Objectifs : Les patients atteints de reflux gastro-oesophagien
(RGO) et les plaintes sy rattachant sont très fréquents
(20 à 26% des
patients) et principalement pris en
charge en médecine générale. La médecine
fondée sur les preuves (en anglais, Evidence Based Medecine)
et lélaboration de recommandations permettent de
proposer une approche de cette maladie respectant un bon rapport
coût/efficacité. Les auteurs, issus de lEuropean
Society for Primary Care Gastroenterology, ont évalué plusieurs recommandations
nationales sur le RGO en médecine générale. Ils ont noté leurs concordances et leurs
bases scientifiques afin délaborer un socle pour
des recommandations européennes. Enfin, ils soulèvent
des points nécessitant des recherches ultérieures.
Méthode : les recommandations ont été
cherchées en Italie, Suède, Norvège, Danemark,
Allemagne, au Royaume-Uni et au Pays Bas. Une recherche bibliographique,
entre autre par Medline, a été entreprise, basée
sur les points décisifs des recommandations.
Résultats : cinq
recommandations nationales sont disponibles.
Il nexistait pas de recommandations dans 2 pays. Seule
une avait été édictée par des généralistes.
Il existe une concordance satisfaisante entre les recommandations
sur le diagnostic de RGO, mais les traitements proposés varient beaucoup, en particulier sur la relation entre la classification
du RGO et le traitement. Dans la plupart des recommandations,
la posologie et la durée du traitement nétaient
pas mentionné. Des références scientifiques
ont été trouvées sur différents points,
mais étaient insuffisantes voire inexistantes sur dautres.
Conclusions : Il existe suffisamment daccord entre les différentes
recommandations nationales et suffisamment de preuve scientifique
pour élaborer des recommandations européennes sur
la prise en charge du RGO. Cependant, de nombreux points requièrent
des recherches complémentaires pour assurer une base scientifique
et une prise en charge au meilleur rapport coût efficacité.
Celles-ci seraient particulièrement utiles pour créer
des outils permettant daffirmer un diagnostic clinique
de RGO, préciser lindication des différents
traitements, la place de lendoscopie et les effets du traitement
à long terme.
Commentaire :
En 1999, sous légide
de lANAES, les Sociétés belge et française
de gastro-entérologie ont publié une recommandation
commune sur la prise en charge du RGO.
En fait, il sagit dun " consensus dexperts ", car de nombreuses propositions nont pas de base scientifique, mais relèvent dimpressions ou de bon
sens et sont, au total, fondées sur des appréciations.
Tout comme les auteurs de larticle, elles laissent, au
médecin, une part dappréciation individuelle
indispensable au médecin. De même que les recommandations
issues dautres pays, celles-ci soulignent la nécessité
de mettre en uvre des études susceptibles de transformer
le " consensus dexpert " en certitude
scientifique. Ces études, pour être pertinentes,
devront se déroulées dans le cadre de la médecine
générale, lieu où le RGO est le plus souvent
pris en charge.
Pour la pratique, laccord se fait sur
labsence dune
fibroscopie en première intention dans le cas dune
première plainte chez un individu de moins de 45 ans, et sur lutilisation de pansements gastriques
et/ou dalginates. Les
anti H2 puis les IPP sont réservés au cas rebelles aux mesures hygiéno-diététiques
et aux traitements de premières intention.
Lidée de créer une recommandation
à un niveau européen est originale et intéressante.
Elle est sans doute amenée à se développer
pour dautres thèmes. La principale difficulté
réside dans les différents systèmes de soins
qui modifient la pratique des soins primaires. Comment écrire
une recommandation identique selon le patient a ou non le libre
choix de son médecin généraliste ?
que le patient a ou non un accès direct à un spécialiste
non généraliste ? que les soins sont gratuits
ou remboursés ? que certains médicaments sont
en vente libre en supermarché, ou sur prescription en
pharmacie ?
Concernant le RGO, une autre difficulté
dans lélaboration dune recommandation internationale
tient à labsence de recommandations dans de nombreux
pays.
Enfin, quelle est la structure qui devrait
élaborer ces recommandations pour la médecine générale/de
famille européenne ? Qui sont les médecins
qui se réclament de lESCGP ? Les signataires
de larticle sont des médecins britanniques et hollandais,
pays où laccès direct aux spécialistes
non généralistes nexiste pas et où
les gastro-entérologues sont peu nombreux comparativement
à la France, lAllemagne ou la Belgique. Ont-ils
vraiment une pratique de soins primaires, ou du fait de la demande
ont-ils restreint leur pratique à la sphère digestive
avec la pratique dactes techniques que cela suggère ?