- Conférence
de consensus ANAES de 1999
- sur
la prise en charge de la douleur chronique de l 'adulte
- en
médecine ambulatoire
Résumé
et commentaires : D. Huas
- NB: ce texte a été
publié dans: Médecine
générale 2001 : Bibliographie commentée,
- sous la direction
de Max Budowski, Michel Doumenc, Bernard Gay, Dominique Huas,
Denis Pouchain,
- coordonné
par Jean-Loup Rouy, CNGE, Editions scientifiques LC, 224 pages,
2001
à consulter également
sur le sujet:
- Texte de la conférence de consensus
- Huas D, Gerche S, Tajfel P. Prévalence de la
douleur en médecine générale. La Revue du
Praticien Médecine Générale 2000;14,512:1837-41
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article, il faut être inscrit sur 33 doc pro (c'est gratuit)
- Perrot S, Bannwarth B, Bertin P, Javier RM,
Glowinski J. & al. Utilisation de la morphine dans les douleurs
rhumatologiques non cancéreuses : les recommandations
de Limoges. La Revue de Rhumatologie 1999,66:651-7.
- Traitement
des douleurs d'origine arthrosique Mini dossier de synthèse
méthodique de "PRESCRIRE" Tome 20 n°208
P 486
- la prescription et l'utilisation
des antalgiques injectables en médecine ambulatoire.
Ent de Bichat 99
- allodynie et morphine (Heger et al., BMJ; 319; 7210;
627)
- Douleur
chez les personnes âgées en fin de vie (La
Revue du Praticien- MG 17/51999. N°462)
- cr
réunion Céphalées et Migraines
-
En 1998, suite au souhait des autorités
sanitaires de promouvoir et daméliorer la prise
en charge de la douleur, lANAES a élaboré
des recommandations sur la prise ne charge de la douleur chronique
en médecine ambulatoire. Le traitement de la douleur nest
pas lobjet de ces recommandations.
Selon la technique habituelle, une revue très
approfondie de la littérature a été faite.
Un groupe de travail pluridisciplinaire de 16 personnes, puis
un important groupe de lecture ont abouti à la rédaction
dun document long (124 pages dont 20 pages de bibliographie)
et dun document court, original, mettant laccent
sur les principaux points.
La douleur chronique est définie ainsi
: " expérience
sensorielle et émotionnelle désagréable,
liée à une lésion tissulaire existante ou
potentielle, ou décrite en termes évoquant une
telle lésion, évoluant depuis plus de 3 à
6 mois et/ou susceptible daffecter de façon péjorative
le comportement ou le bien être du patient, attribuable
à toute cause non maligne ".
Le terme de " douleur chronique " sans autre
qualificatif, sapplique à des douleurs non cancéreuses.
En cas de pathologie maligne, il est préférable
de préciser quil sagit de " douleur
dorigine cancéreuse ".
Treize recommandations suivent. Nous ne reprendrons
que les plus importantes :
- Lévaluation
initiale du malade douloureux chronique
demande du temps. Elle peut se répartir sur plusieurs consultations.
- Les éléments cliniques essentiels
sur lequel se fonde lentretien figurent dans une grille dentretien semi-structuré
de 10 chapitres de 5 items en moyenne
chacun.
- Cinq outils de base, sont proposés. Ils visent à lévaluation
du malade douloureux chronique, en sachant que de nombreux autres
existent sil est besoin de compléter lévaluation :
- un schéma de la topographie des zones douloureuses (auto-questionnaire)
- trois échelles
de mesure de lintensité de la douleur. Il nexiste pas de lien direct entre la valeur
obtenue sur une échelle et le type de traitement antalgique
nécessaire. On doit utiliser la même échelle
lors de lévaluation initiale et le suivi. La présentation
de léchelle au patient doit être faites de
manière relativement standardisée, avec suffisamment
dexplications également standardisée et après
sêtre assuré de la bonne compréhension
du patient.
- une liste de 16 adjectifs sensoriels et affectifs descriptifs de la douleur
- un questionnaire visant à évaluer lanxiété
et la dépression (HAD : Hospital Depression and Anxiety
scale). Celles-ci sont une composante
de la douleur,
- un questionnaire visant à évaluer
le retentissement de la douleur sur le comportement, car une diminution
de lintensité de la douleur ne saccompagne
pas toujours dune amélioration de la qualité
de vie
- Les malades douloureux chroniques doivent
être réévalués périodiquement.
La fréquence est laissée à lappréciation
du médecin et du patient.
- Les évaluations successives servent
de point de comparaison.
- Les échelles dévaluation
de la douleur sont utiles pour le suivi.
- Au total, outre la nécessité de repérer
les douleurs chroniques en ambulatoire, ces recommandations insistent
sur lutilité des multiples outils disponibles pour
bien évaluer à la fois lintensité
de la douleur, sa description, ses composantes psychologiques
et lévaluation de son soulagement.
Commentaires :
La sensibilisation des professionnels de santé,
exerçant en ambulatoire ou en institution, à la
prise en charge de la douleur chronique chez ladulte était
indispensable. Pour sen convaincre, létude
du Collège national des généralistes enseignants
(CNGE) sur la prise en charge de la douleur en médecine
générale. a montré la grande prévalence (43%) de la douleur dans
les résultats de consultation (1).
Les douleurs chroniques
représentaient 24% de l'ensemble des plaintes douloureuses et celles d'origine rhumatologique représentaient
54% des douleurs chroniques. Le niveau de soulagement moyen des
douloureux chroniques était denviron 40%. Douze
pour cent des patients douloureux chroniques n'avaient pas été
soulagés du tout par le traitement, 25% avaient été
moyennement soulagés (entre 10% et < 50%) et 5% avaient
été soulagés à 100%.
On peut sinterroger sur la spécificité
ambulatoire de ces recommandations. A de petites restrictions
près, les membres du groupe de travail ont appliqué
sur la médecine ambulatoire leurs habitudes de médecins
institutionnels. La bibliographie étoffée ne doit
pas cacher, le peu détudes validées en ambulatoire,
le nombre important de recommandations de grade C ("consensus
professionnel fort ") , qui ne reflètent
que le sentiment personnel de quelques figures de la prise en
charge de la douleur.
Validité des outils
proposés : la quasi totalité des outils a été
scientifiquement validé, en anglais et dans un milieu
institutionnel. Il reste à prouver, pour certains dentre
eux que leur validité existe pour leur version française,
et pour tous dans un milieu ambulatoire. Il est difficile de
croire que des outils remplis par un malade hospitalisé,
le personnel de santé pouvant vaquer à dautres
occupations avant de recueillir le questionnaire, puissent avoir
la même sensibilité et spécificité
au cours dune consultation (libéral ou non), mais
de durée nécessairement limitée. Par ailleurs,
les patients hospitalisés ne sont pas identiques aux patients
ambulatoires, leurs douleurs non plus.
Faisabilité : dans le texte court, lutilisation de 6 outils
est considérée comme la base pour une bonne prise
en charge de la douleur chronique. Même sil est rappelé
que cette évaluation et son suivi peuvent se faire en
plusieurs rencontres, il
est difficilement envisageable au cours dune consultation
pour un malade, souvent polypathologique, dévaluer
la douleur pendant 20 à 30 minutes.
Quant à le revoir pour cela
..En France, lutilisation
de questionnaires structurés nest pas habituelle.
Les médecins nen ont pas lhabitude et nont
pas appris à les utiliser pendant leurs études.
On peut le regretter, mais on ne doit pas lignorer.
Efficacité :. Cette évaluation
est-elle indispensable pour une prise en charge efficace? lévaluation
est-elle un objectif en soi ? La finalité de cette
évaluation est une amélioration de létat
du patient, de préférence jugée par lui
même. Or, si en milieu institutionnel, il est reconnu que
les outils proposés permettent une meilleure connaissance
de la douleur dun patient, il nest pas indiqué
que le malade sen trouve amélioré. Alors
quen est-il en ambulatoire ? Le médecin modifie-t-il
sa pratique, sa prescription, sa relation avec le malade à
partir des données issues des outils ?
Sans remettre en cause la pertinence institutionnelle
des outils recommandés, il reste à les valider
en ambulatoire et en particulier en médecine générale,
lieu de rencontre de la grande majorité des douloureux
chroniques. Cette validation pourrait se juger sur lamélioration
du patient définie à partir dune échelle
dévaluation de la douleur. Il serait aussi intéressant
de juger de la modification du traitement proposé par
le médecin en fonction des données obtenues par
les outils validés en ambulatoire.
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