Pour les patients
à haut risque ischémique
(par exemple : fibrillation auriculaire), lindication
et les bénéfices dun traitement anti-coagulant
au long cours (AVK ou aspirine) font lobjet dun consensus
fort parmi le corps médical. Cependant, plusieurs études
ont montré une sous-utilisation
de ces traitements, tant en prescription
hospitalière quen prescription de ville. Elle nont
toutefois pas permis jusquici de déterminer les
raisons de cette carence.
Les auteurs de cette étude (Université
dHalifax, Canada) ont cherché à comparer
, chez les médecins et chez leurs patients, les perceptions
des seuils de bénéfice et de risque des traitements
anticoagulants. Au cours dinterrogatoire séparés
de 63 médecins (traitant des patients en FA), et de 61
patients à haut risque (tous pour fibrillation auriculaire),
ont été déterminés avec eux les seuils, dune part de réduction
minimale nécéssaire du risque daccident vasculaire
cérébral , dautre part daugmentation
maximale acceptable du risque hémorragique .
La comparaison des réponses globales
du groupe médecins et du groupe patients montre :
|
Nombre minimal
d'AVC à prévenir sur deux ans (pour 100 patients) |
|
estimation faite par les patients |
estimation faite par les médecins |
valeur de p |
|
Pour justifier un traitement par AVK |
1.8 |
2.5 |
p<0.009 |
|
Pour justifier un traitement par aspirine |
1.3 |
1.6 |
NS |
|
Nombre maximal daccidents hémorragiques
acceptables sur 2 ans (pour 100 patients) |
|
estimation faite par les patients |
estimation faite par les médecins |
valeur de p |
|
Pour autoriser un traitement par AVK |
17.4 |
10.3 |
p<0.001 |
|
Pour autoriser un traitement par aspirine |
14.7 |
6.7 |
p<0.001 |
Les auteurs en déduisent que les
patients à
haut risque donnent à la prévention des AVC une
valeur supérieure à celle que lui donnent les médecins
qui les traitent ;
et au risque hémorragique une valeur inférieure
à celle des médecins.
Ils en concluent que le point de vue des patients
doit pour le moins être pris en compte lors de létablissement
dun traitement anti-coagulant
Commentaire :
Malgré les limites de cette étude
(petit effectif, pas de groupe contrôle, patients hétérogènes,
entretiens non standardisés), ses résultats concordent
, pour les seuils " patients ", avec 5 autres
études récentes (dont plusieurs suggèrent
en outre une préférence plus nettement significative
des patients pour laspirine versus antivitamine K
) ;
elle fournit une explication, probablement partielle, mais vraisemblable,
à la sous-utilisation des traitements anti-coagulants ;
mais elle
introduit aussi une dimension éthique dans cette thérapeutique : Le risque
estimé par le prescripteur (et engageant sa responsabilité)
a-t-il plus de valeur que le risque assumé par le patient ?