L'implication
d'H.Pylori d'une part, des AINS d'autre part, dans la genèse de la maladie
ulcéreuse ne sont plus à démontrer, mais
l'intérêt de la méta-analyse de Jia-Qing
Huang et al. est de quantifier le risque relatif des patients dans
ces deux situations
; on retrouve ainsi , pour les patients sous traitement anti-inflammatoire
au long cours, un risque relatif multiplié par 3,53 en
cas d'infection par H.Pylori ; de même, un traitement anti-inflammatoire
au long cours multiplie le risque d'ulcère par 3,55 pour
les patients infectés par H.Pylori ; et, pour les patients cumulant
les deux (AINS et H.Pylori), le risque est 61 fois plus élevé
que pour un individu non infecté sans AINS ! Quant au risque de saignement de
l'ulcère, il est multiplié par 1,79 par H.Pylori,
par 4,85 par les AINS et par 6,13 par la conjonction des deux.
Comment, dans ces conditions,
prendre le risque de mettre sous traitement anti-inflammatoire
au long cours un patient dont on ignore le plus souvent le statut
vis à vis d'H.Pylori ? C'est l'intérêt de
l'étude prospective contrôlée de Francis
Chan et al., qui a suivi une population de patients arthritiques
chez qui est débuté un traitement anti-inflammatoire
au long cours (diclofenac 100 mg par jour), et qui reçoit pour
moitié, le traitement d'éradication d'Helicobacter
Pylori, pour l'autre moitié un placebo.
Sur un suivi de 6 mois, et
après correction compte-tenu des éradications spontanées
d'H.Pylori dans le groupe placebo (contrôle par test à
l'urée), la
probabilité d'ulcère était de 12,1% dans
le groupe " éradication " et de 34,4% dans le
groupe " placebo "
; dans le même temps, la probabilité de complication
d'ulcère était respectivement de 4,2% et de 27,1%.
Les auteurs en déduisent
que la
recherche et l'éradication d'H.Pylori réduisent
significativement le risque ulcéreux chez le patient débutant
un traitement anti-inflammatoire au long cours.
COMMENTAIRE
:
Les données de cette
étude, qui restent à confirmer du fait du petit
effectif (100 patients traités), sont frappantes au regard
de la méta-analyse précédente : la présence
d'H.Pylori multiplie par 3,5 environ le risque ulcéreux
en cas de traitement par AINS au long cours, son éradication
divise ce risque par 3 environ, et le risque de complications
d'ulcère par 6 . Dans l'attente d'études de plus grande
envergure, ne semble-t-il pas légitime , avant de débuter
tout traitement par AINS au long cours, de procéder à
une éradication systématique d'H.Pylori ?