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SFTG PARIS-NORD

la déclaration de Durban

 

 

La déclaration de Durban, en réponse aux bêtises du Président Mbeki
       

 

 

Le président sud Africain, Thabo Mbeki , dit des bêtises: pour lui, le VIH n'est pas la cause du sida. Le SIDA est une maladie de la pauvreté, le VIH n'est qu'un épiphénomène. Il a engagé Robert Duisberg, un américain négationniste du VIH, pour le démontrer. En attendant, ces deux personnages recommandent de cesser le dépistage, et considèrent les traitements comme de l'argent jeté par les fenêtres.

L'Afrique du Sud est un des pays africains les plus touchés par l'épidémie. Comme dirait René Dumont, l'Afrique noire est mal partie.

Q'un dirigeant d'un pays africain puisse, avec l'aura qui entoure l'Afrique du Sud, formuler de telles déclarations, est un drame pour tous les Africains. Les participants à la conférence de Durban viennent de lancer un appel, non pas politique, mais purement scientifique, pour rappeler des évidences premières. Il est signée de 5183 médecins et scientifiques de 83 pays. Le voici.

LA DECLARATION DE DURBAN

Dix-sept ans après la découverte du virus de l'immunodéficience humaine (le VIH), des milliers de personnes venant du monde entier se sont rassemblées à Durban, en Afrique du Sud, pour assister à la XIIIème conférence internationale sur le SIDA. A l'aube du millénaire, on estime à 34 millions le nombre d'individus vivant avec le VIH ou le SIDA, dont 24 millions originaires de l'Afrique sub-Saharienne (1). L'année dernière, 2,6 millions de personnes sont décédées du SIDA; c'est le taux le plus élevé depuis le début de l'épidémie. Si la tendance persiste l'Asie du Sud et du Sud-Est, l'Amérique du Sud et des régions de l'ancienne Union Soviétique auront aussi à porter un lourd tribu à la maladie dans les deux décennies à venir.

Comme beaucoup de fléaux tels que la tuberculose et le paludisme qui sèment la maladie et la mort au sein des populations les plus pauvres et les plus démunies, le SIDA se propage par voie infectieuse. Le VIH-1, le retrovirus responsable de la pandémie de SIDA, est proche d'un virus de l'immunodéficience simienne (VIS) infectant les chimpanzés. Le VIH-2, prédominant en Afrique de l'Ouest et qui s'est étendu en Europe et en Inde, est presque indiscernable d'un VIS qui infecte les singes noirs mangabeys. Bien que VIH-1 et VIH-2 aient émergé sous forme d'infections transmises de l'animal à l'homme, ou zoonoses (2), tous deux se propagent maintenant chez l'homme à travers les contacts sexuels, la transmission mère-enfant et via le sang contaminé.

L'observation d'une nouvelle infection provenant d'une source animale n'est pas spécifique au VIH. La peste fut transmise par les rongeurs, la grippe par les oiseaux. Le nouveau virus Nipah du Sud-Est asiatique a atteint l'homme par l'intermédiaire du porc. Une variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob au Royaume-Uni est identique à la maladie de la "vache folle". Une fois établi chez l'homme, le VIH s'est très vite adapté à ses habitudes et à ses déplacements. A l'instar d'autres virus, le VIH ne reconnaît pas de frontières sociales, politiques ou géographiques.

L'évidence de la causalité entre VIH-1 ou VIH-2 et le SIDA est nette et sans équivoque. Cette évidence rejoint les plus hauts niveaux de la science (3-7). Les données satisfont exactement les mêmes critères que pour les autres maladies de type viral, telles que la poliomyélite, la rougeole et la variole :

• Les patients atteints du syndrome d'immunodéficience acquise, peu importe leur origine, sont infectés par le VIH (3-7).

• En l'absence de traitement, la plupart des patients infectés par le VIH manifesteront les signes du SIDA au bout de 5 à 10 ans (6-7). L'infection VIH est identifiable dans le sang par la détection d'anticorps et de séquences de gènes ou par l'isolation virale. Ces tests sont aussi fiables que ceux utilisés pour la détection d'autres infections liées à des virus.

• Les personnes qui ont reçu du sang ou des produits sanguins contaminés par le VIH développent le SIDA; ceux qui ont reçu du sang sain ou criblé ne développent pas la maladie (6).

• La plupart des enfants qui développent le SIDA sont nés de mères infectées par le virus VIH. Plus la charge virale chez la mère est élevée, plus le risque que l'enfant soit infecté est important (8).

• Au laboratoire, le VIH infecte précisément le type de globule blanc (les lymphocytes CD4) qui sont en forte diminution chez les personnes atteintes du SIDA (3-5).

• Les médicaments qui bloquent la réplication du VIH dans les tubes à essais réduisent aussi la charge virale et retardent la progression vers le SIDA. Lorsque le traitement est disponible, la mortalité est réduite de plus de 80% (9).

• Les singes inoculés avec de l'ADN du VIS cloné sont infectés et développent le SIDA (10).

Des données complémentaires convaincantes sont disponibles (4). Le VIH est la cause du SIDA (5). Il est cependant affligeant que quelques personnes continuent de démentir l'évidence. Cette position coûtera la vie à d'innombrables personnes.

Les schémas de propagation et de symptômes du VIH/SIDA diffèrent d'une région du monde à l'autre. En Afrique, par exemple, les personnes infectées par le virus sont 11 fois plus susceptibles de mourir dans un délai de 5 ans (7), et 100 fois plus susceptibles de développer le sarcome de Kaposi, un cancer lié à un autre virus (11), que les personnes non infectées.

Comme dans toute infection chronique, plusieurs facteurs déterminent le risque de la maladie. Les personnes mal nourries, âgées, souffrant déjà d'autres infections, tendent à développer plus rapidement le SIDA après une contamination par le VIH. Cependant ces constatations ne nient pas l'évidence scientifique que le VIH est la seule et unique cause du SIDA.

Dans cet état d'urgence général, la prévention contre l'infection par le VIH doit être notre plus grande priorité au niveau de la santé publique internationale. La connaissance et les armes pour prévenir l'infection existent. La propagation du VIH par transmission sexuelle peut être évitée par la monogamie réciproque, l'abstinence ou par l'utilisation de préservatifs. La transmission par le sang peut être stoppée grâce à la purification des produits sanguins et la non-réutilisation des aiguilles. La transmission mère-enfant peut être réduite de moitié, voire plus, par de courts traitements de médicaments antiviraux (12-13).

L'insuffisance des ressources et le poids écrasant de la pauvreté qui pèsent sur un grand nombre de pays de la planète sont un immense défi au contrôle de l'infection par le VIH. Les personnes déjà infectées peuvent être aidées par des traitements à base de médicaments vitaux, mais leur cožt est élevé. Ceux-ci restent donc inaccessibles à la plupart des personnes. Il est crucial de développer de nouveaux médicaments antiviraux plus faciles à absorber, ayant des effets secondaires atténués et d'un moindre coût afin que des millions de personnes puissent en tirer bénéfice.

Il faut diffuser l'information sur le VIH et le SIDA. Plusieurs moyens existent. Ce qui fonctionne le mieux dans un pays n'est pas toujours approprié à un autre. Mais pour s'attaquer à la maladie, chacun doit avant tout comprendre que le VIH est l'ennemi. C'est la recherche, et non les mythes, qui mènera à la mise au point de traitements plus efficaces, moins chers et espérons-le au vaccin. Mais pour l'instant, les efforts pour empêcher la transmission par voie sexuelle doivent être accentués.

La fin de la pandémie de SIDA n'est pas encore en vue. En travaillant ensemble, nous avons la capacité d'aller à contre-courant de cette épidémie. La science triomphera un jour du SIDA, comme elle l'a fait pour la variole. La première étape sera de freiner l'extension de la maladie. Jusque-là, raison, solidarité, volonté politique et courage doivent être nos partenaires.

References

1. UNAIDS. AIDS epidemic update. December 1999.
www.unaids.org/hivaidsinfo/documents.html

2. Hahn, B. H., Shaw, G. M., De Cock, K. M., Sharp, P. M. (2000). AIDS as a zoonosis: scientific and public health implications. Science, 287, 607-614.

3. Weiss R.A and Jaffe, H.W. (1990). Duesberg, HIV and AIDS. Nature, 345, 659-660.

4. NIAID (1996). HIV as the cause of AIDS.
www.niaid.nih.gov/spotlight/hiv00/default.html

5. O'Brien, S.J. and Goedert, J.J. (1996). HIV causes AIDS: Koch's postulates fulfilled. Current Opinion in Immunology, 8, 613-618.

6. Darby, S.C. et al., (1995). Mortality before and after HIV infection in the complete UK population of haemophiliacs. Nature, 377, 79-82.

7. Nunn, A.J. et al., (1997). Mortality associated with HIV-1 infection over five years in a rural Ugandan population: cohort study. BMJ, 315, 767-771.

8. Sperling, R. S. et al., (1996). Maternal viral load, zidovudine treatment, and the risk of transmission of human immunodeficiency virus type 1 from mother to infant. N. Engl. J. Med. 335, 1678-80.

9. Centers for Disease Control and Prevention (CDC). HIV/AIDS Surveillance Report 1999; 11, 1-44.

10. Liska, V. et al., (1999). Viremia and AIDS in rhesus macaques after intramuscular inoculation of plasmid DNA encoding full-length SIVmac239. AIDS Research & Human Retroviruses, 15, 445-450.

11. Sitas, F. et al., (1999). Antibodies against human herpesvirus 8 in black South African patients with cancer. N. Engl. J. Med., 340, 1863-1871.

12. Shaffer, N. et al., (1999). Short course zidovudine for perinatal HIV-1 transmission in Bangkok Thailand: a randomised controlled trial. Lancet, 353, 773-780.

13. Guay, L. A. et al., (1999). Intrapartum and neonatal single-dose nevirapine compared with zidovudine for prevention of mother-to-child transmission of HIV-1 in Kampala, Uganda: HIVNET 012 randomised trial. Lancet, 354, 795-802.



 
 

MeSH:

HIV

AIDS

 
 
 

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