- PLACE DE LAMIVUDINE
DANS LE TRAITEMENT DE L'HEPATITE CHRONIQUE B
- Professeur P.
MARCELLIN
- (lettre du Cisih
Bichat-Claude Bernard nov 99)
- Résumé:
J.C. Bourvitch
à consulter également
sur le sujet:
-
- Trois cent cinquante millions
de personnes sont porteuses chroniques du virus de l'hépatite
B dans le monde, les 3/4 en Asie. Jusqu'en 1998, l'Interféron
alpha était le seul traitement ayant démontré
un effet bénéfique à long terme, entrainant,
après 4 à 6 mois de traitement à la dose
de 5 ou 6 MU 3 fois par semaine, 20 à 30% de séroconversion
HBe durable. L'Interféron est surtout efficace chez les
patients ayant des transaminases élevées, un ADN
VHB sérique bas. Les résultats à long terme
sont moins bons chez les malades atteints d'une hépatite
chronique B avec Ag HBe négatif (virus B mutant) à
cause de fréquentes réactivations après
l'arrêt du traitement.
-
- Les nouveaux antiviraux (analogues
nucléosides ou nucléosidiques) inhibiteurs de l'ADN
polymérase ou de la transcriptase inverse agissent directement
en inhibant rapidement la réplication virale. La Lamivudine
(3TC), déjà utilisée depuis plusieurs années
dans le traitement de l'infection par le VIH, est le premier
antiviral ayant obtenu une AMM pour l'hépatite chronique
B.
-
- DEFINITION DE LA REPONSE
AU TRAITEMENT
-
- L'objectif du traitement
est d'interrompre la multiplication virale afin d'arrêter
l'activité de l'hépatite chronique et de prévenir
l'évolution vers la cirrhose et ses complications.
-
- Chez les malades atteints
d'hépatite chronique B, la réponse au traitement
est définie par la négativation de I'ADN viral
sérique associé à une séroconversion
HBe (négativation de l'Ag HBe et apparition des anticorps
anti-HBe). Cette réponse virologique est habituellement
associée à une réponse biochimique (normalisation
des transaminases) et histologiques.
-
- Chez une minorité
des patients, le traitement entraine une séroconversion
HBs (négativation de l'antigène HBs et apparition
des anticorps anti-HBs). On considère qu'elle correspond
à une guérison avec disparition des signes d'activité
biologique et dans les essais cliniques de phase m, la Lamivudine,
administrée per os à la posologie de 100 mg/j,
permet d'inhiber la réplication virale de façon
spectaculaire chez la majorité des patients (négativation
de l'ADN viral sérique). Cet effet inhibiteur de la réplication
virale s'accompagne d'une normalisation des transaminases et
d'une amélioration histologique. Cependant, le taux de
séroconversion HBe n'est que de 17% après un an
de traitement, 27% à deux ans et 33% à trois ans,
indiquant que dans la plupart des cas un traitement prolongé
est nécessaire pour contrôler l'infection virale.
-
- Les patients ayant des transaminases
élevées (supérieures à fois la normale)
répondent mieux. Chez les patients ayant un virus «mutant
» (AG HBe négatif), 65% ont un ADN VHB négatif
après un an de traitement par Lamivudine. Les résultats
à long terme sont moins bien connus. Le principal problème
de la Lamivudine est la survenue de résistance virale,
liée à l'apparition de virus « mutant ».
-
- MECANISMES D'ACTION ET
DE RESISTANCE
-
- Les traitements prolongés
par le Lamivdine sont associés à la sélection
de virus mutés dans le gène de la polymérase
virale. Ces mutations sont situées au niveau de régions
conservées de l'enzyme virale: le type le plus fréquemment
rencontré est un double mutant L5l5M dans le domaine B
associé à une mutation du site catalytique M539V
dans le domaine C, le deuxième type est la mutation M539V.
Ces mutations affectent probablement l'interaction entre le 3TC
et le site catalytique de l'enzyme virale conférant ainsi
une résistance à l'inhibiteur. L'incidence de sélection
de mutants est de 23% à 1 an, 38% à 2 ans et 49%
après 3 ans de traitement.
-
- Dans certains cas, la sélection
de ces souches résistantes s'est accompagnée d'une
décompensation de la maladie hépatique (chez les
malades cirrhotiques).
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- PERSPECTIVES
-
- Les virus mutants sont sensibles
seulement aux fortes concentrations de Penciclovir, mais gardent
une sensibilité à l'Adéfovir et au Lobucavir.
-
- Ces deux dernières
molécules ont été évaluées
récemment dans des essais cliniques de phase II et ont
montré des résultats prometteurs avec une diminution
des titres viraux sériques de 3 à 4 log en cours
de traitement. Cependant, le développement du Lobucavir
a été arrêté en raison d'une toxicité
chez l'animal. ceci laisse nénnmoins entrevoir la possibilité
de multithérapies basées sur l'utilisation de molécules
possédant un mécanisme d'action et un profil de
résistance différent. La combinaison avec des stratégies
d'immunothérapie doit aussi être envisagée
dans le but d'accélérer l'éradication du
réservoir d'hépatocytes infectés à
l'origine des phénomènes de résistance.
Les premières études évaluant l'efficacité
de l'association InterféronLamiwdine ont montré
des résultats comparables à Lamivudine seule. Cependant
des études comportaient vraisemblablement des schémas
thérapeutiques suboptimaux (administration relativement
courte d'Interféron) et d'autres schémas devraient
être évalués; par exemple l association de
deux médicaments pendant une durée d'un an.
-
- CONCLUSION
-
- Actuellement le traitement
de base de l'hépatite chronique B reste l'Interféron
alpha. Chez les malades non répondeurs, le traitement
par la Lamivudine doit être discuté. Dans l'avenir,
du fait de leur facilité d'administration (per os), le
peu d'effets secondaires et leur bonne efficacité antivirale
sur le virus sauvage et le virus mutant (pré-C), les analogues
nucléosidiques devraient avoir un rôle plus important
dans le traitement de l'hépatite chronique B. Leur problème
est essentiellement le risque d'apparition de résistances
virales lorsqu'ils sont utilisés en monothérapie.
-
- L'utilisation de nouveaux
antiviraux (Adéfovir, Entécavir...) en association
avec la Lamivudine pourrait, comme dans l'infection VIH, augmenter
l'effIcacité antivirale. Des immunomodulateurs (cytokines,
vaccinothérapie) pourraient être des adjuvants utiles.
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- LAMIVUDINE VERSUS INTERFERON
-
-
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LAVIMUDINE |
INTERFERON |
|
Voie orale |
Voie sous cutanée |
|
Bien tolérée |
Mal toléré |
|
ADN VHB élevé
ou bas |
ADN VHB bas |
|
Effet antiviral
rapide |
Effet antiviral
lent |
|
Mutations fréquentes
(échappement) |
Mutations rares |
|
Rebond après
le traitement |
Exacerbation
pendant le traitement |
|
Résultats
à long terme inconnus |
Résultats à
long terme connus |
- CONDUITE A TENIR CHEZ
UN MALADE ATTEINT D'HEPATITE CHRONIQUE B
-
- PATIENTS NAIFS
-
- . Traitement par l'interféron
à la dose de 5 ou 6 millions d'unités 3
fois par semaine .
- . Dosage de l'ADN VHB 3 mois
après le début du traitement:
- - Arrêt du traitement
en cas d'absence de diminuffon significative
- - Poursuite du traitement
en cas de diminution significative.
-
- PATIENTS NON REPONDEURS
- . retraitement par l'interféron
- .ou traitement par la Lavimudine
(AMM)
- .ou traitement par les nouveaux
antiviraux (dans le cadre de protocoles thérapeutiques).
-
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