Chaque minute, une femme meurt dans le monde pendant sa grossesse ou pendant l’accouchement,
et
près du quart de ces décès (hors IVG) sont liés à une éclampsie ou une pré-éclampsie.
L’étiologie de ce syndrome demeure encore bien obscure, et, parmi les différentes approches
thérapeutiques,
le sulfate de magnésium a depuis longtemps les faveurs
(empiriques) des obstétriciens de formation nord-américaine.
Il y a sept ans, la première étude de grande ampleur sur ce sujet,
la
Collaborative Eclampsia Trial (1687 femmes suivies dans 27 hôpitaux de 9 pays en développement)
montrait que le sulfate de magnésium assurait, parmi les autres traitements classiques
anti-épileptiques, le meilleur contrôle des convulsions éclamptiques.
L’étude publiée dans le Lancet ce mois-ci, a inclus
10141 femmes classées « pré-éclamptiques »
dans 175 hôpitaux de 33 pays ; rappelons que la pré-éclampsie , chez la femme enceinte,
est un syndrome poly-organique associant une
protéinurie et une
hypertension artérielle,
et qu’elle complique entre
2 et 8% des grossesses.
L’éclampsie est, elle, définie par
l’apparition de crises convulsives chez une femme pré-éclamptique ;
elle est relativement rare dans les pays dits « développés » (environ 1 grossesse sur 2000),
mais
100 fois plus fréquente dans les régions « en voie de développement » ;
dans tous les cas, une forte proportion (15% au Royaume Uni) des décès liés à la grossesse
est associée, soit à l’éclampsie (1/3), soit à la pré-éclampsie (2/3).
Le traitement, curatif ou préventif, fait classiquement appel aux anti-convulsivants,
et en particulier, mais presque exclusivement dans la sphère étatsunienne,
depuis un siècle au sulfate de magnésium.
Les femmes incluses dans l’étude ont été recrutées pendant leur grossesse,
avant ou au plus tard 24 heures après l’accouchement, sur une
tension au moins égale
à 140/90 et une protéinurie au moins égale à 0.3 g par l, puis randomisées entre
un bras placebo et un bras magnésium.
le traitement consistait en
une dose de charge (4 g) puis une dose d’entretien sur 24 heures, par voie intraveineuse ou intramusculaire.
Le risque d’éclampsie est diminué de 58% dans le bras magnésium
par rapport au placebo ;
la mortalité maternelle diminue sensiblement aussi sous magnésium,
avec un risque relatif de 0.55
; par contre, le risque pour l’enfant n’est pas significativement différent
dans les deux groupes.
Le traitement est simple et très peu onéreux ; les effets secondaires quasi-inexistants.
On pourra reprocher à cette étude de n’avoir inclus que des femmes admises
en milieu hospitalier ;
elle n’explore pas en outre la dose minimale efficace,
ni le délai optimal d’administration avant l’accouchement, ni les effets à long terme.
Mais cette étude très sérieuse
par sa méthodologie et la réalisation de l’échantillon
ajoute une pierre de bonne taille en faveur de
l’utilisation systématique du sulfate de magnésium chez les femmes enceintes à risque éclamptique ;
même si ce risque est faible en France, il est loin d’être nul et
nous pouvons tous y être confrontés; nous n’initierons pas le traitement ;
mais nous pratiquons le
dépistage des situations à risque (pré-éclampsie) ,
et nous avons un rôle essentiel et un devoir d’information…
Mots clés : grossesse, convulsions, magnésium .
MeSH : pre-eclampsia, pregnancy toxemias, magnesium.