- drogue, dépendance
et dopamine
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- JP. Tassin, La Recherche, 306, 48-53
02/98
- Résumé:
J.P. Aubert
à consulter également
sur le sujet:
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- Il existe en France environ
200.000 toxicomanes, la plupart sont héroïnomanes,
mais il existe aussi un nombre assez important de consommateurs
de cocaïne et d'ecstasy... sans inclure ici bien sûr
les innombrables toxicomanes au tabac, à l'alcool et au
café.
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- On distingue schématiquement
une dépendance physique, qui correspond à une réaction
de l'organisme à l'absence de produit, et une dépendance
psychique, qui a trait aux troubles de l'humeur. Dans sa forme
extrême, la dépendance se caractérise par
un besoin impérieux du produit, qui pousse l'individu
à sa recherche compulsovie ("craving" des anglophones).
La dépendance physique, comme la dépendance psychique,
sont parfaitement reproductibles chez le rat.
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- Dans les années 80,
deux théories ont tenté d'expliquer les conduites
addictives, l'une bâtie sur la souffrance, l'autre sur
le plaisir. Pour les tenants de la première, la consommation
de drogue est due à l'évitement du manque. Mais
on sait que les psychostimlants, comme la cocaïne et les
amphétaminiques, qui n'entraînent aucun manque physique,
provoquent pourtant une dépendance psychique au moins
aussi importante que celle due aux opiacés: la théorie
de l'évitement de la souffrance ne suffit pas à
expliquer le craving.
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- Dans les années 50,
Odds et Milner avaient montré que si l'on place une électrode
dans certaines zones précises du cerveau d'un rat, et
qu'on apprend à l'animal à appuyer sur une pédale
qui permet de stimuler l'électrode, celui-ci préfère
la stimulation électrique à tout autre besoin:
il se laisse mourir de faim sur sa pédale. Les deux régions
les plus réactives sont l'hypothalamus et l'aire tegmentale
ventrale (ATV). On sait que l'hypothalamus est impliqué
dans les sensations de faim, de soif, ou sexuelles, indispensables
au maintien de la vie. Quant à l'ATV, c'est une des principales
sources de dopamine du cerveau. Les neurones de l'ATV se projettent
sur le septum, l'amygdale et le noyau acumbens, toutes zones
connues pour réguler l'émotivité.
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- Quelques années plus
tard, des chercheurs ont montré que des rats apprenaient
à "travailler", pour obtenir une injection intraveineuse
d'amphétamine ou de cocaïne.
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- Or ces deux produits augmentent
justement la quantité de dopamine dans les cibles de l'ATV.
En 88 Di Chiara montra que tous les produits qui déclenchent
une dépendance chez l'homme, augmentent la libération
de dopamine dans le noyau accumbens.
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- La dopamine a un rôle
plus complexe que celui de simple messager du plaisir: sa libération
peut être déclenchée par la seule présence
d'une récompense. Chez un chat habitué à
son environnement, le même effet de libération de
dopamine, est obtenu par l'ouverture de la porte de l'animalerie,
annonce de l'arrivée de la nourriture.
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- On peut considérer
que la drogue, en activant la libération de dopamine,
reproduit les signaux qui informent l'animal de l'existence d'une
récompense. Il se met alors à la rechercher.
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- En 73, on a remarqué
que si l'on injecte à des rats des doses identiques et
répétées d'amphétamines, l'activation
locomotrice est à chaque injection plus intense: on parle
de sensibilisation comportementale. Celle-ci n'apparaît
que si l'animal reçoit son injection dans un environnement
inchangé. Surtout, elle se manifeste plusieurs mois après
la dernière injection. Il existe même une action
croisée entre les psychostimulants et les opiacés,
l'injection d'un produit de l'un des groupes sensibilisant aux
produits de l'autre groupe. James Stewart, auteur de ces expériences,
conclut que l'environnement qui entoure les injections revêt
la plus haute importance.
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- La sensibilisation comportementale
correspondrait ainsi à une augmentaiton progressive des
associations entre certains éléments saillants
de l'environnement, et le produit. Un phénomaène
n'ayant au bout du compte, que peu de liens avec la satisfaction
apportée par la consommation de la drogue. Il faudrait
dissocier la recherche de la drogue de la satisfaction qu'elle
procure: le toxicomane srait surtout affecté d'un désir
exacerbé pour le produit le plaisir qu'il en tire n'étant
que secondaire. Seule la recherche du produit serait sous le
contrôle des neurones libérant la dopamine. Elle
correspondrait à la sensibilisation comportementale observée
chez l'animal. Quant au plaisir, il serait médié
par d'autres voies nerveuses.
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- Dans une situation naturelle,
l'activité des neurones libérant la dopamine dépasse
le niveau de base lorsqu'apparaît le signal précurseur,
pour retourner au niveau antérieur au moment de la récompense.
Si celle ci n'est pas obtenue, l'activité neuronale descend
au dessous du niveau de base.
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- La drogue bouleverse cet
équilibre: en situation normale, la fluctuation de l'activité
des neurones libérant la dopamine dure de une à
deux secondes. Sous l'influence des produits toxicomanogènes,
elle dure plusieurs dizaines de minutes: pendant cette large
fenêtre, tous les éléments de l'environnement,
ainisi que les sensations psychiques, peuvent être associées
à la récompense.
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- L'ingestion de ces produits
est effectivement susceptible de déclencher des sensations
de bien-être . Mais elle augmente aussi le seuil autour
duquel fluctue l'activité des neurones libérant
la dopamine. L'élévation chronique de ce seuil
augmente évidemment à moyen terme, la probabilité
de se trouver en dessous, ce qui poussera le sujet à rechercher
à nouveau la drogue.
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- Avec la répétition
des prises dans un environnement identique la libération
de dopamine augmente, et le lien qui soude la satisfaction ressentie
aux conditions d'obtention du produit se consolide. la drogue
et les conditions de sa prise deviennent alors la seule solution
à toute baisse du niveau thymique au dessous d'un certain
seuil, qui lui-même dépend de l'histoire de l'individu.
C'est le caractère exclusif du recours à la drogue
qui peut expliquer la dépendance. La toxicomane a progressivement
éliminé toutes les autres solutions.
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- Pour en savoir plus:
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- La Recherche
- 57, Rue de Seine
- 75006 PARIS
- 0153 73 79 79
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