Madame, Mademoiselle,
Vous êtes venue consulter
votre médecin pour envisager une interruption volontaire
de grossesse (IVG), et vous aimeriez connaître les modalités
de sa réalisation par technique médicamenteuse.
Une IVG peut, depuis le début
des années 1980, être réalisée par
simple prise de médicaments. Le taux de succès
de cette technique se situe entre 95% et 98.7% environ.
A quel délai maximal
puis-je entreprendre une IVG médicamenteuse?
La loi autorise cette technique
dans les 49 jours qui suivent la date des dernières règles.
Comme on prend en général conscience d'une grossesse
au bout de cinq à sept jours de retard de règles,
donc cinq semaines après les dernières règles,
il ne reste souvent que deux semaines pour réaliser ce
type d'IVG. Il faut donc prendre rapidement conscience de sa
grossesse, et prendre sa décision sans délai. Si
vous avez besoin de temps pour réfléchir, prenez-le:
la technique classique d'aspiration peut être réalisée
jusqu'à douze semaines après la date des dernières
règles (et le Parlement va prochainement porter ce délai
à treize semaines).
Comment se déroulent
l'IVG?
L'ensemble du processus se
déroule en quatre temps:
Temps n°1: consultation
chez votre médecin.
Votre médecin va vous
réinterroger sur vos antécédents, vérifier
avec vous la date de vos dernières règles, vous
examiner pour s'assurer qu'il n'y a pas d'anomalie, puis confirmer
la grossesse par la pratique d'un test sanguin. Il va également
discuter avec vous de votre désir d'IVG, des possibilités
qui s'offent à vous pour poursuivre éventuellement
cette grossesse, et des différentes techniques d'IVG (médicaments
ou aspiration classique) si vous choisissez d'y mettre un terme.
Si finalement, vous choisissez l'IVG médicamenteuse, votre
médecin vous conseillera un centre d'orthogénie
capable de la réaliser.
Après cette première
consultation, la loi prévoit un délai de sept jours,
pour vous laisser mûrir votre décision. Toutefois
en cas d'urgence, ce délai peut être ramené
à deux jours.
Temps n°2: consultation
au centre d'orthogénie, prise de mifépristone
Le médecin du centre
vous reçoit, il vérifie avec vous le respect des
dispositions légales, et contrôle les exames demandés.
Au terme de la consultation, vous prendrez deux comprimés
de mifépristone. Ce produit peut entraîner quelques
saignements dans les deux jours qui suivent.
Ce premier médicament
peut, dans quelques rares cas, déclencher à lui
seul l'avortement. Le plus souvent, c'est après la prise
du second médicament qu'il surviendra.
Temps n°3: hospitalisation
de trois heures, prise de misoprostol
48 heures après la
prise de mifépristone, vous retournerez au centre d'orthogénie
pour y être hospitalisée pendant trois heures. Vous
recevrez deux comprimés de misoprostol, puis vous attendrez,
confortablement installée, le déclenchement de
l'avortement. Celui-ci survient dans 80 % des cas au cours de
cette brève hospitalisation. Vous quitterez alors le centre
d'orthogénie, et débuterez immédiatement
une contraception orale. Une semaine plus tard, vous aurez une
visite de contrôle au centre, ou chez votre médecin.
Si l'expulsion n'a pas lieu
au centre, vous le quitterez quand même au bout de trois
heures (éventuellement après une seconde prise
de m isoprostol). L'expulsion se produit alors en général
dans les heures qui suivent votre départ, ou le lendemain.
Temps n°4: visite de
contrôle
Elle a lieu 10 à 15
jours après l'expulsion. Si celle-ci a eu lieu à
l'hôpital, un simple examen clinique suffit. Dans le cas
contraire, une échographie aura été pratiquée
avant la visite de contrôle, pour s'assurer de l'expulsion
complète.
Que fait-on si l'expulsion
n'a pas lieu?
Si l'expulsion n'a pas eu
lieu le lendemain de la prise de misoprostol, il faut envisager
une IVG classique par aspiration: cela arrive dans 2 à
5% des cas.
Quels sont les effets secondaires?
Les principaux effets secondaires
de cette technique sont des douleurs pelviennes et des troubles
digestifs.
Les douleurs pelviennes débutent en général
un quart d'heure après la prise de misoprostol, et durent
environ 45 minutes. Leur intensité est celle de règles
douloureuses. Elles seront contrôlées par la prise
d'antalgiques au centre.
Les troubles digestifs sont des nausées, des vomissements,
parfois une diarrhée. Ils sont assez fréquents,
mais rarement intenses.
Quelles sont les complications
possibles de cette technique?
Trois types de complications
sont possibles
La poursuite de la grossesse doit être considérée
comme une complication. Elle impose la pratique d'une échographie
10 jours après la prise de misoprostol, si l'expulsion
n'a pas été constatée au centre
Les hémorragies: elles sont rares. Elles peuvent
se produire au moment de l'expulsion ou dans les jours qui suivent.
Elles sont rarement abondantes (nécessité d'une
aspiration pour interrompre le saignement dans 0.3% des cas,
d'une transfusion dans 0.1% des cas).
Les rétentions utérines: une rétention significative
de caduque (les membranes qui entourent l'embryon) survient dans
0.6% des cas, imposant une aspiration secondaire.
Et après?
Après, et dès
l'expulsion, l'important est de reprendre une contraception,
et de l'observer rigoureusement, cette fois...
Sources:
IVG médicamenteuse: possible chez la
plupart des femmes. A. Bureau, I. Dagousset, La revue du praticien
Médecine Générale, 14; 506; 1377-81, 11
Septembre 2000