Peut-on prévenir la maladie d'Alzheimer en traitant
efficacement l'hypertension artérielle? Pour répondre
à cette question, les auteurs se sont greffés sur
l'étude Syst-Eur, qui sera probablement l'une des dernières
grandes études sur l'hypertension à être
construite contre un placebo.
Les patients éligibles devaient avoir plus de 60 ans,
une hypertension artérielle systolique ( 160-219 de systolique,
et moins de 95 de diastolique). Le traitement actif était
la nitrendipine, avec addition possible d'énalapril, d'hydrochlorothiazinde,
ou des deux drogues, pour atteindre une systolique inférieure
ou égale à 150. Les fonctions cognitives étaient
évaluées par le mini mental test (MMSE).L'essai
s'est déroulé de 1988 à 1997. Il a été
interrompu en 97 en raison d'une différence significative
entre les deux groupes sur le critère principal d'évaluation,
la survenue d'accidents vasculaires cérébraux.
Par rapport au placebo (n=1180), le traitement actif (n=1238)
a diminué de 50% l'incidence de la démence, passée
de 7.7 à 3.8 cas pour 1000 patients années. Si
1000 patients hypertendus sont traitées pendant 5 ans,
on peut prévoir que 19 cas de démences pourraient
être prévenus.
L'intérêt principal de ce travail est sa durée,
et le fait qu'il a concerné des personnes initialement
indemnes de démences (MMSE moyen=29). La diminution d'incidence
des cas de maladie d'Alzheimer est inattendue: les études
sur une possible réduction de son incidence par le traitement
antihypertenseur étaient jusqu'alors contradictoires (dans
SHEP par ex, cet effet n'avait pas été observé).
Deux hypothèses sont formulées par les auteurs:
une efficacité liée à la réduction
de la pression artérielle, évidemment, mais aussi
un possible effet propre des antagonistes calciques: la neuroprotection
pourrait résulter du blocage des canaux calciques. Le
cerveau âgé perd sa capacité à réguler
le calcium intra cellulaire, ce qui entraîne une cascade
d'anomalies cellulaires, aboutissant à la mort de la cellule.
Dans la maladie d'Alzheimer, l'accumulation de protéine
bêta amyloïde pourrait aggraver ces phénomènes.
Cette hypothèse d'une action propre des anti calciques
est renforcée par le fait que ces molécules passent
la barrière hémato méningée, et ont
un petit effet IMAO.
Pour en savoir plus: The
Lancet