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PROTEINURIE ET SYNDROME NEPHROTIQUE chez l’enfant et l’adulte. Orientation diagnostique

PROTEINURIE ET SYNDROME NEPHROTIQUE chez l’enfant et l’adulte. Orientation diagnostique
La Revue du Praticien n° 2, 15 janvier 2003, p223-228.

Résumé: Françoise LECOMPTE







A consulter sur le sujet:





POINTS FORTS :

Une protéinurie ne doit jamais être considérée comme bénigne, elle est en soi délétère pour le rein, entraînant un risque d’évolution vers la fibrose donc l’insuffisance rénale. La réduction de la protéinurie est une cible thérapeutique en soi.

Un syndrome néphrotique génère aussi ses propres complications, qui sont une augmentation du risque thrombogène artériel ou veineux, une hyperlipidémie, et une augmentation du risque infectieux.

Il est impératif de tester régulièrement à la bandelette l’urine de tous les patients à risque de néphropathie, en particulier les hypertendus et diabétiques, mais aussi tous les patients qui ont une pathologie à complications rénales possibles.

Le traitement spécifique de la protéinurie comporte la normalisation de la tension artérielle, et l’utilisation des IEC ou des antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II. Il s’ajoute au traitement étiologique.

PROTEINURIE

La protéinurie dépistée par bandelette, en dehors d’un contexte évocateur, doit être confirmée par un dosage pondéral sur les urines de 24 heures.

Les protéinuries sans signification pathologiques sont :

Les protéinuries pathologiques sont :

UNE PROTEINURIE VRAIE SIGNE TOUJOURS UNE ATTEINTE RENALE. IL FAUT LA QUANTIFIER.

Microalbuminurie

Caractérisation de la protéinurie

Elle peut être :

Conduite à tenir

Une protéinurie de découverte systématique supérieure à 1g/24h chez l’adulte ou 20mg/kg chez l’enfant doit être explorée par une biopsie si le contexte ne fournit pas de diagnostic évident.

Une protéinurie découverte au cours de la surveillance d’une maladie à risque rénal ou d’une glomérulopathie déjà connue signe l’aggravation et peut aussi faire discuter l’intérêt d’une biopsie en milieu spécialisé, sauf dans le cas du syndrome néphrotique pur de l’enfant entre 1 et 10 ans et dans le cas de la néphropathie diabètique survenant au bout d’une vingtaine d’années d’évolution du diabète (voir plus loin néphropathie du diabète).

Danger d’une protéinurie :

L’irruption d’une protéinurie dans le flux tubulaire active les mécanismes de réabsorption de l’albumine et entraîne une réaction en cascade qui conduit à la fibrose et à la réduction néphronique. Il n’existe pas de traitement spécifique et seule la réduction de la protéinurie peut limiter ce phénomène.

Traitement non spécifique de la protéinurie

Réduction de la pression artérielle, à un chiffre cible < 125/75 mmHg si le patient a une protéinurie > 1g/l et une insuffisance rénale (ANAES)

Certains IEC et AAII ont une action propre indépendante de la baisse de la pression artérielle et sont indiqués en première intention, en l’absence de contre-indication, dans le cas de néphropathies protéinuriques. Il n’est pas démontré mais il est vraisemblable qu’il s’agit d’un effet de classe.

Traitement spécifique d’une protéinurie

Il dépend de la maladie causale et fait essentiellement appel aux corticoïdes et immunosuppresseurs.

SYNDROME NEPHROTIQUE

Défini par un niveau de protéinurie suffisamment élevé pour entraîner une baisse de l’albuminémie et donc de la protidémie, entraînant une rétention hydrosodée et des perturbations biologiques variables selon la cause.

Clinique

Oedèmes mous, prenant le godet, indolores , blancs, déclives, pouvant s’étendre aux séreuses, pouvant réaliser un anasarque avec prise de poids très importante bandelette en cas d’oedème.

Perturbations biologiques

Complications du syndrome néphrotique

Traitement symptomatique des syndromes néphrotiques

Syndrome néphrotique de l’enfant

La cause presque exclusive est la « néphrose lipoïdique » caractérisée par des lésions glomérulaires minimes. C’est un syndrome néphrotique pur, parfois accompagné d’une discrète hématurie microscopique, sans insuffisance rénale ni hypertension artérielle, survenant brutalement chez un enfant de 2 à 4 ans. Dans cette forme typique, il n’y a pas besoin de biopsie rénale.

Le traitement fait appel aux corticoïdes, et permet de distinguer 2 formes de la maladie, selon la corticosensibilité, de diagnostic et pronostic différents.

On prescrit de la prednisone ou prednisolone à la dose de 60mg/m2 /j ou 2 mg/kg/j, sans dépasser 60 à 80 mg/j pendant 1 mois. Généralement, la rémission avec disparition de la protéinurie est obtenue en 1 à 2 semaines. Si au bout d’un mois, il n’y a pas de rémission, on prescrit 3 bolus de méthylprednisolone de 10 mg/kg ou 1000 mg/cm2. L’obtention d’une rémission définit la corticosensibilité. Le traitement est alors poursuivi à doses dégressives un jour sur deux pendant au total 4 mois ½. Il s’accompagne d’un régime désodé et d’adjonction de Ca et Vit D. L’évolution de cette forme est rarement (<10%) à poussée unique. Les rechutes seront traitées, en fonction de la corticodépendance, par corticoïdes seuls ou par des protocoles initiés en milieu spécialisé, utilisant Lévamisol, Chlorambucil, Cyclophosphamide, Ciclosporine. 90% des formes corticosensibles guérissent dans l’enfance, 10% persistent à l’âge adulte.

En cas de corticorésistance, la biopsie rénale est indispensable, montrant des lésions glomérulaires minimes ou des lésions de hyalinose segmentaire et focale. Ces formes sont plus graves, évoluant souvent vers l’insuffisance rénale malgré le traitement, et offrent un risque élevé de récidive sur le greffon en cas de transplantation rénale. Parmi ces formes, deux qui sont héréditaires ont bénéficié d’une recherche avancée permettant de caractériser un déficit en substances responsables de la cohésion des pédicelles des podocytes de la membrane basale.

Syndrome néphrotique de l’adulte

Ce syndrome nécessite presque toujours une biopsie rénale. Les causes les plus fréquemment retrouvées sont les suivantes :

Néphropathie diabètique

Les 2 types de diabète peuvent générer une néphropathie qui commence par une microalbuminurie, une protéinurie franche puis évolue vers une insuffisance rénale. La biopsie rénale n’est nécessaire que si le diabète est récent, sans rétinopathie ou en cas de syndrome néphrotique franc, ces éléments devant faire évoquer d’autres lésions que les lésions de néphropatie diabètique. Celles ci comportent une hypertrophie du matériel mésangial complétée par la suite de dépôts réalisant la néphropathie de Kimmelstiel et Wilson. 30 à 40% des diabètiques sont touchés. Dans le diabète de type I, son pic d’apparition se situe entre 5 et 20 ans d’évolution du diabète. L’apparition de la néphropathie en dehors de cette période doit faire évoquer une autre cause. Dans le diabète de type II, l’apparition de la néphropathie augmente avec le temps et d’autant plus que le diabète est mal équilibré.

Le traitement est d’abord préventif, par la meilleure régulation possible de la glycémie et de la pression artérielle et la suppression du tabac. Les IEC pour le diabète de type I et les ‘sartans’ pour le diabète de type II sont utiles au stade de microalbuminurie, même en l’absence d’hypertension.




Pour en savoir plus:
La Revue du Praticien
   
MeSH:
Nephrotic syndrome




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