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Monsieur,
Vous êtes atteint d'une hypertrophie
bénigne de la prostate, ou adénome de la prostate.
De quoi s'agit-il?
La prostate est une petite glande dont la
fonction est de sécréter le liquide séminal
(et non les spermatozoïdes eux-mêmes, qui sont fabriqués
dans les testicules). Elle est située en dessous de la
vessie et enveloppe le canal uréthral, c'est à
dire le petit conduit d'évacuation de la vessie.
Pour des raisons que nous ne connaissons pas,
la prostate de très nombreux hommes augmente de volume
à partir d'un certain âge (60 ans), alors même
qu'elle ne contient pas de tissu cancéreux: c'est l'hypertrophie
bénigne de la prostate. Lorsque la prostate augmente de
volume, elle gêne l'évacuation de la vessie. Au
début de l'affection, la vessie va réagir à
cet obstacle en augmentant sa force de contraction: les premiers
symptômes sont seulement une légère diminution
de la force du jet urinaire. C'est la "dysurie"
Lorsque l'hypertrophie s'accentue, la vessie
n'arrive plus à se contracter suffisamment pour évacuer
la totalité de son contenu: il y persiste, en fin de miction,
une certaine quantité d'urines, dite "résidu
mictionnel". Du fait de ce résidu, la vessie va alors,
évidemment, mettre moins de temps à se remplir
à nouveau. Le sujet éprouve donc plus fréquemment
le besoin de vider sa vessie: cette augmentation de fréquence
des mictions s'appelle "pollakiurie". En particulier,
la durée de remplissage de la vessie devient trop courte
pour permettre au sujet de passer une nuit entière sans
se lever: il devra vider sa vessie une, puis deux, trois fois
par nuit...
Si aucun traitement n'est entrepris, des complications
peuvent apparaître:
- rétention urinaire: c'est le blocage
total de l'urèthre, brutal et très douloureux,
imposant le sondage de la vessie pour la vider
- retentissement sur le haut appareil: si la
pression vésicale est constamment augmentée, elle
va finir par provoquer une augmentation de pression en amont,
c'est à dire dans les uretères et les reins. Ce
retentissement est grave et peut aboutir à l'insuffisance
rénale.
- miction par regorgement: il peut également
arriver que la vessie, dilatée, trop pleine et en hyperpression,
se vide lentement et involontairement.
Bien évidemment, il faut intervenir
avant les complications, au stade de la pollakiurie et de la
dysurie. Le seul traitement curatif est chirurgical.
Néanmoins l'affection évolue
extrêmement lentement, et le plus souvent, on se contentera
d'une simple surveillance.
Quel bilan, quelle surveillance?
Le diagnostic d'hypertrophie bénigne
de la prostate repose sur:
- l'interrogatoire, qui retrouve les notions
de dysurie et de pollakiurie
- le toucher rectal: la prostate est située
juste en avant du rectum. L'introduction du doigt dans l'anus
du patient permet au médecin d'apprécier le volume
et la dureté de la prostate,
- le dosage d'un marqueur spécifique
des cancers de la prostate, appelé "prostatic specific
antigen". Sa négativité exclut le diagnostic
de cancer prostatique.
Une fois posé le diagnostic et éliminé
l'hypothèse d'un cancer de la prostate, votre médecin
complètera le bilan par:
- un examen cyto-bactériologique des
urines (à la recherche d'une infection urinaire ou d'un
saignement occulte)
- une mesure du débit urinaire (débitmétrie)
- une échographie du petit bassin qui
permettra d'apprécier le volume du résidu mictionnel.
Si, de surcroît, on associe une échographie prostatique
trans-rectale (la sonde d'échographie doit alors être
introduite dans le rectum), on pourra mesurer précisément
le volume et la forme de la prostate (mais cet examen n'est pas
indispensable au début).
Si les symptômes restent peu gênants
(et c'est le cas de l'immense majorité des patients),
on se contentera d'une simple surveillance par l'interrogatoire,
le toucher rectal, la débimétrie et l'échographie,
une fois par an environ.
Les autres examens ne sont utiles que dans
certains cas:
- pour s'assurer de l'absence de cancer, si
le dosage des PSA est douteux: biopsie de la prostate
- ou pour rechercher une atteinte du haut appareil:
urographie intraveineuse, cystoscopie, scanner ou examens urinaires
spécialisés...
Comment et quand traiter?
En l'absence de complication, c'est la gêne
fonctionnelle qui fait décider du traitement chirurgical.
Il est donc essentiel que vous discutiez avec votre médecin,
pour évaluer, ensemble, votre degré de handicap.
Lorsque vous considérerez que vous vous levez trop souvent
la nuit, ou que vous êtes trop gêné le jour,
l'intervention sera décidée. Au fond, c'est vous
qui en aurez porté l'indication. Afin de vous aider à
mieux mesurer votre degré de gêne, et à évaluer
son aggravation, un petit questionnaire standardisé vous
est proposé, qui fait l'objet d'une autre
fiche de cette série.
Pour réduire la symptomatologie, un
certain nombre de médicaments peuvent vous être
proposés: alpha bloquants, inhibiteurs de la 5-alpharéductase,
certaines phytothérapies. Ces traitements ne sont pas
curatifs, ils réduisent simplement la symptomatologie.
La chirurgie de l'hypertrophie bénigne
de la prostate est simple. Elle est réalisée sous
anesthésie générale. Différentes
techniques sont utilisées, selon qu'on choisit d'enlever
tout ou partie de la prostate. Elles améliorent toutes
la symptomatologie, et le choix de la technique repose sur une
discussion entre vous, votre médecin traitant, et le chirurgien
urologue.
Sources: