Urgences en médecine générale (compte-rendu de réunion, Mars 2004)
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SFTG PARIS-NORD: DOCUMENT DE SYNTHESE



Urgences en médecine générale (compte-rendu de réunion, Mars 2004)


Dr. N. Gauffier , membre de SFTG Paris-Nord

Expert: Dr. C. Choquet, médecin urgentiste




A consulter sur le sujet:





PLAN

  1. Asthme
  2. embolie pulmonaire
  3. accident allergique aigu
  4. syndrome coronarien aigu
  5. infarctus du myocarde
  6. urgence hypertensive
  7. agitation




PRESENTATION

L’objet de cette réunion a pour but d’aborder certaines situations potentiellement urgentes que peut rencontrer le praticien en cabinet ou en consultation à domicile et de répondre aux questions suivantes :

URGENCES RESPIRATOIRES :

URGENCES CARDIOVASCULAIRES

:

URGENCES PSYCHIATRIQUES :

CRISE D’ASTHME

La prévention de la maladie asthmatique repose avant tout sur l’appréciation objective de la sévérité de la maladie au long cours et sur la reconnaissance précoce des exacerbations, définies comme des épisodes d’aggravation rapidement progressive d’un ou plusieurs symptômes de l’asthme (toux, oppression thoracique, sifflements, dyspnée), caractérisée par la baisse du débit expiratoire et quantifiable par la mesure du débit expiratoire de pointe (DEP) ou peak-flow.

Cependant l’intensité des symptômes précède habituellement la diminution des débits aériens.

La mortalité et la morbidité liées aux exacerbations sont souvent associées à un manque de reconnaissance de la sévérité de l’exacerbation, à une prise en charge initiale inadaptée ou à un traitement insuffisant.

L’augmentation de la consommation quotidienne de bêta–2–agonistes inhalés de courte durée d’action est le meilleur indice d’instabilité.

La mesure de la fonction respiratoire est impérative devant toute crise d’asthme inhabituelle, résistante au traitement usuel ou présentant de signes cliniques de gravité

Le débitmètre portable doit faire partie de la trousse d’urgence de tout médecin.

Gravité d’une exacerbation d’asthme

légère modérée grave
dyspnée A la marche Le patient peut s'allonger A la parole Le patient préfère être assis Au repos Le patient est penché en avant
discours Phrases possibles Expressions Mots
vigilance Agitation possible Agitation possible Agitation fréquente
FR augmentée augmentée > 30 / minute
FC < 100 / minute > 100 / minute > 120 / minute
sifflements DEP après Tt bronchodilatateur Modérés Forts Forts
DEP après Tt bronchodilatateur > 80 % de la valeur théorique ou de la meilleure performance du patient 60 - 80 % de la valeur théorique ou de la meilleure performance du patient < 60 % de la valeur théorique ou de la meilleure performance du patient
SaO2 en AA > 95 % 91-95 % < 90 %
GDS en AA PaO2 normale et PaCO2 < 45 mmHg PaO2 > 60 mmHg et PaCO2 < 45 mmHg PaO2 < 60 mmHg et PaCO2 > 45 mmHg

Tout patient présentant un DEP < 30 % de la valeur théorique ou de la meilleure performance optimale présente un asthme aigu grave menaçant son pronostic vital à court terme, imposant une hospitalisation en urgence le plus souvent après une prise en charge préhospitalière médicalisée.

Il convient de rappeler qu’une exacerbation sévère voire un asthme aigu grave peut survenir quel que soit le stade de sévérité de l’asthme.

Profil de l’asthmatique à risque d’asthme mortel :

Circonstances imposant un recours immédiat aux secours médicalisés pour transfert rapide à l’hôpital.

CAT par le médecin face à un patient présentant une exacerbation modérée ou grave

Administration de béta-2-agonistes de courte durée d’action par voie sous-cutanée (salbutamol ou bricanyl : 0,5 mg dans une ampoule de 1 ml) ou inhalée via une chambre d’inhalation (salbutamol : bouffées à 100 µg ; bricanyl bouffées à 250 µg ; 2 à 4 bouffées répétées toutes les 5 à 10 minutes si besoin)

Administration de 60 mg de Cortancyl ou de 3 cp de Médrol 16

Appréciation de l’efficacité du traitement par la mesure répétée du DEP dans l’attente de l’arrivée des secours

Signes de gravité définissant l’asthme aigu grave

Signes d’alarme faisant craindre une mort imminente

CAT par le médecin face à un patient présentant un asthme aigu grave

L’hospitalisation est systématique devant tout asthme aigu grave au domicile, quelle que soit la réponse au traitement initial.

Le médecin surveille et évalue l’efficacité du traitement dans l’attente du transport médicalisé par une équipe spécialisée.

Administration de béta-2-agonistes de courte durée d’action par voie inhalée : Le médecin administre 2 à 4 bouffées de salbutamol toutes les 5 à 10 minutes avec une chambre d’inhalation ou 2 à 4 bouffées de bricanyl sous forme de poudre à 15 minutes d’intervalle. Pour obtenir une efficacité optimale, il convient de faire respirer le patient normalement dans la chambre d’inhalation et de délivrer 1 à 2 bouffées de bronchodilatateur à la fois, en répétant les prises toutes les 5 minutes.

La voie sous-cutanée (salbutamol ou bricanyl : 0,5 mg dans une ampoule de 1 ml) peut également être utilisée, avec possibilité de renouveler l’injection après 20 minutes en cas de besoin En urgence, il n’existe aucune limitation à l’utilisation de béta-2-agonistes pour traiter un AAG tant que persistent les difficultés respiratoires.

Administration de corticoïdes systémiques : Administration de 60 mg de Cortancyl ou de Solumédrol 120 mg IV L’utilisation des corticoïdes potentialise l’effet bronchodilatateur des béta-2-agonistes dans les heures qui suivent et diminue le risque de dégradation secondaire. La corticothérapie ne constitue pas le traitement d’urgence de la crise d’asthme et ne doit pas être conduite isolément en raison de son délai d’action. Toute prescription à visée sédative est formellement proscrite.

Le transport vers la structure hospitalière la plus proche doit être médicalisé via le SAMU.

STRATEGIE DIAGNOSTIQUE AU CABINET MEDICAL DEVANT LA SUSPICION D’UNE EMBOLIE PULMONAIRE

L’embolie pulmonaire reste un diagnostic difficile à établir. En effet, il faut rappeler que la radiographie pulmonaire est souvent normale, que les signes ECG se résument le plus souvent à une tachycardie sinusale, voire même à la normalité de l’ECG. Les signes classiquement décrits de S1Q3 sont rares et non spécifiques. Enfin, 25 % des patients atteints d’une embolie pulmonaire ont des gaz du sang normaux.

Facteurs de risque +++

Facteurs de risque ++

Facteurs de risque +++ mais rares :

CLINIQUE :

Le tableau pseudo-pneumonique marqué par l’association d’une douleur thoracique, d’une fièvre, de frissons, d’un foyer clinique ou radiologique. L’embolie pulmonaire est à évoquer en l’absence d’évolution favorable sous traitement antibiotique, dans un contexte favorable à la survenue d’une EP (hémoptysie, signes cliniques de TVP, signes radiologiques …)

Les gaz du sang : Si l’effet shunt (hypoxémie, hypocapnie) est souvent associé à l’embolie pulmonaire, 25 % des gazométries sont normales. L’hypercapnie est exceptionnelle sauf chez les patients BPCO ou présentant une douleur pleurale intense. IL N’Y A AUCUNE SPECIFICITE DES GDS.

L’ECG : La tachycardie sinusale est le signe le plus fréquent ; néanmoins, l’ECG est souvent normal. Les signes de S1Q3, de BBD, de T<0 en précordial droit sont des signes de prépondérance du VD : ILS NE SONT NI SENSIBLES, NI SPECIFIQUES

La radiographie pulmonaire : Elle élimine d’autres diagnostics, elle est parfois normale. Les signes radiologiques les plus fréquents sont la surélévation diaphragmatique, l’atélectasie en bande, l’émoussement du CDS pleural, la présence d’une opacité périphérique à base pleurale (infarctus de Laennec).

La discordance radio-clinique ou radio-gazométriques est fortement évocatrice d’une EP.

D DIMERES : Le taux normal < 500 µg / l. Le taux augmente avec l’âge, le cancer, l’IDM, l’AVC, le post-opératoire, les infections graves, la grossesse, le polytraumatisme.

La stratégie diagnostique devant la suspicion d’une embolie pulmonaire dépend donc en premier lieu de la probabilité clinique chez le patient d’avoir une EP. 2 scores permettent d’établir le degré de probabilité clinique de l’EP.

SCORE DE WICKI ou de GENEVE:
ATCD de Thrombose veineuse profonde ou d’embolie pulmonaire +2
Pouls > 100 +1
Chirurgie récente +3
Age : 60-79 ans +1
Age >=80 ans +2
PaCO2 < 4.8 kPa +2
PaCO2 : 4.8 - 5.19 kPa +1
PaO2 : < 6.5 kPa +4
PaO2 : 6.5 - 7.99 kPa +3
PaO2 : 8-9.49 kPa +2
PaO2 : 9.5 - 10.99 kPa +1
Atélectasie +1
Surélévation d’une coupole diaphragmatique +1

Interprétation: Probabilité clinique

SCORE DE WELLS :
Atcd de TVP ou EP +1.5
Pouls > 100 +1.5
Chirurgie / immobilisation récente +1.5
Signes de TVP +3
Hémoptysie +1
Cancer +1
Diagnostic alternatif moins probable que l’EP +3

Interprétation: Probabilité clinique

SUSPICION D'EP : DEMARCHE DIAGNOSTIQUE

Echographie veineuse de compression : L’absence de thrombose veineuse proximale n’élimine pas l’EP. La réalisation de l’écho-doppler veineux des membres inférieurs ne doit pas retarder la réalisation des autres examens d’investigations visant à éliminer de façon formelle une embolie pulmonaire.

PAS DE D DIMERES SI LA PROBABILITE CLINIQUE EST FORTE OU S’IL N’Y A PAS D’ARGUMENTS POUR UN DIAGNOSTIC ALTERNATIF: transfert au SAU pour une imagerie

ACCIDENT ALLERGIQUE AIGU

Il peut aller de la simple urticaire géante à l’œdème de Quincke (œdème du visage)

Notion d’un bronchospasme dans 40 % des cas surtout en cas d’hyperréactivité bronchique

Signes cliniques de gravité :

LA SURVEILLANCE DE LA TA EST PRIMORDIALE EN CAS D’ACCIDENT ALLERGIQUE AIGU +++

CONDUITE A TENIR AU CABINET

Toute situation allergique avec œdème des muqueuses et des tissus sous-cutanés impose une surveillance de quelques heures en milieu hospitalier, même en situation de régression des signes cliniques.





CONDUITE À TENIR DEVANT UN SYNDROME CORONARIEN AIGU

DEFINITION :

II s'agit d'une entité clinique regroupant plusieurs situations exposant à court terme au risque d'IDM ou de mort subite :

Les syndromes coronariens aigus comprennent:

Les signes ECG: Sont très évocateurs:

Se méfier toujours: un ECG normal, surtout hors douleur, n'écarte pas le diagnostic.

C’est souvent la conjonction des éléments de l’interrogatoire, de la présence de facteurs de risque, des ATCD personnels et familiaux du patient, et des caractéristiques de la douleur (topographie, intensité, mode de déclenchement…) qui permettront d’évoquer le diagnostic.

Il n’y pas d’indication de demander en ville un dosage des CPK et de la troponine car la normalité du bilan n’élimine pas le diagnostic, et le retard de la prise en charge thérapeutique peut être potentiellement délétère.

LE PATIENT EST CONSIDERE COMME AYANT UNE PROBABILITE FAIBLE D'ANGOR INSTABLE : ( douleur atypique, pas de modification électrique à l’ECG de repos…)

LE PATIENT EST CONSIDERE COMME AYANT UNE SUSPICION CLINIQUE FORTE D'ANGOR INSTABLE (douleurs typiques, TNT sensibles, facteurs de risque cardio-vasculaires ++, insuffisance coronarienne connue, épisodes répétés au repos, modifications électriques par rapport à l’ECG de référence…)

CONDUITE À TENIR DEVANT UN INFARCTUS DU MYOCARDE

CRITERES DE DIAGNOSTIC PRECOCE :

Ces signes doivent être tous présents afin de ne pas négliger une éventuelle péricardite ou une dissection thoracique, dont l’utilisation d’antiagrégants plaquettaires et d’anticoagulants sera extrêmement préjudiciable pour le patient.

CONDUITE A TENIR DEVANT UNE URGENCE HYPERTENSIVE

Face à une élévation brutale de la PA, il faut distinguer :

Les élévations tensionnelles aiguës

...ou crises hypertensives, elles sont définies par une pression artérielle systolique > 180 mmHg et/ou une PAD > 110 mmHg, et l’absence de retentissement viscéral. Elles peuvent s’accompagner d’épistaxis ou de céphalées sans trouble neurologique.

Aucune hospitalisation n’est nécessaire.

CAT :

Les urgences hypertensives

...dont fait partie l’hypertension artérielle maligne

:

Les complications viscérales sont diverses : infarctus cérébral, insuffisance cardiaque gauche ou globale, IDM, angor instable, encéphalopathie hypertensive, hémorragie cérébro-méningée, éclampsie, dissection aortique, insuffisance rénale

L’HTA maligne associe un FO stade IV, une polyurie, une protéinurie, un amaigrissement, une soif, des troubles digestifs, des céphalées, un flou visuel

CAT en cabinet devant une urgence hypertensive :

PRISE EN CHARGE D’UN ETAT D’AGITATION EN CONSULTATION

Elle se définit comme une perturbation du comportement moteur, psychique et relationnel. Elle suscite une réaction d’intolérance de l’entourage et du milieu.

Les étiologies, parfois intriquées, sont :

Situations d’agitation :

L’agitation incontrôlable avec violences : le contact, l’entretien, l’examen clinique ne sont pas réalisables: indication d’une sédation par voie IM

L’agitation avec signes de passage à l’acte violent imminent : le retard à la prise en charge majore le risque de violence: indication d’une sédation par voie IM ou PO

Les formes d’agitation contrôlable : elles permettent un entretien, le recueil de l’anamnèse et un examen somatique utilisation préférentielle de la voie per os pour obtenir une éventuelle sédation

La prise en charge relationnelle est une obligation médicale puisqu’elle désamorce dans un nombre important de cas l’agressivité

La contention chimique se justifie après échec de la prise en charge relationnelle.

La survenue d’un état d’agitation nécessite une hospitalisation pour bilan étiologique de cette agitation et traitement d’une cause organique éventuelle et prise en charge psychiatrique.

QUEL CHOIX THERAPEUTIQUE INITIAL LORSQUE L’AGITATION EMPECHE TOUTE APPROCHE DIAGNOSTIQUE LORS D’UNE CONSULTATION ?

PSYCHOTROPES EN URGENCE :

La sédation médicamenteuse par NLP (Lozapine, Loxapac*) +/- associée à une BZD est le traitement le plus sur et le mieux évalué. Le Loxapac est le NLP de référence

L’association aux BZD permet de potentialiser les effets sédatifs et d’éviter les effets secondaires extra-pyramidaux :

le Rivotril a l’action la plus rapide et la plus courte

NE JAMAIS UTILISER DE CARBAMATES (Equanil*)

Réintroduire les médicaments possiblement responsables d’un syndrome de sevrage (ex : IRS type Deroxat)

Pas d’Haldol en raison de ses effets secondaires immédiats et de ses effets anxiogènes et dépressogènes, notamment chez les personnes âgées

De façon transitoire en cure courte de 10 jours maximum, en raison de ses effets secondaires, chez les sujets âgés, l’utilisation du Risperdal 1 mg maximum ou du Tiapridal est possible.

AUTRES SITUATIONS D’URGENCE PSYCHIATRIQUE




   
MeSH:
Asthma
Pulmonary embolism
Myocardial Infarction
Anaphylaxis
Angina, Unstable




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