urèthre (pression uréthrale, résistance uréthrale).
 
Quatre mécanismes peuvent être en cause dans l'incontinence urinaire :

A l'origine d'une instabilité vésico-uréthrale (impériosité):

  • instabilité vésicale: définie par l'existence de contractions vésicales déshinibées pendant la phase de remplissage:
    • affection locale irritant la muqueuse: infection, lithiase, tumeur
    • lésion neurologique centrale
    • altération de l'arc réflexe
    • cause psychogène: pollakiurie au froid, à l'émotion
  • instabilité uréthrale: par ouverture inopinée du col vésical et de l'urèthre:
    • uréthrites chroniques
    • causes psychogènes

A l'origine d'une incontinence urinaire d'effort

  • Hypermobilité du col vésical par rupture du hamac sous-cervical:
    • traumatisme obstétrical surtout
    • efforts chroniques de poussée (lever de poids, constipation)
  • Insuffisance sphinctérienne
    • traumatisme obstétrical (écrasement sphinctérien, traumatisme neurologique)
    • séquelles de chirurgie ou de radioghérapie
    • maladies neurologiques (paraplégies flasques, polynévrites, syndrômes de la queue de cheval
     
  • Par ailleurs la carence oestrogénique intervient, puisque les différents tissus de la sphère urogénitale contiennent des récepteurs aux oestrogènes (urèthre, col vésical, trigone)
2. Interrogatoire
 
L'interrogatoire a deux buts:
1- Diagnostic
2- Evaluation de la gêne fonctionnelle
L'interrogatoire permet d'évaluer la gêne, la demande et ce que la patiente est prête a faire (kinési, chirurgie,...)
 
Antécédents
  • Age de la ménopause, THS ou local
  • Obstétricaux: Nombre d'accouchements, poids de naissance des enfants (gros PN, grandPC, siège, forceps,...) épisiotomies, déchirures,rééducation pelvienne.
  • Chirurgie pelvienne (hystérectomie, cure de prolapsus, etc...)
  • Medicaux: traitement éventuel(anticholinergiques, sympatholytiques), constipation, toux chronique, infection urinaires, diabète, passé
    énurétique, obésité, maladies neurologiques, troubles cognitifs, dépression
Questionnaire urologique:
  • Ancienneté des fuites,
  • fréquence et horaire de la fuite (repos/ effort; diurne/nocturne)
  • perception de la fuite ou d'un besoin, qualité du jet,
  • capacité à interrompre la miction,
  • type d'effort déclenchant (intensite, brutalité),
  • existe-t-il une pollakiurie, une dysurie, voire une hématurie
  • des signes évocateurs d'une infection urinaire, une
    dyspareunie.
 
Quelques types d'incontinence peuvent se dessiner à l'interrogatoire:

Incontinence urinaire d'effort: fuite en jet, sans besoin préalable, au cours d'effort brefs et intense (toux, éternuments, course) en général en position debout.

  • Impériosité, instabilité vésicale: fuite précédé d'un besoin urgent (signe de la clef) amélioré par la restriction hydrique jet de bonne qualité voire explosif
  • Formes mixtes
  • Autres tableaux justifiant d'une prise en charge plus approfondie dont:

    • Insuffisance sphinctérienne: pas de perception du besoin, écoulement aux changements de position, a la marche. Incapacité a interrompre le jet d'urine. (=fistule uro-génitale)
    • Incontinence par regorgement: débordement d'une vessie distendue souvent en fin de nuit, obstacle (fæcalomes, dysurie iatrogène, pathologie neurologique)
     
    • Evaluation de la gêne quotidienne:
    • recherche d'une modification du comportement : fausses pollakiuries de précaution, limitation des sorties, utilisation de changes, quantification de la fuite (nombre et type de change /jour)
    • Il existe des questionnaires standardisé dont le MHU: "Mesure du handicap urinaire" .

    3. Examen clinique

    • L'examen est un temps essentiel : c'est principalement sur des données cliniques que va être posée l'indication chirurgicale éventuelle.
    • L'examen sera réalisée idéalement en deux temps: d'abord vessie pleine, puis vessie vide.
    • Plusieurs positions doivent être utilisées: patiente couchée, puis semi-assise, parfois debout.
    • L'analyse doit être menée au repos, puis lors d'effort de toux, de poussée et de retenue.
     
    Inspection:
     
    • Trophicité vulvaire et vaginale
    • cicatrices?
    • Mobilité périnéale: appréciée lors d'un effort de poussée en position semi-assise. Rechercher un bombement de l'étage antérieur avec ouverture de la fente vulvaire (cervico cysto ptose, cystocèle postérieure), une éventuelle disparition des plis radiaires de l'anus (rupture sphinctérienne anale)
     
    Examen
     
    1) placer une valve vaginale postérieure, à vessie pleine, pour visualiser à vessie pleine une cervico cysto-ptose et une cystocèle postérieure.
     
    2) Manoeuvre de Bonney: Vessie pleine, la patiente en position gynécologique doit tousser ou pousser. L'apparition d'un jet d'urine signe le diagnostic d'incontinence urinaire d'effort. On introduit alors deux doigts dans la partie distale du vagin, on en soulève légèrement la partie antérieure, tout en écartant les doits d'environ un centimètre (l'objectif étant de repositionner le col vésical. Les doigts peuvent être remplécés par une pince longuette qui élimine ausi des artéfacts liés au volume des doigts. La manoeuvre est positive si les fuites urinaires disparaissent, et présage de l'utilité d'une éventuelle cervico cystopexie.
     
    3) placer une valve sous la vessie pour rechercher une éventuelle rectocèle
     
    4) Après miction, placer un spéculum, pour apprécier la mobilité du col utérin à la poussée, et noter un éventuel prolapsus
     
    5) tester les releveurs par le toucher vaginal. Rechercher une inversion de commande (contraction simultanée des abdominaux), qu'il faut rééduquer.
    Les différents produits utilisables pour traiter une incontinence urinaire agissent, soit en réduisant les contractions vésicales qui débordent les résistances urinaires, soit en augmentant les résistances urinaires. Les premiers seront utilisés préférentielleemnt devant un tableau d'impériosité mictionnelle, les seconds devant un tableau d'insuffisance sphinctérienne.
     
    4. Traitements non chirurgicaux

    4-1Rééducation de l'incontince urinaire

    Indications:

    • Essentiellement l'incontinence urinaire d'effort typique isolée ou associé à un prolapsus de faible stade (1)
    • Incontinence par impériosité (en l'absence de dysurie obstructive)
    • Rééducation préventive après accouchement, chirurgie pelvienne,...

    Buts:

    • Améliorer la contraction des muscles striés du périnée (sphincter strié de l'urètre et releveurs de l'anus)
    • Aucune action sur les muscles lisses
    • apprentissage de la contraction reflexe avant l'effort: acquisition du verouillage périnéal.

    Rééducation passive:

    • électrothérapie: Utilisation d'une sonde intravaginale (remboursée par la SS) Stimulation par courant biphasique. Indiqué si testing musculaire est inférieur a 2 sur 5.

    Rééducation active:

    • Phase d'apprentissage: perception de la contraction et du relachement (plus difficile a sentir)
    • Phase de l'électivité: dissocier la contraction du blocage abdominal néfaste
    • Phase de renfort de l'intensité: avec exercices à la maison (Pipi-stop??)
    • Phase d'acquisition du verrouillage périnéal à l'effort
     

    Deux techniques:

    • kinésithérapie classique, "manuelle" est utilisée au début de toute technique
    • bio-feedback: utilisation d'un signal sonore ou visuel pour améliorer la prise de conscience de phénoménes auparavant inconscients. Il faut un testing musculaire au moins > 2 . Permet une symbolisation de la contraction et de son intensité.
     

    Résultats:

    • Succés initial inconstant (3 cas sur 4) et pas forcément durable.
    • Corrects après un an, les résultats se dégradent en fin de deuxième année. En fin de 3eme année, seulement 25% des patientes restent améliorées.
     

    En pratique:

    • Patiente apte a un travail prolongé, volontaire, bien informée (surtout
      pour la première séance) Kinésithérapeute formé, équipé, motivé et patient...
    • 15 à 20 séances de 30 minutes sont recommandées avec kinésithérapie
      manuelle au début. Une à deux séances par semaine
     
    • Ordonnance type:
      • "Rééducation périnéale avec: electrothérapie endocavitaire, travail actif par technique manuelle associée dès que possible au biofeed-back, acquisition de l'automatisme du verouillage périnéal à l'effort et lors des urgences mictionnelles: 1 à 2 séances par semaine. 15 séances."
    • Parallèlement il existe aussi des techniques comportementales: retard volontaire de la miction avec tenue d'un calendrier
    •  

    4.2. Médicaments et oestrogénothérapie

    4.2.1. Traitements diminuant la contractilité vésicale

    Ils sont utilisés devant un tableau ou domine l'impériosité mictionnelle, plus qu'une insuffisance sphinctérienne.

    Anticholinergiques et antispasmodiques musculotropes

    L'atropine et les anticholinergiques bloquent la stimulation parasympathique qui entraîne la contraction du détrusor. Ce blocage est souvent incomplet (existe-t-il d'autres neurotransmetteurs non cholinergiques, non adrénergiques?)

    La molécule la plus efficace dans ce groupe est l'oxybutinine (DITROPAN, DRIPTANE).

    • Sa courte demi-vie impose 3 à 4 prises quotidiennes. Contre-indications: glaucome à angle fermé
    • Effets secondaires: sécheresse de la bouche, constipation.
    •  

    D'autres classes thérapeutiques ont été utilisées, mais le niveau de preuve associé à leur emploi reste faible:

    • anticalciques: partiellement efficaces. Des risques de torsades de pointe ont été décrit après emploi dans l'incontinence urinaire
    • AINS, mais leurs effets secondaires digestifs rendent impossible leur emploi sur la durée
    • agonistes bêta adrénergiques (terbutaline BRICANYL), mais effets secondaires fréquents dans cette indication (tachycardie, tremblements)
    • antidépresseurs tricycliques, en particulier imipraminiques, mais là aussi les effets secondaires sont gênants.
    En pratique les anticholinergiques sont les plus utilisés dans cette famille, les anticalciques et les antidépresseurs peuvent être intéressants si une autre pathologie (cardiovasculaire pour les anticalciques, psychiatrique pour les antidépresseurs) justifie par ailleurs leur emploi.
     
    4.2.2. Traitements augmentant les résistances uréthrales
     
    Ils sont utilisés face à un tableau où domine l'insuffisance sphinctérienne (fuites à l'effort, urètre mobile en poussée, pression de clôture urétrale abaissée)
     
    Agonistes alpha-adrénergiques
     
    Le col vésical et l'urèthre proximal sont richement innervés par