évaluer l'intervention brève auprès des consommateurs excessifs d'alcool: d'intéressantes questions méthodologiques |
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Résumé: Jean-Pierre AUBERT |
NB: ce texte a été publié dans "médecine générale 2003, Bibliographie commentée, éditions scientifiques LC-CNGE
Contexte :Une « intervention brève » auprès des consommateurs excessifs d’alcool est un moyen d’entraîner une réduction de celle-ci, à court terme, sans que soit connue la durée d’efficacité de cette mesure, ni ses conséquences sur les morbidités liées à l’alcool.
Question :Quelle est à long terme (plus de douze mois) l’efficacité d’une intervention brève, quel est son impact sur la morbi-mortalité liée à l’alcool, quel en est l’impact économique ?
Méthode :Essai contrôlé randomisé d’intervention en soins primaires. Tous les patients consultant 64 médecins généralistes ont rempli un questionnaire sur le tabac, l’exercice physique, le poids et l’alcool.
Seuls les consommateurs excessifs (482 hommes et 292 femmes qui consommaient plus de 14 verres par semaine pour les hommes, plus de 11 pour les femmes) ont été inclus et randomisés en deux groupes, contrôle (n=382) et intervention (n=392).
Ceux du groupe contrôle ont reçu un livret sur la prévention en général, et il leur a été conseillé de contacter leur médecin s’ils avaient des questions.
Ceux du groupe intervention ont, outre le même livret, eu deux entretiens de 15 minutes à 1 mois d’intervalle, avec leur médecin, et un appel téléphonique de 5 mn par une infirmière, 15 jours après chaque séance. Les médecins du groupe « intervention” suivaient un protocole défini: bilan de la consommation d’alcool et de ses effets, remise de fiches relatives à la consommation d’alcool, à compléter à domicile, et négociation d’un niveau de consommation d’alcool.
Les critères de jugement étaient la consommation d’alcool, le nombre d’accidents de voiture et d’actes illicites, le recours aux soins, l’état de santé et la mortalité . Les patients ont été suivis quatre ans
Résultats :Par rapport au groupe contrôle, les patients du groupe intervention ont davantage réduit leur consommation d’alcool (p=0.002). La proportion de très gros consommateurs d’alcool était significativement inférieure les 3 première années, puis la différence disparaissait. Le taux de décès était identique dans les deux groupes, mais dans le groupe intervention il y a eu 20% de recours aux urgences en moins et 37% de jours d’hospitalisation en moins. Une tendance (non significative) à la réduction du nombre d’accidents de la route a été observée. En termes d’analyse coût bénéfices, les gains liés à la réduction des hospitalisations étaient non significatifs, mais ils l’étaient pour la réduction du nombre d’accidents de la route.
Conclusions :cette étude montre que le bénéfice de l’intervention brève est réel, et se maintient sur la durée (quatre ans) en termes de réduction de la consommation d’alcool , comme en termes de morbidité liée à l’alcool.
Commentaire :Il est impossible d’observer un phénomène sans interagir avec lui. Les physiciens le savent, les médecins peuvent l’oublier : dans cette étude, la donnée importante n’est pas dans les résultats du groupe contrôle, mais dans ceux du groupe témoin. En effet, tous les marqueurs de consommation d’alcool, et de risques liés à l’alcool, diminuent dans les deux groupes. Il est très regrettable, pour bien comprendre cet effet, que les auteurs aient choisi de ne pas publier tous les chiffres de consommation déclarée d’alcool (CDA), mais plutôt de les afficher sur des courbes. Nous avons, à l’aide de la règle et du compas, reconstitué les chiffres à partir des courbes. Deux constatations :
Un travail français récent (Huas D, Pessione F, Bouix JC, Demeaux JL, Allemand H, Rueff B. Efficacité à un an d’une intervention brève auprès des consommateurs d’alcool à problèmes. Rev Prat Médecine générale 2002 ;16 :1343-8. )retrouve des résultats analogues. Dans cette étude, la CDA est passée de 36.1 et 39.6 verres dans les groupe témoin et intervention, à 9.2 et 10.9 verres respectivement. Une conclusion peut être tirée de ces données : parler d’alcool avec un patient, ne serait-ce que pour apprécier sa consommation, et les conséquences de sa consommation sur sa vie, est une intervention d’une très grande efficacité pour lui faire prendre conscience de son problème d’alcool.
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