Lauteur, un généraliste
universitaire de Singapour, sest interrogé sur la
pertinence des symptômes
cliniques (fréquence, intensité,
durée des crises et des symptômes nocturnes) et
des explorations fonctionnelles respiratoires comme marqueurs
prédictifs de la survenue dexacerbations. Par ailleurs,
jugeant peu efficients les stades de sévérité
de la maladie tels quils sont définis dans les recommandations,
il a testé un nouvel outil définissant des stades
de sévérité utiles à la pratique.
Objectif : vérifier sil existe une relation entre
les symptômes cliniques et le volume expiratoire maximum
par seconde (VEMS) et la survenue dexacerbation de lasthme
aboutissant à une consultation aux urgences, une hospitalisation
ou un arrêt de travail.
Méthode : 361
adultes asthmatiques suivis en ambulatoire ont été
inclus. A linclusion, étaient recueillis la fréquence
des symptômes et des exacerbations nocturnes, le VEMS.
Un score de sévérité était établi
à partir de ces données. Trois ans après,
les consultations liées à une aggravation des symptômes,
les hospitalisations, les arrêts de travail étaient
relevés, de même quune auto évaluation
de la modification de la fréquence des symptômes
et de la sévérité.
Résultats : laggravation
des symptômes cliniques et du VEMS étaient très
étroitement liés aux risques
de consultation en urgence, à une hospitalisation et aux
arrêts de travail. Un score de sévérité
supérieur à 3 (asthme modéré à
sévère) et lauto évaluation par le
patient dun changement de la sévérité
de son asthme était très liés à un
risque accru de tous les items. Les symptômes cliniques et le VEMS seuls nont
pas montré une bonne sensibilité, mais lassociation
avec le score de sévérité renforçait
la validité. Lappréciation par le patient
dune modification dans la gravité de son asthme
est le critère qui a la meilleure validité.
Conclusion : la prise en compte de la fréquence des symptômes
liés à lasthme et du VEMS est un bon facteur
prédictif du risque de survenue dexacerbations aboutissant
à des consultations en urgence, des hospitalisations ou
des arrêts de travail. De plus, un score simple, établi
à partir des symptômes clinique, du VEMS et de lappréciation
par le patient dune modification de la sévérité
de son asthme, est un bon outil pratique pour définir
la sévérité dun asthme.
Commentaire
La recherche de facteurs prédictifs
permettant, dans la pratique, de prévoir une aggravation
éventuelle dun asthme est une idée séduisante.
Néanmoins létude réalisée à
Singapour pose certaines questions :
En quoi ces résultats issus dune
pratique de type anglo-saxonne de la médecine générale
(avec infirmières réalisant létude,
suivant les patients, donnant les conseils) sont-ils pertinents
en France, où la pratique de la médecine générale
est très différente ?
Les patients inclus étaient représentatifs
de lensemble des asthmatiques inscrits sur la liste des
centres de soins concernés. Il ny a donc pas de
biais dans le recrutement. Trois ans après linclusion,
une infirmière a téléphoné aux patients.
Il nest pas mentionné que les patients étaient
informés de lobjet de létude et sils
devaient noter les événements au fur et à
mesure de leur survenue. On imagine aisément limportance
des biais de mémorisation quand le patient doit se rappeler
du nombre de jours darrêt de travail liés
à lasthme, de crises ou de consultations en urgence
dans lannée précédente. Ce biais tempère
grandement la validité des résultats.
Létude est basée sur la
mesure du VEMS réalisé au centre de soins. Il est
précisé que la mesure du débit mètre
de pointe (DMP) nest pas de réalisation courante
à Singapour. En France, le coût de lappareil
et le souhait des pneumologues de conserver lexclusivité
de la réalisation des EFR, rendent cette mesure difficile
en routine. La même recherche réalisée avec
le DMP nous serait plus utile.
Des études avaient jusqualors
montré que lautoévaluation de son asthme
par le patient nétaient ni un bon critère
dévaluation immédiate de létat
de la maladie, ni un bon critère de suivi. Cette étude
nous propose une autre approche : elle rend pertinente lautoévaluation
par le patient du niveau de sévérité de
sa maladie. Avant den prendre acte, cette hypothèse
devra être vérifiée.
Enfin, on peut se poser la question de la
finalité dune telle évaluation prédictive.
En quoi améliore-t-elle la prise en charge dun asthmatique ?
Est ce pour permettre une mise en garde documentée du
patient sur les risques daggravation de sa maladie dans
les années qui viennent ? Est ce pour favoriser la
diminution des facteurs de risque tels que le tabac ou les allergènes ?
Est ce pour renforcer le traitement préventif, en
dehors de la pression des crises? Il est regrettable que lauteur
nait pas évoqué cet aspect qui est le premier
souci dun médecin praticien.