Grossesse et infection
par le VIH
Source: Prise en charge thérapeutique
des personnes infectées par le VIH, recommandations du
groupe d'experts, sous la direction du Pr. Delfraissy, Médecine-Sciences
Flammarion, 1999
Résumé: JP
Aubert
à consulter également
sur le sujet:
Etat des lieux actuel
- 800 grossesses annuelles environ sont menées à
terme en France par des femmes infectées par le VIH.
- Le risque de transmission du VIH à l'enfant a chuté
de 14% à 5% depuis l'introduction de l'AZT
chez la femme enceinte. Des études récents ont
montré qu'une césarienne prgrammée réduit
encore le risque de 1 à 2%. L'AZT
peut n'être prescrit qu'à partir de troisième
trimestre de la grossesse.
-
- Données et incertitudes sur
les antirétroviraux.
-
- Chez l'animal, le seul
antrétroviral qui est montré un risque tératogène
est l'efavirenz,
qui a entraîné une fréquence élevée
de malformations du système nerveux central chez le singe.
-
- Données cliniques:
-
- Inhibiteurs nucléosidiques
de la Transcriptase Inverse
-
- Le traitement par AZT
, qui est celui pour lequel on dispose du plus grand nombre de
données, n'a pas montré de térato ni de
foto-toxicité, lors du suivi d'une cohorte d'une centaine
d'enfants avec deux à trois ans de recul (ACTG 076).
- L'association AZT
-3TC, évaluée
dans l'étude d'observation ANRS 075 (administration des
deux produits à partir de la 32ème semaine d'aménorrhée)
a montré, sur une cohorte de 445 couples mère-enfant,
la survenue de deux décès avant l'âge de
un an par anomalie neurologique grave liée à un
dysfonctionnement mitochondrial. Une telle toxicité mitochondriale,
rare, est connue pour d'autres antirétroviraux (chez l'adulte
et chez l'enfant traité, surtout en multihérapies),
et pourrait donc poser problème dans l'administration
d'une bithérapie au cours de la grossesse. La cytopathie
mitochondriale peut être asymptomatique à la naissance,
et ne se révéler cliniquement que plusieurs années
plus tard. La plus grande vigilance en la matière est
donc indispensable.
-
- Parmi les inhibiteurs non nucléosidiques
de la transcriptase inverse, la névirapine
semble bien tolérée après une dose unique
chez la femme enceinte, au moment du travail. L'efavirenz
est contre-indiqué en raison de sa tératogénicité
chez l'animal.
-
- Antiprotéases.
Il existe un certain nombre d'inquiétudes théoriques
quant à l'utilisation de l'indinavir
en fin de grossesse: ce médicament entraîne certains
effets indésirables (ictère, hyperbilirubinémie,
lithiases rénales), qui pourraient être problématiques
chez le nouveau-né.
Prise en charge de la grossesse
- Actuellement, après discussion et prise de conscience
des données du problème, 60 % des femmes enceintes
séropositives pour le VI choisissent de poursuivre leur
grossesse. Il est recommandé, dans la mesure du possible,
de ne débuter la prophylaxie anti rétrovirale qu'au
début du troisième trimestre de la grossesse, pour
limiter la durée de l'exposition in utero aux anti rétroviraux.
- Les facteurs de risques obstétricaux de la transmission
mère-enfant doivent être combattus: traiter les
infections cervico vaginales, les MST, traiter les menaces d'"accouchement
prématuré ou de rupture prématurée
des membranes.L'amnioscopie, l'amniocentèse, de même
que tout geste susceptible d'entraîner des échanges
sanguins foeto maternels, est contre indiqué. Les versions
par manoeuvres externes doivent être évitées.
- L'option d'une césarienne programmée à
38 semaines d'aménorrhée doit être envisagée
dans la stratégie de prévention.
- L'allaitement au sein est contre-indiqué (risque de
transmission du VIH).
Les différentes situations
de prévention de la transmission de la mère à
l'enfant:
La femme ne nécessite pas
de traitement antirétroviral immédiat
Si elle a moins de 30000 copies par ml d'ARN VIH et plus de
500 CD4 par mm3:
- Administration d'AZT
500 mg par jour en deux à cinq prises selon faisabilitié,
à partir du début du troisième trimestre.
Perfusion d'AZT
pendant le travail et l'accouchement. Nouveau-né: AZT 2 mg par
kg toutes les six heures, pendant six semaines.
- L'administration de névirapine
en dose unique au moment de l'accouchement est à l'étude.
Un premier essai de névirapine
seule orale au moment de l'accouchement a montré des résultats
intéressants en Ouganda.
- L'AZT
est arrêté chez la mère après l'accouchement.
Quelques semaines plus tard, sa situation immuno virologique
peut être ré-étudiée, et une nouvelle
association prescrite.
Chez une femme nécessitant
un traitement antirétroviral.
Femme non traitée, chez qui
la grossesse et la nécessité d'un traitement antirétroviral
se posent en même temps:
- On tentera de différer le traitement jusqu'au début
du troisième trimestre de la grossesse, si le déficit
immunitaire est peu sévère (CD4>350 par mm3)
et la charge virale moyenne (inf à 30000 copies par ml):
dans ce cas, on utilise la monothérapie habituelle par
AZT (voir
ci-dessus)
- Si le déficit immunitaire est sévère
ou la charge virale élevée, il faut choisir un
traitement optimal pour lamère, en évitant le ddC et l'efavirenz (embryotoxicité
prouvée). L'AZT
doit être inclu dans l'association. On évitera les
associations de 3 IN de la TI, car on pense que la toxicité
mitochondriale est liée à cette catégorie.
Le bénéfice de la césarienne programmée
est non documenté (mais elle est utilisée systématiquement
si la charge virale maternelle n'est pas nulle). On utilise l'AZT en perfusion
pendant l'accouchement, et six semaines d'AZT
pour le nouveau-né.
Chez une femme déjà
traitée ayant débuté une grossesse.
Deux situations sont possibles:
Le traitement est efficace et bien
toléré: il ne faut pas modifier le traitement,
sauf s'il comprend de la ddC
ou de l'éfafirenz. La femme doit être prévenue
de la possible embryo toxicité de son traitement. Certains
proposent d'interrompre la trithérapie jusqu'au troisième
trimestre, mais cette attitude n'est pas évaluée.
Dans tous les cas, la perfusion d'AZT
pendant l'accouchement, et les six semaines de traitement par
AZT du nouveau-né,
doivent être utilisés. Le bénéfice
de la césarienne programmée est non documenté
(mais elle est utilisée systématiquement si la
charge virale maternelle n'est pas nulle).
Le traitement reçu préalablement
à la grossesse est inefficace: si les résultats
viroimmunologiques ne sont pas bons (CD4 inf à 350 par
mm3 ou charge virale sup à 5000 copies par ml), on discutera
une modification thérapeutique, tenant compte des traitements
antérieurs, et en tentant si possible d'introduite de
l'AZT dans
l'association. Dans tous les cas, la perfusion d'AZT
pendant l'accouchement, et les six semaines de traitement par
AZT du nouveau-né,
doivent être utilisés. Le bénéfice
de la césarienne programmée est non documenté
(mais elle est utilisée systématiquement si la
charge virale maternelle n'est pas nulle).
Femme déjà traitée
souhaitant débuter une grossesse.
Il faudra dans ce cas tenter de modifier si possible le traitement
pour introduire de l'AZT
. Si la charge virale est indétectable, l'option d'interrompre
transitoirement le traitement pendant la période de conception
prévisionnelle, pour le reprendre au début du deuxième
ou du troisième trimestre, peut être discuté.
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