1.DE QUELQUES PRODUITS COURANTS
Le haschich sera exclu de cette soirée,
car faiblement pathogène. L'alcool et le tabac, fortement
pathogènes, sont habituellement traités à
part. Nous ne parlerons pas non plus des solvants, des hallucinogènes,
des benzodiazépines.... Il nous faudra d'autres soirées!!
Nous présenterons ici trois produits
couramment utilisés dans notre quartier: l'héroïne,
la cocaïne et l'ectasy. Les paragraphes consacrés
au traitement sont restreints aux problèmes des héroïnomanes
et plus encore centrés sur la substitution. Il n'est pas
question d'imaginer que le traitement des héroïnomanes
se résume à la substitution: il est seulement question
de limiter, dans les trois heures d'une soirée de formation,
les sujets traités. La substitution en ville, nouvelle
venue dans la panoplie de nos moyens thérapeutiques, justifie
cette attention particulière.
1.1. L'HEROÏNE
Opiacé dérivé
de la morphine (pavot), la diacétylmorphine (héroïne)
est l'opiacé le plus utilisé en France.
Présentation: poudre blanche
floconneuse ou pulvérulente, parfois brunâtre ("brown
sugar").Très coupée (sucre, aspirine, talc,
strychnine, plâtre....). Les poudres du commerce contiennent
entre 2 et 10% d'héroïne en moyenne.
Utilisation: injectée le
plus souvent, parfois sniffée.
Valeur sur le marché: aux
alentours de 500 à 1000,00F. le gramme. Consommations usuelles
: un demi à deux grammes par jour (... faites le calcul:
à côté, la psychanalyse, c'est donné.)
Dépendance très
forte. Tolérance extrême: l'augmentation des doses
n'a pas de limite
Effets recherchés:
anxiolyse intense
euphorie, bien-être profond (flash)
fugace
puis sédation stuporeuse (effet
planète)
Autres effets:
dépression respiratoire
effet antitussif
hypotension, parfois syncopes
arythmie (overdoses)
constipation
spasmes des voies urinaires
spasmes biliaires
myosis
tocolyse
1.2. LA COCAÏNE
Alcaloïde extrait du cocaïer
(Amérique du Sud, consommation traditionnelle).
Présentation: Poudre blanche
("neige")
Souvent fortement diluée (mêmes
diluants que l'héroïne)
Les poudres du marché contiennent
0 à 15 % de cocaïne
Granulés blancs ou bruns ("cailloux",
"crack")
Utilisation:
"sniffée": inhalée
avec une paille sur une surface très lisse
fumée ( souvent mélangée
à du tabac)
inhalée sous forme de vapeurs
(crack): cigarettes, pipes à eau
Dépendance importante.
Tolérance particulière: le sujet a plus tendance
à augmenter la fréquence des prises que leur dosage
unitaire.
Effets recherchés
effet psychostimulant intense
euphorie, logorrhée, impression
d'hypervigilance
potentialisation de la libido
autres effets:
stimulation respiratoire puis dépression
(accidents mortels lors de "body packing": transport
de cocaïne en sacs ingérés, lorsque les sacs
se rompent dans l'estomac du porteur)
accès paranoïdes ou délirants,
troubles du caractère (crack surtout)
convulsions
céphalées
risques pour la grossesse: avortements
ruptures placentaires
prématurité
malformations cardiaques, urinaires et
cérébrales
1.3. L'ECSTASY
Méthylène dioxy
amphétamine
se présente sous forme
de comprimés, le plus souvent ingérés, parfois
injectés.
effets recherchés: ceux
d'une amphétamine
Levée des inhibitions sociales
intensification des perceptions sociales
parfois hallucinations à forte
dose
"descente" brutale avec
manifestations dépressives.
overdose possible: confusion mentale,
agressivité, sueurs profuses, coma, collapsus.
2. EPIDEMIOLOGIE PARISIENNE
2.1. QUI SONT LES TOXICOMANES PARISIENS?
SEXE: MASCULIN 81 %
NATIONALITÉ FRANÇAISE
86 % (idem population parisienne)
AGE MOYEN: 29,8 ANS
Le vieillissement des toxicomanes parisiens,
comme des toxicomanes français, se poursuit depuis plusieurs
années (âge moyen 25 ans en 86). L'explication n'est
pas univoque, car les chiffres se basent sur les données
des sujets ayant recours aux soins institutionnels (âge
réellement plus important, ou recours au soins plus tardif,
ou encore augmentation du pourcentage de toxicomanes "âgés"
pris en charge).
ACTIVITÉ PROFESSIONNELLE:
13 % ont une activité professionnelle actuelle.
(Source: étude ORS Ile de France
1986-1993)
2.2. QUE CONSOMMENT LES TOXICOMANES PARISIENS?
La réponse est difficile (dépend
beaucoup de la source).
En 1993, dans les institutions de recours
au soin, on note comme produit principal:
70 % de consommateurs d'héroïne
5 % de consommateurs de cocaïne
et de psychostimulants
7 % de consommateurs de sédatifs
12 % de consommateurs de cannabis
(Source: étude ORS Ile de France
1986-1993)
2.3. COMMENT LES TOXICOMANES PARISIENS
CONSOMMENT-ILS LEURS DROGUES?
Parmi les personnes ayant recours
au soin, 60 % utilisent ou ont utilisé la voie intra veineuse.
Parmi les consommateurs d'héroïne, ils sont 76,4%.
30 % des utilisateurs actuels
de psychostimulants utilisent ou ont utilisé la voie intra
veineuse, de même que 25 % des usagers actuels de tranquillisants.
(Source: étude ORS Ile de France
1986-1993)
2.4. MORBIDITÉ ET LIÉE
AUX VIH, VHB VHC
STATUT SÉROLOGIQUE POUR LE VIH
DES PERSONNES AYANT EU RECOURS AUX SOINS
|
TOUS USAGERS |
USAGERS AYANT EU RECOURS A LA VOIE IV |
|
Séronégatif |
37% |
42.3% |
|
Séropositif asymptomatique |
12 |
15.3% |
|
SIDA |
11.7% |
14.1% |
|
Résultat du test inconnu |
9.8% |
9.3% |
|
Test non effectué |
20.% |
14.% |
|
Non-réponse |
9.2% |
4.6% |
Si on exclut les 40 % de personnes
dont le résultat du test est inconnu, c'est alors 39% des
sujets qui sont séropositifs. Le chiffre réel se
situe donc probablement entre 24% et 39 %. Ces chiffres sont plus
élevés chez les usagers intra veineux.
Pour les hépatites B et
C, les données sont moins renseignées, puisque le
statut sérologique n'est connu que dans 30% des cas environ.
Parmi les personnes dont le statut est connu, 37 % sont séropositifs
pour le VHB (8,4% sont porteurs chroniques du VHB), et 38 % pour
le VHC
Le nombre de surdoses en Ile de
France était en augmentation régulière, il
est stabilisé depuis 1991 à 253 décès
par an (22 décès par million d'habitants).
(Source: étude ORS Ile de France
1986-1993)
2.5.LES AUTRES PROBLEMES PATHOLOGIQUES
Ils seront seulement cités, mais
doivent être connus:
Abcès et fasciites nécrosantes
Infections stomatologiques
Infections osseuses (souvent vertébrales,
à staphylo ou Gram -)
Endocardites: s. aureus et candida
surtout
candidoses viscérales,
oculaires en particulier
tuberculose
pneumonies
tétanos
hémorragies méningées
ou cérébrales (cocaïne et crack)
glomérulopathies, insuffisance
rénale
arythmies et infarctus du myocarde
(cocaïne et crack)
occlusions
3. LES STRATEGIES DE REDUCTION DE
RISQUES
Les stratégies de réduction
de risque sont aujourd'hui une urgence sanitaire. Elles comprennent
essentiellement:
les stratégies d'accueil
et de contact: structures type "la boutique" où
les usagers de drogues peuvent être accueillis librement,
bénéficier de services conviviaux (café,
repas, douche...) et avoir éventuellement accès
à l'information, à des services sociaux, être
orientés sur des soins.
les dispositions relatives à
l'accès aux seringues (vente libre, programmes d'échange
de seringues, steribox)
les dispositifs d'auto support
(associations d'usagers de drogues) et les programmes de santé
communautaire.
les dipositifs permettant l'accès
aux produits de substitution (centres méthadone, médecins
généralistes) .
4. LE MÉDECIN GÉNÉRALISTE
ET LA PRESCRIPTION CHEZ L'HEROÏNOMANE. LES BASES DE LA SUBSTITUTION
(source: la toxicomanie à l'héroïne
en médecine générale, Dr. J. Carpentier ELLIPSES
1994)
Il y a des indications au sevrage: au
mieux, si la toxicomanie est récente, si la personne va
bien, qu'elle est affectivement entourée et correctement
socialisée (logement, travail, etc...): il ne s'agit alors
guère que d'une question physique: c'est l'indication d'un
sevrage qui peut se réaliser en 8 à 15 jours, en
ville ou à l'hopital (nous avons choisi ici de ne pas traiter
les modalités pratiques du sevrage).
Il y a aussi des indication à
la substitution: toxicomanie ancienne, cas de celui qui n'a pas
d'amour, pas de travail et pas un sou, pas de famille et pas de
maison, rien qui permette d'espérer qu'il sorte à
court terme de sa camisole chimique.
Il est évident que ces extrêmes
sont rares, et qu'il faut en général évaluer
une situation complexe pour poser une indication.
Il faut néanmoins savoir qu'il
existe des contre-indications au sevrage. La toxicomanie est une
aventure qui a eu pour un temps, des aspects vivifiants (sinon
pourquoi le toxicomane l'aurait-il choisie?): la galère
vue comme liberté, les rendez-vous, les numéros
de téléphone, les problèmes d'argent, les
errances, les calculs d'arnaque, les amitiés qui n'en sont
pas mais qui en sont tout de même... La toxicomanie est
une construction dans le morbide, comme il en existe d'autres.
Un sevrage sera un échec certain s'il ne s'inscrit pas
dans la construction d'une véritable alternative personnelle.
On ne remplace pas un plein par un vide.
Le patient ira peut-être plus vite si nous l'aidons, mais
il sortira de sa toxicomanie lorsqu'il le pourra et non pas quand
nous le voudrons.
Si une substitution est choisie, il faut
la considérer comme une autre stratégie thérapeutique,
et non comme une version libérale du sevrage. Sa durée
s'inscrit dans le long terme:
4 à 6 mois pour la mise
au point de la dose d'opiacés
1 à 2 ans pour la suppression
progressive des anxiolytiques, antidépresseurs et somnifères,
2 à 4 ans de maintien d'une
dose régulière d'opiacés, ou d'une baisse
lente
8 à 15 jours de sevrage
ambulatoire ou en hospitalisation
5. LES OBJECTIFS DE LA SUBSTITUTION
La substitution doit également
se fixer des objectifs minimaux:
réduire voire annuler les
prises de drogue, en particulier par voie intra veineuse, et permettre
ainsi aux patients non contaminés de le rester, et à
ceux qui le sont de ne pas aggraver leur cas.
instaurer un nouveau dialogue
avec le patient, hors du cadre de la manipulation par et pour
le produit.
permettre un suivi régulier
du sujet substitué, et à travers ce suivi régulier:
permettre au sujet de retrouver
les bases sociales nécessaires aux soins: revenu minimum
d'insertion, carte Paris-Santé, aide médicale à
domicile si possible. Travail conjoint avec assistant social du
quartier ( BAS, La Terrasse, Centre de Sécurité
sociale)
faire le point des besoins de
soins, et les prendre en charge dans le cadre de l'AMG ou du 100
%
sérologie VIH, VHB, VHC, et suivi
médical correspondant
vaccinations: tétanos, hépatite
B
problèmes cutanés, dentaires,
autres consommations de toxiques
problèmes liés au tabac
et à l'alcool
Si patho justiciable du 100%:
faire demande d'ALD. Sinon, essayer l'ALD pour trouble grave de
la personnalité.
engager un travail psychothérapeutique,
soit avec le médecin traitant, soit dans le cadre d'une
structure spécialisée
réfléchir sur un
projet de sevrage (à long terme)
6. LES MODALITÉS DE LA SUBSTITUTION
Deux produits ont reçu l'A.M.M.
dans l'indication de substitution opiacée: ce sont la burprénorphine
(SUBUTEX®) et la MÉTHADONE ®
Le SUBUTEX ® est, comme le TEMGESIC®,
de la burprénorphine. Il a reçu l'A.M.M. dans l'indication
de la substitution opiacée. Il existe en comprimés
sublinguaux à O,4 mg, 2 mg, 8 mg (les comprimés
de TEMGESIC® sont dosés à 0,2mg). Ce produit
peut être prescrit librement par tous les médecins
français. Les doses usuellement utilisées en substitution
varient entre 2 et 6 mg par jour. La durée maximum de prescription
est de quatre semaines.
Ce produit est à utiliser en première
intention dans le cadre de la substitution. la burprénorphine
a en effet l'avantage d'être un agoniste/antagoniste: l'existence
d'une action antagoniste met à l'abri de la dépression
respiratoire en cas d'overdose.De plus en cas d'augmentation des
doses, l'effet antagoniste se fait sentir, ce qui fait que des
doses supérieures à 6 milligrammes par jour sont
en général "décevantes" pour le
patient.Du côté des inconvénients, on notera
que le SUBUTEX ® peut être injecté, et ne donne
donc la certitude de la réduction de risques que dans le
cadre d'une véritable relation de confiance avec le patient.
Il nous semble au total que la burprénorphine SUBUTEX®
est le produit de substitution sûr de première intention.
La METHADONE ® est un opiacé
très proche de la morphine. Il en partage deux inconvénients
majeurs: une tolérance extrême, et par suite un risque
d'overdose.
Le produit est présenté
sous forme de flacons de sirop, en principe non injectable (mais
nos usagers de drogues peuvent faire des prouesses pharmacologiques....donc
méfiance). Son avantage est de satisfaire totalement les
besoins de substitution, avec absence totale d'effet "flash":
c'est un bon produit de seconde intention, pour des patients que
vous n'aurez pu stabiliser sous SUBUTEX ®.
Les modalités de prescription
de ce produit sont plus complexes: la primo-prescription est faite
en centre Méthadone, ou en Centre de soins pour toxicomanes.
En pratique pour nous, elle est faite à la Terrasse, où
les patients doivent prendre rendez-vous pour l'initialisaton
du traitement. Les flacons sont de 10 et 20 milligrammes (un dosage
à 30 mg est prévu). Les posologies usuelles vont
de 60 à 100 mg par jour. Après stabilisation des
doses en centre méthadone, le renouvellement des prescriptions
est fait par le médecin de ville, la durée maximale
de prescription est de sept jours.
Les produits interdits:
Le PALFIUM ® doit être formellement
proscrit. Ce produit, responsable d'un très fort effet
"flash", d'une très grande tolérance et
d'une très grande dépendance, ne répond pas
aux critères d'un médicament de substitution. Le
risque d'overdose est majeur, et engage la responsabilité
du prescripteur.
Le Sulfate de Morphine (MOSCONTIN®,
SKENAN ®) a les mêmes caractéristiques que la
méthadone, mais n'a pas reçu l'A.M.M.. Les patients
qui sont actuellement substitués par ce médicament
doivent passer à un produit autorisé. Le passage
MOSCONTIN ® vers SUBUTEX ® peut entraîner un syndrome
de sevrage modéré, lié à l'effet antagoniste
partiel du SUBUTEX ®. Il faut en prévenir les patients.
En cas d'échec, il faut leur prescrire de la méthadone,
et donc leur demander de prendre au plus vite rendez-vous en Centre
de soins pour toxicomanes. Les prescriptions de MOSCONTIN ®
et de SKENAN ® sont tolérées jusqu'au 31.12.95.
7. LE TRAVAIL EN RÉSEAU
Le suivi médico social des usagers
de drogues impose une étroite collaboration des différents
partenaires.
Il fut un temps, pas si éloigné
où, sous les quolibets de toute la profession, quelques
généralistes convaincus pratiquaient la substitution,
qu'ils avaient déjà pensée en termes de réduction
de risques. Ces pionniers, Jean Carpentier, Jean-François
Bloch-Lainé, et quelques autres, ont payé leur prescience.
Ils ont essuyé divers procès, mais aussi dû
affronter une grave modification de leur exercice: ils étaient
les seuls à accueillir les usagers de drogues, et très
vite ils n'ont plus vu que des usagers de drogues: les enfants,
les grand-mères et les diabétiques hésitaient
à pénétrer dans ces étranges salles
d'attentes où l'on rencontrait de drôles de zouaves
à l'oeil hagard.
Aujourd'hui, la réduction des
risques est enfin devenue l'attitude majoritaire. C'est l'occasion
pour les généralistes de s'y associer. Vont-ils
voir eux aussi fuir leurs autres patients? Non, à une condition:
travailler en réseau.
La COPAST vous en fournit le moyen: si
vous vous faites connaître d'elle, elle vous adressera des
patients usagers de drogues. Mais elle respectera trois exigences:
1. elle ne vous adressera que le nombre
de patients que vous souhaiterez: vous pourrez limiter votre activité
dans ce secteur. Et si vous estimez avoir atteint votre quota
de, disons, dix patients, vous ne serez pas démuni lorsqu'un
onzième patient, informé par un ami, poussera votre
porte: vous lui direz tranquillement que vous ne pouvez le prendre
en charge, mais qu'à la COPAST, on lui trouvera un autre
généraliste. Vous pourrez ainsi rassurer les grand-mères
de votre clientèle: votre salle d'attente restera un havre
de paix et de méditation
2. La COPAST ne vous adressera jamais
un patient sans vous avoir au préalable téléphoné,
et avoir obtenu votre accord pour ce suivi.
3. le ou la patiente que vous recevrez
aura eu pr