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SFTG PARIS NORD

Mars 1992

PATHOLOGIE THYROÏDIENNE

Dr. Floriane COHEN, médecin généraliste

Expert: Dr. Anne BLAYO, endocrinologue, Hôtel-Dieu de PARIS

 

 

I) EXPLORATIONS THYROIDIENNES

 

1) Examen clinique

 

Placé derriére le patient, l'examinateur repère les cartilages thyroïde et cricoïde (en forme d'anneau), L'isthme thyroïdien se trouve en dessous du cartilage cricoïde. La déglutition aide à séparer ce qui appartient au larynx et à la loge thyroïdienne. Cet examen est couplé à la recherche de signes de dysthyroïdie reconnus à l 'interrogatoire

 

2) Examens biologiques

 

-hormones thyroïdiennes:

*T4:thyroxine : 80 % de la production hormonale thyroïdienne, la plus grande partie de la T4 est liée à des proteines (TBG), la T4 libre est la partie biologique active : c'est donc la plus importante à doser. Combinée au dosage de la TSH us, elle permet de faire le point sur la plupart des dysthyroïdies : dosage sur sérum par méthode immunologique . Cotée BM 140= 246,40 FRS.

(l'ensemble TSH et/ou T3 et/ou T4 = BM 140)

*T3 : sécrétion thyroïdienne mais surtout dégradation périphérique de la T4 ; dosage de la T3 libre plus difficile et source d'erreur dans les labos de ville .

*TSH : hormone produite par les cellules de l'antéhypophyse . Nous disposons maintenant d'une nouvelle technique ultrasensible qui permet de déceler des valeurs trés basses de TSH . Cette méthode utilise des anticorps monoclonaux . se dose sur sérum le matin à jeun (rythme nycthéméral) . Il n'existe pas de modification chez l'adulte en fonction de l'age, (chez le nouveau né elle est trés élevée et chute au 4 éme jour : on utilise le dosage de la TSH pour le diagnostic d'hypothyroïdie congénitale). Il s'agit d'un dosage trés fiable permettant le diagnostic des dysthyroïdies.

 

TSH BASSE

TSH NORMALE

TSH HAUTE

T4 HAUTE
Hyperthyroïdie En fonction de la clinique Sécrétion inappropriée de TSH

T4 NORMALE

Dépression

Hyperthyroïdie fruste, ou en voie d'équilibration

Goître authyroïdien

Euthyroïdie Hypothyroïdie fruste ou en voie d'équilibration

T4 BASSE
Hypopituitarisme En fonction de la clinique Hyopothyroïdie périphérique

 *Test au TRH :

Depuis l'apparition du dosage de la TSH us, ce test est beaucoup moins pratiqué : injection IV de TRH qui provoque une augmentation de TSH en 30 mn. L'indication de ce test est portée lorsque la TSH est basse mais non effondrée avec des hormones libres normales : dans les hyperthyroïdies, on note une absence de réponse à la 30 éme minute. Dans les hypothyroïdies, le test au TRH permet de cibler l'étage atteint : réponse retardée ou normale si hypothalamique, réponse absente diminuée origine hypophysaire.

 

-Autres examens biologiques

*thyroglobuline : proteine synthétisée par la cellule thyroïde : cotée BR 140(246,40). Elle peut être augmentée dans diverses pathologies thyroïdiennes. Elle est intéressante essentiellement dans le suivi des cancers thyroïdiens différenciés : en effet, aprés ablation, la Tg doit être indétectable. Sa réapparition dans le sang indique une récidive ou une métastase.

*anticorps anti-thyroïdiens : BR150=264 FRS

Ac anti récepteurs de la TSH présents dans le Basedow

Ac anti-thyroglobuline et anti-microsomiaux présents dans les thyroïdites d'Hashimoto.

*Iodémie et iodurie : BHN 80 : 140 FRS : permet d'apprécier le niveau d'imprégnation iodée.

 

 3) Examens radiologiques : imagerie

 

- scintigraphie :

Il existe plusieurs traçeurs radio-actifs :

*iode 131 : trés irradiant, réservé à des cas particuliers :

-thérapie des hyperthyroïdies rebelles et des cancers thyroïdiens.

-diagnostic particulier : exploration scintigraphique corps entier dans les cancers.

*iode 123 : nécessite un cyclotron . Cout élevé. RDV tardif. Moins irradiant que le 131. Ex trés fiable.

*technetium 99 : irradiation négligeable, pas cher, beaucoup moins fiable car contraste plus faible (peut être important dans le diagnostic du nodule froid)

Résultats : une scinti normale montre deux lobes à peu prés symétriques et homogènes séparés par un isthme plus ou moins fixant. Les anomalies peuvent porter sur le volume, la morphologie, l'homogeneïté ou la topographie. Le nodule froid est peu ou non fixant.

- Echographie :

dépend beaucoup de l'échographiste et de la technique utilisée. permet de faire la différence entre les nodules kystiques et les nodules pleins. Cotée K20 = 300 FRS.

 

AU TOTAL : L'échographie isolée ne suffit pas pour le diagnostic, elle doit toujours être couplée à la scintigraphie. Elle peut cependant être utilisée seule dans le cadre de la surveillance des nodules (en cas d'abstention thérapeutique) avec suivi des mensurations et de la structure.

 

II) PATHOLOGIE THYROIDIENNE

 

1) Goitres

 

- hypertrophie diffuse de la thyroïde : la cause la plus fréquente est une carence iodée. Il existe des goitres endémiques et des goitres sporadiques :

. endémique si plus de 10% de la population est atteinte. La fonction thyroïdienne est variable , peut entrainer des troubles de la croissance et /ou une arriération mentale. Le traitement est préventif en augmentant les apports iodés (eau, sel ).

. sporadique : le plus souvent euthyroïdien atteignant plus la femme. Il peut parfois devenir nodulaire : faire scinti qui permet de surveiller l'apparition de nodules froids (il existe des cancers sur goitres). En cas de doute il faut faire une TSH. Il existe des goitres multinodulaires toxiques pour lesquels le traitement médical marche peu, il faut donc opérer. On peut également voir des goitres plongeant dans la cavité thoracique visualisés à la radio et des goitres compressifs qu'il faut parfois opérer.

 

2) Nodules thyroïdiens.

 

La classification des nodules est fondée sur le caractère scintigraphique :

*froids ou hypofixants.

*chauds ou hyperfixants.

*isofixants.

 

-Nodules chauds

le plus simple , il est exceptionnellement malin.

Dans le nodule chaud simple euthyroïdien, le parenchyme fonctionne normalement. Puis le nodule devient autonome. Puis, il devient hypersécrétant et apparait l'hyperthyroïdie et le freinage du parenchyme extranodulaire : faire dosage de TSH et scinti : foyer de fixation exclusive. Le traitement est l'ablation chirurgicale.

 

-Nodules froids

le plus compliqué : 10% de ces nodules sont des cancers. Aucun élément ne permet de faire un diagnostic certain.

La cytoponction donne des résultats irréguliers car l'histologie des cancers de la thyroïde est difficile.

Il n'existe pas de marqueurs tumoraux.

L'attitude thérapeutique est variable selon les écoles :

-si inférieur à 2 cm de diamêtre : surveillance

-si supérieur à 2 cm de diamêtre : ablation chirurgicale.

De toutes façons, le risque existe toujours et rien ne peut nous rassurer (médecin face à sa propre angoisse).

En cas d'intervention, une extemporanée doit toujours être effectuée : 2 hypothèses se présentent :

-elle est négative : il s'agit d'un nodule bénin.

La question du freinage se pose alors, on donne de la thyroxine afin de laisser la TSH dans les valeurs basses ; on espére éviter ainsi la repousse du nodule ou d'une autre tumeur. En réalité, rien n'est prouvé et on peut se contenter d'une simple surveillance clinique et échographique.

-elle est positive : il s'agit donc d'un cancer thyroïdien.

Le traitement est donc la thyroïdectomie, soit subtotale, c'est à dire laissant une lame postérieure du coté opposé à la tumeur, soit totale ne laissant théoriquement rien.

Des complications sont possibles : hypoparathyroïdie et/ou atteinte du récurrent. Elles dépendent de la qualité du chirurgien et de son expérience.

Aprés l'intervention qui doit comporter également un curage ganglionnaire si besoin, il existe une hypothyroïdie définitive qui doit être traitée afin de ramener la TSH à la normale. Il faut faire également un bilan d'extension à la recherche de métastases : scinti corps entier à l'iode 131 ; méta ganglionnaires, os, poumons.

La surveillance se fait essentiellement sur le dosage de la thyroglobuline, surtout s'il y a eu thyroïdectomie totale ou subtotale. Le bilan isotopique à l'iode 131 se discute, car il doit être pratiqué aprés arrêt du traitement substitutif. Outre l'inconfort de l'hypothyroïdie, il y a augmentation de TSH qui est un facteur de stimulation des cellules cancéreuses.

 

3) Hypothyroidie

 

- Généralités

 

*Les principaux signes sont : l'asthénie, la prise de poids, la frilosité, les troubles cutanés, le ralentissement.

*Le bilan sanguin montre une TSH augmentée et une T4 et T3 basse.

*Etiologies :- Thyroïdites.

-Pathologies iatrogènes (antithyroïdiens ou chirurgical, Iode 131, Iode).

-Transitoires : post-partum, thyroïdites subaigües.

-Hypothyroïdie congénitale.

-Hypothyroïdie secondaire.

 

- Traitement : ce sont les hormones thyroïdiennes.

* L-Thyroxine : existe en gouttes, peut être utilisée chez l'enfant ou les personnes agées pour atteindre des posologies de façon progressive : 5 microgr. /gttes. Elles doivent être conservées au réfrégirateur.

* Levothyrox : le plus utilisé en comprimés (toutes les doses importantes existent). Le but est de normaliser la fonction thyroïdienne, l'examen pour cela étant la TSH us.

Les doses à atteindre sont individuelles : 100 à 150 microgr/jour.

Il faut augmenter les doses de façon trés progressive, il n'y a pas d'urgence. On fait un dosage de TSH d'abord à 6 mois puis tous les ans.

Chez les personnes agées, il y a une installation trés progressive des signes cliniques : il s'agit souvent d'un ralentissement global avec syndrome dépressif (mis parfois sur le compte de l'age.)

Le risque thérapeutique chez ces patients est de démasquer un angor. Au moindre doute, il faut les hospitaliser pour instaurer le traitement sous surveillance cardiologique. Sinon, y aller tout doucement : le but étant de normaliser la T4 libre même si la TSH reste un peu élevée.

Le traitement est bien sur définitif, sauf pour les cas particuliers :

-Amiodarone : - soit tt substitutif.

- soit interruption du tt si possible.

-Post-partum : guérison spontanée le plus souvent, parfois hypoT définive.

 

4) Hyperthyroidie

 

- Généralités.

 

* Diagnostic clinique :

troubles cardiaques : tachycardie, palpitations, troubles du rythme ; troubles du caractêre, du sommeil, tremblements, sueurs, perte de poids avec polyphagie.

* Diagnostic biologique :

TSHus effondrée, T3 et T4 augmentée.

*Etiologie :

Maladie de Basedow : mal. auto immune (anticorps antirécepteurs de la TSH). Les signes cliniques sont la thyrotoxicose, le goître, l'ophtalmopathie ; signes plus ou moins associés. La scinti montre un goître hpmogène.

Goîtres multinodulaires toxiques : goître ancien devenu multinodulaire. Les signes cliniques sont cardiaques (fibrillation auriculaire), la perte de poids, une faiblesse musculaire. La scinti montre un goître hétérogène avec zones chaudes.

Adénome toxique : nodule isolé au départ chaud et euthyroïdien et ensuite hypersécrétant. La T3 libre est souvent élevée de façon isolée.

Thyroidites : cf chapître suivant.

Surcharge iodée : liée à l'amiodarone, même trés longtemps aprés avoir arrêté. Le tableau clinique est celui d'une hyperthyroïdie avec T3 et T4 élevée et une TSH basse. La scinti montre une fixation trés basse ou nulle (réactivable par la TSH exogène).

 

- Traitement.

 

*Maladie de Basedow :

. symptomatique : repos et beta-bloquant (Avlocardyl*) si tachycardie.

. de fond : Néomercazole*( 5 mg) à fortes doses initialement : 9 à12 cps (40 à 60 mg) puis diminution des doses. L a durée du traitement est variable, environ 18 mois, mais tout est possible. Ce qui se fait de façon courante, c'est l'association Néomercazole à fortes doses associé à du Lévothyrox à compter du 4 éme mois à la dose de 25 à 50 microgr. (pour pallier à l'hypoT médicamenteuse). En fait, c'est de la cuisine!

Surveillance du traitement : le but étant d'obtenir une T4 libre et une TSH Nle (faire une fois/mois). Les complications médicamenteuses sont essentiellement hématologiques : Agranulocytose. Il faut donc une NFS hebdomadaire le 1er mois puis une fois/mois. Si les GB <1200/mm, on peut changer d'ATS :

- soit Basdène*

- Soit PTU (pharmacie centrale des hopitaux uniquement).

Surveillance cardiaque, ophtalmologique, penser à instaurer une contraception efficace. A l'arrêt du traitement ;

- soit guérison,

- soit récidive : environ 30% des cas, soit on reprend un traitement médical, soit on fait un traitement radical : chirurgical ou par Iode 131, les deux entrainant une hypoT définitive.

* Goître multinodulaire toxique :

Les ATS sont insuffisants, mais ils préparent au traitement radical ; chirurgical ou par Iode 131 ( moins agressif chez les personnes agées).

* Adénome toxique : traitement radical.

* Surcharge iodée : arrêt de l'iode, guérison spontanée à délai variable.

Penser aux thyrotoxicoses factices dans un but d'amaigrissement, T3 et T4 élevée, TSH basse et thyroglobine effondrée.

 

5) Thyroïdites.

atteinte inflammatoire ou infectieuse de la thyroïde.

 

- Thyroïdite d'Hashimoto :

Thyroïdite chronique autoimmune, donne une impression clinique de goître due à une infiltration lymphocytaire. Atteint 15 à20 femmes pour un homme.

Il existe des signes d'hypothyroïdie. La scinti montre une fixation iodée variable et la biologie détecte des anticorps antimicrosomiaux de façon constante associés ou non à des anticorps anti-thyroglobuline.

Le traitement consiste à la prise de L-Thyroxine définitivement.

Hashimoto et Basedow peuvent s'intriquer ou se succéder ; il peut exister un début thyrotoxique dans Hashimoto simulant un Basedow avant l'apparition de l'hypothyroïdie.

 

- Thyroidïte subaigüe granulomateuse de De Quervain.

inflammation subaigüe réversible, étiologie virale?

Le diagnostic clinique se fait devant une douleur cervicale souvent intense, iradiant vers l'oreille, dans un contexte fébrile et une altération de l'état général plus ou moins associés à des signes d'hyperthyroïdie. Les signes biologiques sont : une VS élevèe, une T3 et une T4 élevées, une TSH basse et un thyroglobuline élevèe. La scinti est blanche au départ. Puis il y a évolution vers l'euthyroïdie, la scinti redevient normale ainsi que le bilan bio. Il existe des thyroïdites à bascule atteignant un lobe, puis l'autre. Le traitement est essentiellement symptomatique à base d'antalgiques, d'AINS et parfois de corticoïdes.

 

 

Compte-rendu Dr. Floriane Cohen

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