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- Madame, Monsieur
Vous êtes atteint de maladie migraineuse.
Voici quelques informations sur cette pathologie qui reste aujourd'hui
mystérieuse, malgré des avancées thérapeutiques
majeures. Cette fiche ne parle pas du traitement de la maladie
migraineuse. Vous trouverez dans cette série une
fiche sur les traitements de fond, et une sur les traitements
de la crise migraineuse
Qui souffre de migraine?
La migraine est fréquente: elle
touche environ 16% des femmes, et 5% des hommes. Elle n'est pas
rare chez l'enfant, puisque 7% d'ntre eux sont touchés,
sans préférence de sexe. La fréquence chez
la femme diminue après la ménopause. Il existe
une prédisposition familiale certaine. La migraine débute
le plus souvent avant 40 ans.
La migraine, maladie vasculaire, est peu corrélée avec d'autres
affections des vaisseaux: elle n'est
pas plus fréquente chez les hypertendus, ni chez les coronariens.
Elle augmente le risque d'accident vasculaire cérébral,
surtout chez les fumeurs et les utilisatrices de contraception
orale. Mais, même augmenté, ce risque reste très
faible. La migraine n'a pas de relation avec l'épilepsie.
Elle est en revanche beaucoup plus fréquente en cas de
dépression ou de troubles anxieux.
Quel est le mécanisme
de la migraine?
La crise migraineuse évolue en deux
temps, l'aura (qui n'est pas perçue par tous les patients)
et la phase douloureuse. Au cours de l'aura, les neurones de certaines zones
du cerveau se dépolarisent, puis leur activité
électrique disparaît, cependant qu'une réduction
du débit sanguin local de 20 à 30% se produit,
pendant plusieurs heures. Cette phase n'est pas douloureuse,
certains patients la ressentent sous forme de phénomènes
visuels dont ils savent qu'ils annoncent la crise. Au cours de
la céphalée, un double phénomène
d'inflammation et de
dilatation vasculaire va se produire,
déclenchant la douleur qui provient surtout des structures
extra crâniennes (peau, artères, muscles, articulations),
mais aussi des artères et des veines du cerveau (le cerveau
lui même est indolore). Le mécanisme de cette phase
n'est pas connu dans le détail. Il provient d'une stimulation
des nerfs végétatifs, et implique des médiateurs chimiques variés
(qui sont autant de voies thérapeutiques...):
sérotonine, dopamine, monoxyde d'azote.
Comment se déroule
une crise?
La fréquence
des crises varie énormément
d'un sujet à l'autre (de une crise par an à une
crise tous les deux jours), le plus souvent elle se situe entre
une et quatre crises par mois, durant moins de 24 heures en général.
Des périodes de crises fréquentes alternent souvent
avec des périodes calmes de plusieurs mois. 85% des migraineux
jugent grave leur maladie, 35% très grave.
Certains patients (une minorité) perçoivent
leur aura. Le plus souvent il s'agit d'anomalies visuelles:
amputations du champ, visuel, impression de luminosité
ou de scintillement de certaines parties du champ visuel, distorsion
d'images. Les auras sensitives ne sont pas rares (fourmillements
unilatéraux, souvent du membre supérieur et du
visage). L'aura est en général perçue pendant
une demi-heure à une heure.
La phase douloureuse dure de quatre à 72 heures (sans traitement).
Il s'agit d'une douleur céphalique intense. Les éléments
qui caractérisent la douleur migraineuse, par rapport
aux autres causes de maux de tête, sont les suivants:
- une tendance à l'unilatéralité
("migraine" signifie "moitié du crâne")
- une douleur de type pulsatile
- l'aggravation de la douleur :
- par des efforts minimes ou des mouvements
de tête, contraignant souvent le patient à se coucher
- par la lumière ("photophobie")
et le bruit
- l'association de la douleur à des
nausées ou des vomissements.
Existe-t-il des facteurs
déclenchants?
De nombreux facteurs déclenchants ont
été indentifiés.
Les plus fréquents sont des facteurs psychologiques: contrariété, anxiété,
stress..
Les facteurs
alimentaires les plus courants sont
le chocolat, l'alcool, le jeûne (en particulier par absence
de petit déjeuner), la diminution de la consommation de
café chez les grands consommateurs de ce produit... mais
des facteurs alimentaires individuels existent probablement,
et il est utile que le patient repère les aliments qui,
chez lui spécifiquement, peuvent déclencher des
crises.
Le sommeil est lié au déclenchement des crises:
le manque de sommeil (insomnie) est bien sûr en cause,
mais également l'excès de sommeil (les crises surviennent
souvent après une "grasse matinée").
Les phénomènes
hormonaux jouent un rôle majeur
chez la femme: la maladie débute souvent à la puberté,
les crises sont souvent plus fréquentes avant ou pendant
les règles, elles disparaissent souvent au cours de la
grossesse, et la fréquence de la migraine décroît
après la ménopause. L'effet de la contraception
orale est controversé. Si une pilule est utilisée
chez une migraineuse, il est en tous cas important qu'elle soit
faiblement dosée en oestrogènes.
D'autres
causes sont possibles: un effort physique
intense, un traumatisme crânien (même minime), un
problème cervical (mais attention, toutes les douleurs
d'origine cervicale ne sont pas des migraines, loin de là...).
Il est important que vous identifiiez les
facteurs déclenchant chez vous les crises migraineuses,
car un certain nombre, comme vous pouvez le constater, sont évitables.
Faut-il pratiquer des examens
complémentaires?
Dans une migraine typique, la radiographie
cérébrale, le scanner cérébral et
l'IRM, l'examen doppler des artères de la tête et
du cou, l'artériographie cérébrale, sont
normaux. L'électroencéphalogramme peut montrer
certaines anomalies, mais elles n'ont rien de spécifique
et n'aident pas au diagnostic. En général, aucun examen complémentaire
n'est utile. Le diagnostic de la migraine
repose sur l'interrogatoire du patient. Il est donc légitime,
si votre médecin a mené un interrogatoire précis
et attentif, et qu'il vous a examiné avec soin, qu'il
porte le diagnostic de migraine sans autre investigation.
Certaines situations imposent
au contraire des investigations complémentaires,
mais elle sont rares.
- une description clinique non typique de migraine
- une céphalée différente
des crises habituelles, chez un migraineux connu
- une céphalée migraineuse apparue
après cinquante ans
- une aggravation rapide des crises, en fréquence,
en durée ou en intensité
- une anomalie de l'examen neurologique, ou
de l'examen physique du patient au sens large
- la présence de symptômes orientant
vers une pathologie organique susceptible d'entraîner des
crises de type migraineux
Le traitement de la migraine repose sur deux principes: un traitement
de fond, destiné à prévenir les crises et
à en réduire la fréquence, et un traitement
de la crise migraineuse elle-même. Il ne fait pas l'objet
de la présente fiche.
Sources: