Madame,
Vous envisagez, ou votre médecin vous
a proposé, de traiter votre ménopause. Vous souhaitez
peser les éléments de la discussion. La fiche présente
a pour objet de vous donner quelques points de repère.
Elle suppose que vous n'avez pas de contre-indication à
ce type de traitement (voir avec votre médecin).
La ménopause se caractérise
par l'arrêt définitif de la sécrétion
hormonale ovarienne. Elle survient chez la femme aux alentours
de la cinquantaine, quelques mois après la disparition
des règles.
La ménopause s'accompagne d'un certain
nombre de symptômes, dont les principaux sont des "bouffées
de chaleur" (rapportées par 67% des femmes ménopausées),
un état dépressif (38.5% des femmes), une transpiration
excessive (31%), des troubles du sommeil (26%), une sécheresse
vaginale (20%). D'autres manifestations sont moins fréquentes:
maux de tête, prise de poids, altération de la peau
et des cheveux, troubles urinaires, baisse de la libido.
A plus long terme, la femme ménopausée
est exposée à deux groupes de risques: l'ostéoporose,
le risque cardio-vasculaire:
- L'ostéoporose est la perte de calcium
par le tissu osseux, source de tassements vertébraux et
de fractures (en particulier du col du fémur), très
fréquents chez la femme âgée. Il a été
démontré que ce phénomène est lié
à la carence en oestrogènes.
- Avant la ménopause, les femmes ont
un risque de maladie cardio vasculaire très faible par
rapport aux hommes du même âge (infarctus du myocarde,
accidents vasculaires cérébraux). Ce risque croît
après la ménopause pour rejoindre progressivement
celui des hommes. Il est donc probable que les hormones féminines
jouent un rôle dans la protection des femmes jeunes contre
ce type de maladie.
Le traitement hormonal substitutif de la ménopause
(THS) consiste à compenser le déficit hormonal
lié à la défaillance des ovaires, par l'administration
des deux principales substances qu'ils sécrètent:
un oestrogène, et un progestatif. La nature précise
des produits administrés et le mode de prise du traitement,
sont variables. L'objet de cette fiche est de discuter le principe
du traitement, non ses modalités.
Le choix de traiter ou non la ménopause
(en dehors des contre-indications du traitement) repose sur une
connaissance précise de ses avantages et de ses inconvénients.
C'est un choix qui doit être discuté entre votre
médecin et vous. Aucun traitement efficace n'est dénué
d'effets secondaires. Traiter la ménopause, c'est faire
le point en connaissance de cause. Au bout du compte, c'est vous
qui devez choisir.
Les avantages du traitement
Le THS supprime les symptômes de la
ménopause, en particulier les bouffées de chaleur,
et il améliore les signes psychologiques associés
(syndrôme dépressif, troubles du sommeil etc...).
Il semble également efficace sur les troubles de la libido
et la sécheresse vaginale, sur les troubles urinaires,
et peut-être sur le vieillissement de la peau.
Le THS prévient de façon certaine
et argumentée l'ostéoporose: réduisant les
pertes osseuses de calcium, il assure le maitien d'un os de bonne
qualité, et prévient les tassements vertébraux
et les fractures du col du fémur.
Si les oestrogènes seuls augmentent
le risque de cancer de l'endomètre utérin, il est
démontré que l'association d'oestrogènes
et de progestatifs, telle qu'elle est préconisée
dans le THS, réduit en revanche ce risque.
Plusieurs études ont montré
une réduction du risque de maladie d'Alzheimer chez les
femmes sous THS. Ces résultats doivent être confirmés.
Les inconvénients
du traitement.
Lorsque le traitement est administré
de façon séquentielle, les règles peuvent
réapparaître. Si vous ne tolérez pas cette
manifestation, vous pouvez demander à votre médecin
une administration continue du traitement. Si le traitement est
surdosé, il peut être responsable de tension mammaire,
d'rritabilité. S'il est sous dosé en revanche,
des bouffées de chaleur peuvent persister, de même
qu'une tendance dépressive. Tous ces effets secondaires
peuvent être contrôlés par l'adaptation du
traitement. Le THS ne fait pas prendre de poids, mais n'en fait
pas perdre non plus.
Le THS augmente le risque de cancer du sein.
Le risque est multiplié par 1.02 par rapport aux femmes
non traitées, pour chaque année de traitement.
Une partie de cette augmentation apparente de risque peut être
due à la meilleure surveillance des femmes traitées.
Par suite leurs cancers seraient dépistés plus
tôt et donc de meilleur pronostic (ce n'est pas pour l'instant
prouvé). L'augmentation du risque est d'autant plus importante
que le traitement est poursuivi plus longtemps. Elle disparaît
en cinq ans après l'arrêt du traitement.
Le THS augmente le risque d'accident cardio-vasculaire
et notamment d'affection coronarienne et d'accident vasculaire cérébral.
Ce risque a toutefois été observé dans des études américaines réalisées
avec des médicaments d'origine équine,
qui ne sont pas habituellement utilisés en France. On peut espérer que le risque
cardio-vasculaire liés aux oestrogènes naturels est plus faible, mais ce n'est pas démontré
Le THS augmente le risque d'accident de la
famille des thromboses veineuses (phlébites et embolies
pulmonaires). Par rapport à une femme non traitée,
une femme traitée a 2 à 3.5 fois plus de chances
de faire un accident de ce type. Mais le risque de base est très
faible.
Comment décider en pratique?
Le traitement hormonal substitutif de la ménopause a des avantages certains, et des
risques tout aussi certains. La mise sous traitement doit se faire après une discussion
approfondie entre la patiente et son médecine, après une évaluation précise et surtout
individualisée des avantages et des risques. Chaque individu n'est pas
exposé de la même façon au risque de cancer du sein, d'accident vasculaire cérébral, etc...
La mesure de ces risques individuels peut être pesée par le médecin, pour affiner
les éléments de la décision.
Un traitement hormonal substitutif de la ménopause ne se décide jamais dans l'urgence, mais après
discussion approfondie entre le médecin et son patient.
La durée du traitement hormonal substitutif doit être limitée dans le temps, de l'ordre de dix ans
Sources:
- AGENCE FRANCAISE DE SECURITE SANITAIRE DES PRODUITS DE SANTE Mise au point sur le traitement hormonal substitutif
de la ménopause (THS) Mise à jour : 28 mai 2003
- L'essai WHI
- Femmes, médecins et ménopause,
C. Attali, G. Bréart, D. Delanoë, D. Hassoun, M.
Lachowsky, P. Lopes, J. Ménard, D. Mischlich, V. Ringa,
Berger-Levrault, 1999