1. QUESTIONS PRELIMINAIRES
Quels sont les prélèvements
à effectuer avant tout traitement?
Aucun en règle. L'examen cytobactériologique
de l'expectoration est sans intérêt. Seul examen
éventuellement intéressant, la bronchoscopie avec
aspiration bronchique et lavage broncho-alvéolaire permet
d'identifier des germes responsables. Il n'est à envisager
que dans des contextes particuliers (cf. infra).
Y a-t-il un diagnostic urgent imposant
une conduite particulière?
La survenue d'une toux sèche fébrile dyspnéisante,
même sans foyer auscultatoire, chez un sujet séropositif
pour le VIH impose de suspecter une pneumocystose.
Elle impose de pratiquer en urgence radiographie pulmonaire
(image normale ou syndrôme intersticiel), EFR (hypoxie+hypocapnie),
bronchoscopie avec LBA permettant d'identifier le germe, et de
débuter précocément un traitement efficace
sur pneumocystis carinii (TMT-SMX BACTRIM-EUSAPRIM IV 12 ampoules
par jour, puis relais par VO Bactrim forte 6/jour pendant trois
semaines, ou pentamidine aérosols)
2. STRATEGIE DU CHOIX INITIAL
A. CONTRAINTES DU CHOIX
Germes possiblement en cause
Il n'est pas possible de donner une évaluation précise
de la fréquence des germes rencontrés: les chiffres
sont trop différents d'un auteur à l'autre. On peut
toutefois distinguer deux groupes de germes en fonction de leur
fréquence en ville:
Les cinq germes les plus fréquents sont
- le virus grippal
- streptococcus pneumoniae (pneumocoque)
- mycoplasma pneumoniae
- Haemophilus influenzae
- Légionella pneumophila
Moins fréquemment peuvent être en cause:
- staphylocoques
- chlamydia psittaci
- bacilles gram négatif (plus fréquents chez
le sujet âgé)
- anaérobies (fréquence inconnue)
Eléments cliniques du diagnostic
bactériologique
Très schématiquement deux tableaux cliniques
extrêmes peuvent être opposés: la pneumonie
franche, la pneumopathie atypique. Cette distinction est imparfaite,
tous les intermédiaires peuvent se voir. En cas de doute,
les prélèvements microbiologiques courants étant
sans intérêt, c'est la radiographie au deuxième
ou troisième jour, qui paraît l'examen le plus utile,
permettant dans la plupart des cas de trancher entre les deux
hypothèses.
Pneumonie franche: évoque une
infection à pneumocoque
- début brutal
- hyperthermie franche
- syndrôme en foyer systématisé , clinique
et radiologique ,au 2ème, 3ème jour
Pneumopathie atypique: évoque
une infection à virus, à chlamydia ou à mycoplasme
- plus progressive
- précédée de signes rhinopharyngés
- Cortège de signes fonctionnels (toux, céphalées,
myalgies)
- Pas de foyer systématisé, images radiologiques
floconneuses bilatérales.
Pénétration dans le
foyer
L'antibiotique choisi doit avoir une bonne pénétration
dans le parenchyme pulmonaire. En cas de suspicion de pneumopathie
atypique, la pénétration intracellulaire du produit
peut être un élément du choix (Mycoplasmes
et Chlamydiaes sont des germes intra-cellulaires). C'est le cas
en particulier des macrolides, des cyclines, et des quinolones.
B. FAMILLES SUSCEPTIBLES D'ETRE UTILISEES
|
antibio. |
pneumo |
haemoph |
mycop |
légionn |
chlam |
staph |
gram- |
anaéro |
|
péni |
++ |
- |
- |
- |
- |
- |
- |
+ |
|
amox |
++ |
+- |
- |
- |
- |
- |
+- |
+ |
|
amox-clav |
++ |
++ |
- |
- |
- |
+ |
+- |
+ |
|
csp 1-2 |
++ |
+- |
- |
- |
- |
+ |
+- |
+- |
|
csp 3 |
++ |
++ |
- |
- |
- |
- |
++ |
+- |
|
cycl |
+- |
+ |
++ |
- |
++ |
+ |
- |
- |
|
cotrim |
+- |
+ |
- |
- |
- |
+ |
+- |
- |
|
quinol |
+- |
++ |
++ |
++ |
++ |
+ |
+ |
- |
|
amino |
- |
++ |
- |
- |
- |
+ |
++ |
- |
|
macro |
+- |
- |
++ |
++ |
++ |
+ |
- |
- |
On voit donc dans le tableau ci-dessus qu'aucun antibiotique
ne couvre l'ensemble des agents responsables. Il faut donc analyser
les données cliniques avant le choix de l'antibiothérapie
de première intention.
Le problème du pneumocoque doit être étudié
avec grand soin. Ce germe est responsable des pneumopathies franches,
et d'un grand nombre de tableaux bâtards.Les infections
à pneumocoque peuvent être d'une gravité extrême:
choc pneumococcique, méningite à pneumocoque, sont
des complications redoutables qui doivent faire choisir un antibiotique
actif sur ce germe chaque fois qu'il est susceptible d'être
en cause.
Les macrolides ne doivent plus être considérés
comme actifs sur le pneumocoque.
Les nouvelles quinolones ne doivent pas non plus être
considérées comme actives sur ce germe.
Les céphalosporines de troisième génération
sont actuellement actives.
Les pénicillines, l'amoxicilline, les associations amox+
ac. clavulanique, sont actuellement actives.
C'est sur les éléments ci-dessus qu'est basé
le raisonnement proposé ici (cf. infra).
C. CHOIX RAISONNE
Situation standard
- Devant un tableau évoquant plutôt une pneumonie
franche
- Premier choix= amoxicilline, qui couvre bien le pneumocoque.
(exemple: BRISTAMOX 500: deux gélules matin et soir pendant
dix jours)
- Devant un tableau évoquant plutôt une pneumopathie
atypique:
- Premier choix= Macrolide ou cycline , qui couvrent les germes
habituellement responsables. (exemple: ROVAMYCINE deux comprimés
matin et soir pendant dix jours, ou DOXYGRAM 100 deux gélules
par jour pendant dix jours)
- Devant un tableau bâtard, le choix initial se
portera sur l'amoxicilline, car le pneumocoque reste le germe
le plus fréquent.
- En cas d'échec au troisième jour, sans
que les signes cliniques soient préoccupants, la stratégie
peut être inversée, le macrolide remplaçant
l'amoxicilline ou réciproquement.
- En cas d'échec au troisième jour, avec aggravation
clinique:
- L'hospitalisation se discute,
- Si elle est récusée, on pourra proposer une
association:
- Amoxicilline + acide clavulanique ( Ex: AUGMENTIN 500
deux comprimés par jour)
- ou Céphalosporine de troisième génération
(Ex: ORELOX 100: deux comprimés matin et soir)
- associé à
- Macrolide ( Ex: ROVAMYCINE deux comprimés matin et
soir)
- ou Quinolone ( Ex: OFLOCET 200 deux comprimés par
jour)
- Durée : dix jours
Terrain
En cas d'allergie à la pénicilline
(nous ne parlons ici que d'allergies graves documentées),
et devant un tableau de pneumonie typique, ou un tableau bâtard
( c'est à dire en cas de suspicion de pneumocoque):
La conduite classique, qui était de proposer l'alternative
d'un macrolide, n'est plus pertinente, en raison du fort taux
de résistance de ce germe aux macrolides (25 %).
On peut proposer:
- une synergistine, famille dérivée des macrolides,
ayant une meilleure action sur les streptocoques:
- Ex: PYOSTACINE 500 deux comprimés matin et soir
- ou le cotrimoxazole
- Ex: BACTRIM FORTE un comprimé matin et soir
A noter que si le tableau clinique est préoccupant,
il faut dans ce cas utiliser une céphalosporine de troisième
génération (Ex: ORELOX 100: deux comprimés
matin et soir), le risque d'allergie croisée pénicilline/CSP
III étant très inférieur au risque de laisser
évoluer une pneumopathie grave sous un traitement antibiotique
mal adapté.
En cas d'allergie au macrolides,
devant une pneumopathie atypique: utiliser une cycline (Ex: DOXYGRAM
100 deux gélules par jour)
Chez la femme enceinte: amoxicilline
et macrolides sont autorisés, sont contre-indiquées
les quinolones, les céphalosporines de troisième
génération, les cyclines.
Chez le vieillard, l'alcoolique,
craindre une pneumopathie de déglutition avec plus grande
fréquence des bacilles gram négatif et des anaérobies:
Débuter le traitement par une association:
- Amoxicilline + acide clavulanique ( Ex: AUGMENTIN 500 deux
comprimés par jour)
- ou Céphalosporine de troisième génération
(Ex: ORELOX 100: deux comprimés matin et soir)
- associé à
- Macrolide ( Ex: ROVAMYCINE deux comprimés matin et
soir)
- ou Quinolone ( Ex: OFLOCET 200 deux comprimés par
jour)
- Durée : dix jours
Chez le sujet immunodéprimé,
en l'absence d'élément pour une pneumocystose:
Même association:
- Amoxicilline + acide clavulanique ( Ex: AUGMENTIN 500 deux
comprimés par jour)
- ou Céphalosporine de troisième génération
(Ex: ORELOX 100: deux comprimés matin et soir)
- associé à
- Macrolide ( Ex: ROVAMYCINE deux comprimés matin et
soir)
- ou Quinolone ( Ex: OFLOCET 200 deux comprimés par
jour)
- Durée : dix jours
En cas d'aspect de sévérité
initiale, ne permettant pas d'hésiter entre
les macrolides et l'amoxicilline: même association:
- Amoxicilline + acide clavulanique ( Ex: AUGMENTIN 500 deux
comprimés par jour)
- ou Céphalosporine de troisième génération
(Ex: ORELOX 100: deux comprimés matin et soir)
- associé à
- Macrolide ( Ex: ROVAMYCINE deux comprimés matin et
soir)
- ou Quinolone ( Ex: OFLOCET 200 deux comprimés par
jour)
- Durée : dix jours
Chez l'enfant:
Les infections pulmonaires sont très largement dominées
par les virus (80% des pneumopathies): Virus respiratoire syncitial,
Virus para influenzae, Virus influenzae, adenovirus, rougeole.
Ces pneumopathies virales peuvent secondairement se surinfecter,
Le pneumocoque et l'haemophilus sont les bactéries les
plus fréquentes. Mycoplasma pneumoniae n'est trouvé
que chez le grand enfant et l'adolescent. Chlamydia trachomatis
est en cause uniquement chez le nouveau-né: contamination
pernatale lors de l'accouchement. La pneumopathie correspondante
n'apparaît que quinze jours à trois mois après
la naissance (syndrôme interstitiel).
En matière de traitement, es sources sont assez contradictoires,
et proposent des antibiothérapies de première intention
variées. Toutefois, la prédominance des infections
virales, la fréquence des surinfections à pneumocoque
et haemophilus conduisent à proposer en première
intention:
- Association amoxicilline + acide clavulanique (ex: AUGMENTIN
40 mg par kilog et par jour)
|
|