Principales sources retenues pour ce papier
- Médicaments anti hypertenseurs, La Revue Prescrire,
Avril 1999, 19,14, 288-296
- essais thérapeutiques dans l'hypertension artérielle,
F. Gueyffier, La Revue du Praticien, 1999;49;5;512-518
- Therapeutic letter (consensus canadien) review and update
1996
- et les textes des grandes études citées dans
l'article.
à consulter également
sur le sujet:
Les résultats des grandes
études validées
Il y a finalement un nombre restreint de grandes études
validées. Voici les grandes données à tirer
de ces travaux, de façon très schématique.
Les médicaments les plus étudiés, et
actuellement les mieux validés, restent les diurétiques
et les bêta bloqueurs
D'une façon générale, le traitement antihypertenseur,
par rapport à un placebo, réduit plus l'incidence
des AVC que celles des accidents coronariens.
Chez le sujet de moins de 65 ans,
non diabétique:
- aucun traitement ne réduit la mortalité gobale
- les diurétiques (essai australien, essai MRC) et les
bêta bloquants (essai MRC) réduisent la mortalité
par AVC
- les bêta bloquants ont une efficacité comparable
aux diurétiques, (c'est à dire nulle) sur la mortalité
coronarienne (IPPSH, HAPPY)
- par rapport à un bêta bloquants et aux diurétiques,
les IEC sont moins efficaces sur la mortalité par AVC
(CAPP)
- Nous n'avons pas de donnée fiable sur les anti hypertenseurs
centraux, les anti calciques, les alpha bloquants.
Chez le sujet âgé
- Là aussi, les diurétiques et les bêta
bloquants restent les médicaments qui ont le meilleur
niveau de preuve d'efficacité
- Les diurétiques (EWPHE, SHEP, STOP, MRC) réduisent
très significativement la mortalité par AVC
- Les diurétiques (EWPHE, SHEP, MRC) réduisent
(de façon moins certaine) la mortalité par accidents
coronariens
- Les diurétiques, éventuellement associés
aux bêta bloquants, réduisent la mortalité
par insuffisance cardiaque (SHEP, STOP)
- Les diurétiques ( STOP) réduisent la mortalité
globale.
- Les bêta bloquants seuls (HEP, STOP) ou associés
aux diurétiques (HEP, SHEP, MRC) réduisent également
la mortalité par AVC, mais le niveau de preuve est plus
faible
- L'analyse complémentaire de l'esai MRC a montré
que l'incidence des accidents coronariens et celle des arrêts
de traitement pour effets indésirables sont plus faibles
sous diurétiques que sous bêta bloquants
- Un essai est disponible sur les inhibiteurs calciques, SYST
EUR. Il montre que, versus placebo, la nitrendipine, associée
si besoin à un diurétiques ou à un IEC,
réduite l'incidence des AVC, des infarctus et des coronaropathies,
mais cet essai ne permet pas de distinguer l'effet de la nitrendipine
de celui des traitements associés.
- Nous ne disposons pas de donnée concernant les antihypertenseurs
centraux, les inhibiteurs de l'enzyme de conversion, les alpha
bloquants.
Chez le sujet diabétique de
type 2
- La donnée principale, issue des études UKPDS
et HOT, est que la question essentielle est le niveau de réduction
de l'hypertension artérielle, beaucoup plus que le choix
du médicament pour y arriver. L'HTA du diabétique
doit être contrôlée très rigoureusement.
- Là aussi, l'effet des traitements se fait sentir sur
la mortalité par AVC, on ne dispose pas de preuve de réduction
de la mortalité coronarienne, ni de la mortalité
globale.
- Certains essais (UKPDS, CAPP) montrent un avantage des IEC
par rapport aux diurétiques ou aux bêta bloquants
(efficacité possible sur la mortalité cardio vasculaire,
meilleure protection contre l'insuffisance rénale)
- Dans deux essais (ABCD, FACET), les accidents coronariens
ont été plus fréquents sous dihydropyridine
que sous IEC.
En cas d'hypertension artérielle
compliquée
- Après un AVC, un seul essai est disponible (INDANA),
montrant l'intérêt (versus placebo) de l'utilisation
d'un diurétique (l'indapamide FLUDEX) pour diminuer le
risque de récidive d'AVC: est-ce un niveau de preuve suffisant?
- Après un infarctus du myocarde, on connaît l'efficacité
des bêta bloquants, qui diminuent la mortalité globale:
ce résultat reste vrai dans le sous groupe des patients
hypertendus après leur infarctus (BBPP)
- En cas d'insuffisance cardiaque, on ne dispose que d'essais
chez le patient normotendu, montrant l'utilité des IEC:
il peut être logique d'imaginer qu'il en est de même
chez l'insuffisant cardiaque hypertendu.
- En cas d'insuffisance rénale, les diurétiques
hyperkaliémiants sont contre-indiqués, les IEC
doivent être manipulés avec prudence. Ils montrent
toutefois, dans un essai, un effet préventif chez l'hypertendu,
par rapport au placebo ou à d'autres traitements, vis
à vis du recours à l'hémodialyse (Giatras
et al, Ann int.Med, 1997, 127, 337-345)
Ou en est-on de la polémique
sur les anticalciques?
En 1995, Psaty publiait une méta
analyse d'un certain nombre de grands essais thérapeutiques
dans l'HTA (Psaty B.M. and al, The risk of myocardical infarction
associated with antihypertensive drug therapies. JAMA 1995, 274,
620-625).
Cet article, très inquiétant, montrait que le
traitement de lHTA par les CCB (CCB: calcium channel blockers=
anti calciques) est associé à un risque accru de
60% dIDM, par rapport aux thiazides et aux bêta bloqueurs.
Lorsque les doses sont augmentées, le risque dIDM
diminue avec les bêta bloqueurs, il augmente avec les CCB.
Les canadiens particulièrement intéressés
par cette question, ont publié dans leurs recommandations
nationales l'analyse de sept essais concernant les anti calciques:
1 Borhani and al. Final outcomes results of fhe
MIDAS, JAMA 1996, 276 ,785-791
2 Legaultand al. Nimodipine neuroprotection in cardiac valve
replacement report of an aerly terminated trial, Stroke, 1996,
27, 593-598
3 Pahor et al. Long term survival and use of antihypertensive
medications in older persons. J. Am. Geriatr. Society, 1995,43,1191-1197
4 Pahor and al. Risk of gastrointestinal haemorrage with calcium
antagonists in hypertensive persons over 67 years old, Lancet,
1996, 347, 1061-65
5 Pahor and al. Do calcium channel blockers increase the risk
of cancer, Am. J. Hypertension, 1996,9,695-699
6 Packer and al. Ffect of amlodipine on mortality in severe chronic
heart failure (PRAISE), N Eng J Med, 1996,335,1107-14
7 Lansheng and al., Shangai trial of nifedipine in the elderly
(STONE), Journal of Hypertension, 1996,14,335,1107-14
|
Essai |
type d'essai |
evénement étudié |
comparatif |
drogue de ref ou placebo |
CCB |
RR |
|
1 |
RCT |
Vasculaire |
HCTZ |
7.5 |
12.2 |
1.63 |
|
2 |
RCT |
Mortalité |
Placebo |
1.3 |
10.7 |
8.2 |
|
3 |
Cohorte |
Mortalité |
Beta bloquants |
17.7 |
29.6 |
1.67 |
|
4 |
Cohorte |
hémorr.dig. |
Beta bloquants |
6.8 |
13.9 |
2.04 |
|
5 |
Cohorte |
cancer |
Beta bloquants |
6.6 |
13.4 |
2.03 |
|
6 |
RCT |
mortalité |
Placebo |
42.3 |
38.9 |
0.44 |
|
7 |
RCT |
tous événts |
Placebo |
7.1 |
3.1 |
0.44 |
La seule étude qui dans cette sélection plaide
nettement pour les CCB est STONE (7), mais elle pose problème
méthodologique : simple aveugle, allocation du traitement
alterné (non randomisé), réallocation de
74 patients du groupe placebo au groupe nifedipine, perdus de
vus (16.5 % sous nifedipine, 21.4 % sous placebo)
Devant ce faisceau déléments, le consensus
canadien est de réévaluer lindication des
CCB chez tous les patients qui en reçoivent en traitement
antihypertenseur, et de ne les maintenir que sil nexiste
pas de traitement alternatif.
A la même époque Girard publiait l'opinion suivante
(La lettre du pharmacologue, 1995, vol 9, N°10, 206-211)
:
1. Les IC ont-ils donné la preuve épidémiologique
dun effet bénéfique sur les principaux événements
cibles de lHTA (accidents vasculaires cérébraux,
accidents myocardiques) ? La réponse est NON
2. En labsence dune telle preuve épidémiologique,
existe-t-il des motifs théoriques pour craindre que le
rapport bénéfice-risque des IC ne soit pas systématiquement
favorable à lhypertendu ? La réponse est
OUI.
Dans létat présent des choses, est-il raisonnable
dutiliser les IC comme traitement de première intention
dans lHTA ? La réponse est NON.
Les rebondissements récents
Récemment, la publication d'un certain nombre de grands
essais sur les anticalciques va plutôt dans le sens positif:
il semble que ces médicaments ne soient pas des antihypertenseurs
pires que les autres, mais aucune étude n'a une méthodologie
vraiment adaptée pour répondre à la question
qu'a posée Psaty. Une étude, de méthodologie
inadaptée, vient faire peser sur les anticalciques un
nouveau risque, celui du suicide.
Létude ABCD: 470 diabétiques
de type 2 ont reçu en un essai randomisé double
aveugle , nisoldipine ou enalapril. Lobjectif de lessai,
qui devait durer cinq ans, était de mesurer lincidence
des événements cardiovasculaires. Lessai
a du être interrompu en raison dune plus forte incidence
dinfarctus dans le groupe nisoldipine (RR=7) (the effects
of nisoldimine as compared with enalapril on cardiovascular outcomes
in patients with non insulin dependent diabetes and hypertension,
R O Estacio and al, N En J Med 1998 ;338 :645-52)
Létude HOT: Cette étude
ne comportait pas de groupe contrôle sans traitement anticalcique
: il est donc très difficile den tirer des conclusions.
Toutefois ce travail de haut niveau de preuve na pas montré
deffet secondaire significatif des médicaments anti
calciques.
Létude de la Nurses Health Study:18635
femmes prenant des traitements à visée cardio vasculaires
ont été suivies pendant 6 ans, quant à lincidence
des cancers et à la mortalité correspondante, rapportées
aux médicaments pris par ces femmes : lutilisation
dinhibiteurs calciques ne donne aucune différence
dincidence ou de mortalité des cancers.
Le risque de suicide Dans une étude suédoise
dont la méthodologie est critiquable, les habitants de
152 communes suédoises ayant reçu des médicaments
cardiovasculaires en 88 et 89 ont été étudiés
quant à leur taux de suicide. Parmi toutes les familles
de médicaments cardiovasculaires, seul lusage de
CCB est corrélé avec un taux de suicide plus élevé
(RR 5.4).
Que faut-il alors penser des anticalciques?
Les conclusions de Girard de 1995 ont certainement pris du plomb
dans l'aile:
1. Les IC ont maintenant donné la preuve épidémiologique
dun effet bénéfique sur les principaux événements
cibles de lHTA (accidents vasculaires cérébraux,
accidents myocardiques)
2.le rapport bénéfice-risque des IC et-il systématiquement
favorable à lhypertendu ? La réponse est
PEUT-ETRE.
Dans létat présent des choses, est-il raisonnable
dutiliser les IC comme traitement de première intention
dans lHTA ? La réponse nous semble toujours être
non, mais les études à venir doivent être
suivies avec la plus grande attention.